Ainsi donc, quatre-vingt-dix minutes avant l’expiration de son ultimatum, Donald Trump a finalement reculé et n’effacera pas la civilisation iranienne. Une médiation venue du Pakistan a permis d’arracher deux semaines de cessez-le-feu et l’ouverture de négociations à Islamabad. En échange, l’Iran accepterait de rouvrir le détroit d’Ormuz. La Maison-Blanche parle déjà de « victoire totale ». Mais l’accord reste fragile et le bureau du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou précise que la trêve « n’inclut pas le Liban ». Au matin du 8 avril, la guerre semble suspendue, mais très loin d’être résolue.
La menace et la provocation comme aveu d’impuissance
Comme un air de déjà-vu, cette désescalade de dernière minute tranche avec la rhétorique des jours précédents. Le 22 mars, Trump lançait un premier ultimatum : si Téhéran ne rouvrait pas Ormuz sous quarante-huit heures, les États-Unis détruiraient ses centrales électriques. L’échéance a été repoussée dès le lendemain. Puis l’escalade s’est poursuivie, menaçant ponts, usines de dessalement, infrastructures énergétiques, terminal pétrolier de l’île de Kharg. Autant de cibles promises à la destruction « en quatre heures ». Le 5 avril, le ton franchit un seuil inédit : « Open the fuckin’ Strait, you crazy bastards… » publie le président sur son réseau Truth Social. Le lendemain, l’ultimatum devient apocalyptique : « Le pays entier peut être détruit en une seule nuit ». Hier matin, il promet même qu’« une civilisation entière va mourir ce soir ». Pendant toutes les gesticulations du président américain, Téhéran a gardé une ligne froide et constante en évitant toute négociation sous la menace.
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L’attitude du président Trump est de plus en plus indécente et cette dérive verbale ne se limite pas à l’Iran. Ces derniers jours, Trump a multiplié les saillies personnelles et les attaques contre ses alliés. Il raille Emmanuel Macron, mimant un coup de poing imaginaire et insinuant que sa femme le « traite extrêmement mal ». Il qualifie l’OTAN de « tigre de papier » et de « lâche ». L’incohérence et la provocation sont devenues routine. Lundi, il assure que « les négociations vont bien », et mardi matin, il promet la disparition d’une civilisation entière. Interrogé sur la légalité de frapper des infrastructures civiles, il balaie : « Le vrai crime de guerre, c’est de laisser l’Iran avoir une arme nucléaire ». Même le compte officiel de la Maison-Blanche @RapidResponse47 adopte le ton. Cette dérive vers un Donald Trump encore plus extrême que celui que nous avons connu jusqu’ici devrait nous inquiéter.
Literally nothing @VP said here "implies" this, you absolute buffoons https://t.co/7JU3wXMaWX
— Rapid Response 47 (@RapidResponse47) April 7, 2026
Un président déconnecté de ses fonctions
D’où une question qui pèse sur Washington : qui peut encore tenir la barre ? Face à l’imprévisibilité et aux outrances verbales de Trump, plus de soixante-dix élus démocrates, menés par le sénateur Chris Murphy, évoquent désormais le recours au 25ᵉ amendement pour le déclarer inapte. La sénatrice Patty Murray dénonce les « divagations d’un taré assoiffé de sang », tandis que Ty Cobb, ancien avocat de la Maison-Blanche, affirme sans détour que le président est « clairement fou » et que la « démence est désormais visible ». Même certains milieux conservateurs s’en inquiètent : l’influenceuse trumpiste Candace Owens parle d’un « roi fou entouré de fanatiques religieux ». Le paradoxe est cruel pour celui qui moquait hier « Sleepy Joe », surnom donné à son prédécesseur Joe Biden. Les deux semaines qui s’ouvrent seront donc décisives et les déclarations du président américain seront scrutées à la loupe. Car il est peu probable que le spectacle auquel nous venons d’assister puisse se répéter longtemps sans provoquer une réaction à Washington, ni qu’il ait réellement renforcé la position américaine au Moyen-Orient.
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De son côté, Donald Trump vante déjà sa « victoire » et le ton apocalyptique des derniers jours laisse place aux hyperboles de prospérité : « Golden Age of the Middle East », « Big money will be made ». Il promet d’aider à fluidifier le trafic dans le détroit d’Ormuz pendant que l’Iran entamerait sa reconstruction. Autant de promesses désormais diluées dans un flot de déclarations contradictoires que plus grand monde ne prend au sérieux. Sur le terrain diplomatique, chacun cherchera probablement une sortie honorable. Washington pourrait accepter une réouverture partielle du détroit et quelques concessions nucléaires civiles, tandis que Téhéran exigera la levée des sanctions. Si un compromis est trouvé, Trump le présentera comme une victoire, même si le Moyen-Orient se retrouve, au final, presque au même point qu’avant la guerre malgré des milliers de morts et une économie mondiale ébranlée.
Au-delà des déclarations et des récits de victoire que chacun s’apprête déjà à écrire, une réalité demeure. La première puissance militaire mondiale est dirigée par un président dont l’imprévisibilité inquiète jusque parmi ses alliés. En face, l’Iran demeure un régime autoritaire qui réprime durement son propre peuple. Pourtant, pendant ces deux semaines de trêve fragile, la stabilité mondiale dépendra peut-être moins de la Maison-Blanche que de la retenue de Téhéran. Quand un fou et un tyran négocient, l’histoire montre rarement que le plus bruyant impose les termes, mais que toujours les peuples en sont les victimes.
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