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Hafid El Jaï Publié le 20/04/26 à 10:41
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La comptabilité du pouvoir

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Demain matin, à 10 heures, la Chambre des représentants tiendra une séance plénière consacrée à l’examen du bilan gouvernemental. La convocation est constitutionnelle – premier alinéa de l’article 101 – et le cadre, en apparence, routinier. Ce qui l’est moins, c’est la mise en scène qui la précède. Lors de la séance commune des deux chambres du Parlement tenue mardi dernier, consacrée à la présentation du bilan de l’action gouvernementale, on a vu l’ex-patron du RNI sous la coupole, accompagné de ses alliés, leaders du PAM et du PI. Il fallait montrer que la majorité demeure soudée. Quant à la présentation anticipée du bilan bien avant la fin de la législature, le porte-parole du gouvernement a tenu à qualifier la démarche du chef de l’exécutif de « bonne foi » et de « courage politique ».

Le gouvernement a dressé son tableau de contextualisation habituel avec les « réalisations » qui l’arrangent et avec les alibis qui le dédouanent : sécheresse, tensions régionales, énergie, approvisionnement. Le registre est rodé, pas tout à fait faux mais incomplet. Les chiffres, eux, ont une fâcheuse tendance à résister aux récits. Le NMD n’était pas un document de plus. Deux ans de travaux, une commission royale, un rapport remis en 2021 avec des cibles chiffrées jusqu’en 2035. Dont une croissance moyenne de 6% annuels. Le gouvernement avait promis 5%. Il a livré 3,3%.

Deux millions de postes promis en campagne par le parti de la colombe. Un million retenu dans le programme gouvernemental. Solde réel après quatre ans : 94.000 nets, sur fond de 442.000 destructions. Le taux de chômage a atteint 13% – record sur 25 ans. Chez les jeunes de 18 à 25 ans, il frôle 40%. Ce n’est plus de la statistique, c’est le compte d’une génération complète.

Le NMD avait fait de l’intégration économique des femmes un marqueur central – taux d’activité féminin de 21% en 2019, objectif 45% en 2035. Sous ce gouvernement, le taux est descendu à 19%. Il n’y a pas grand-chose à ajouter. On peut invoquer les contextes. La sécheresse, les chocs externes, la pression inflationniste. Ces variables sont réelles. Cependant, ils n’expliquent pas tout. Le démantèlement du statut d’auto-entrepreneur – remplacé par des dispositifs dont les résultats judiciaires ont été plus visibles que les créations d’emplois – relève d’un choix de politique publique.

Sur 400.000 auto-entrepreneurs recensés, la moitié a quitté le cadre formel pour retourner à l’informel. Ce dernier pèse 527 milliards de DH et 2,5 millions d’actifs selon le HCP. On n’assainit pas ce qui prospère. Monsieur le porte-parole a martelé que les chiffres sont « très positifs et honorables ». Pourtant, il y a eu beaucoup de contradictions, d’erreurs et de mauvaises décisions… Le reste, c’est de la mousse.

Demain matin, à 10 heures, l’exécutif sera à nouveau dans l’hémicycle. La Chambre des représentants n’est pas une chambre d’écho – et les engagements politiques ne sont pas des slogans de campagne. L’opposition compte bien profiter de ce débat pour pousser la majorité dans ses derniers retranchements. Mais ce qui compte vraiment, ce sont ces contrats passés avec des millions de Marocains qui, eux, comptabilisent autrement.

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