Marché du travail : une main-d’œuvre sous pression

Mouna Aghlal

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Prix à la production : légère hausse de l’industrie manufacturière en avril 2026Illustration de du HCP © HCP

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Le marché du travail entre dans une nouvelle phase d’évaluation statistique avec le lancement de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO2026) du Haut-Commissariat au Pllan (HCP). Cette réforme méthodologique, alignée sur les normes internationales de l’Organisation internationale du travail (OIT), redéfinit plusieurs concepts liés à l’emploi, au chômage et à la sous-utilisation de la main-d’œuvre.

Au premier trimestre 2026, les données dressent le portrait d’une main-d’œuvre marquée par de fortes disparités entre hommes et femmes, entre milieu urbain et rural, mais aussi entre générations et régions. La participation au marché du travail demeure limitée, tandis que les différentes formes de sous-utilisation de la main-d’œuvre révèlent une pression persistante sur l’emploi.

Une main-d’œuvre de 11,6 millions de personnes

Selon les résultats de l’EMO2026, la population en âge de travailler, c’est-à-dire les personnes âgées de 15 ans et plus, atteint 27,8 millions d’individus au Maroc. Parmi eux, 11,617 millions de personnes constituent la main-d’œuvre, regroupant les personnes en emploi contre revenu ainsi que les chômeurs au sens strict.

Le taux de participation à la main-d’œuvre s’établit à 41,8% à l’échelle nationale. Ce niveau reste relativement faible, notamment au regard de la taille de la population en âge de travailler. Les écarts territoriaux demeurent toutefois modérés : le taux atteint 43,3% en milieu rural contre 41% en milieu urbain.

La structure de cette main-d’œuvre révèle par ailleurs un déséquilibre majeur entre les sexes. Les femmes représentent seulement 21% de la population active, alors qu’elles constituent plus de 71% de la population hors main-d’œuvre. Le taux de participation féminine plafonne à 17,5%, contre 66,4% pour les hommes.

Cette situation illustre les difficultés persistantes d’intégration des femmes au marché du travail, malgré les transformations économiques et sociales observées ces dernières années.

Les données du HCP montrent également une disparité marquée selon les tranches d’âge. Les catégories de 25 ans à 34 ans et de 35 ans à 44 ans affichent les taux de participation les plus élevés, avec respectivement 56,7% et 56,5%.

À l’inverse, les jeunes âgés de 15 à 24 ans restent largement éloignés du marché du travail, avec un taux de participation limité à 23,4%. Cette faible présence s’explique en partie par la poursuite des études, mais traduit également les difficultés d’insertion professionnelle d’une partie importante de la jeunesse marocaine.

Les personnes âgées de 45 ans et plus enregistrent quant à elles un taux de participation de 38%, inférieur à celui des catégories d’âge intermédiaires mais supérieur à celui des jeunes.

Lire aussi : Marché du travail : disparités régionales marquées au T1-2026

Plus de 10 millions de personnes en emploi contre revenu

Le volume des personnes disposant d’un emploi contre revenu atteint 10,364 millions de personnes au premier trimestre 2026. Parmi elles, 61,7% résident en milieu urbain, tandis que les femmes représentent seulement 19,7% des actifs occupés.

Le taux d’emploi contre revenu s’établit à 37,3% au niveau national. Il atteint 40,7% en milieu rural contre 35,5% en milieu urbain. Chez les hommes, ce taux grimpe à 60,1%, alors qu’il ne dépasse pas 14,7% chez les femmes.

Les personnes âgées de 35 ans à 44 ans affichent le niveau d’emploi le plus élevé avec un taux de 52,8%, suivies des 25-34 ans avec 47,6%. En revanche, les jeunes de 15 ans à 24 ans restent les moins insérés dans l’emploi, avec un taux limité à 16,6%.

L’analyse sectorielle montre une forte concentration de la main-d’œuvre dans les services. Ce secteur emploie à lui seul 5,085 millions de personnes, soit près de la moitié des actifs occupés du pays.

L’agriculture, la sylviculture et la pêche arrivent en deuxième position avec 2,541 millions d’emplois, représentant 24,5% de l’emploi total. L’industrie mobilise 1,409 million de travailleurs, tandis que le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) emploie 1,314 million de personnes.

Les disparités territoriales restent toutefois marquées. En milieu urbain, près des deux tiers des actifs occupés travaillent dans les services. En milieu rural, l’agriculture demeure le principal employeur avec plus de 55% des emplois.

Une nouvelle lecture de la sous-utilisation de la main-d’œuvre

L’un des principaux changements introduits par l’EMO2026 réside dans l’adoption d’une approche multidimensionnelle de la sous-utilisation de la main-d’œuvre. Le HCP ne se limite plus au seul indicateur de chômage, mais intègre désormais le sous-emploi lié à la durée du travail ainsi que la main-d’œuvre potentielle.

Lire aussi : HCP : hausse modérée des prix à la production industrielle en mars 2026

Au premier trimestre 2026, le nombre de chômeurs au sens strict atteint 1,253 million de personnes. Près de 80% d’entre eux vivent en milieu urbain et 31,3% sont des femmes.

Le taux de chômage strict s’établit à 10,8% au niveau national. Il atteint 13,5% en milieu urbain contre 6,1% en milieu rural. Les femmes demeurent davantage exposées au chômage avec un taux de 16,1%, contre 9,4% chez les hommes. Les jeunes de 15 à 24 ans apparaissent comme la catégorie la plus vulnérable avec un taux de chômage de 29,2%, suivis des 25-34 ans avec 16,1%.

Au-delà du chômage, le HCP identifie 671.000 personnes en situation de sous-emploi lié à la durée du travail. Ces actifs souhaitent travailler davantage mais exercent moins de 48 heures par semaine.

La main-d’œuvre potentielle, composée de personnes disponibles pour travailler mais ne remplissant pas toutes les conditions du chômage strict, atteint quant à elle 884.000 individus.

En combinant ces différentes composantes, les indicateurs de sous-utilisation deviennent nettement plus élevés. Le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre atteint ainsi 22,5% à l’échelle nationale. Ce niveau grimpe à 31,1% chez les femmes et à 45,3% chez les jeunes de 15 à 24 ans. Ces chiffres traduisent l’existence d’un besoin important de travail non satisfait, dépassant largement le seul cadre du chômage classique.

À travers cette nouvelle enquête, le HCP propose ainsi une lecture plus détaillée des tensions qui traversent le marché du travail marocain. Au-delà du chômage, les indicateurs mettent en évidence les difficultés d’accès à l’emploi, le poids du sous-emploi et la faible participation de certaines catégories, notamment les femmes et les jeunes, à la dynamique économique nationale.

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