AMI : le combat d’une famille devenu refuge pour 180 enfants handicapés
Association l’Amicale marocaine des IMC (AMI), à Casablanca, le 12 mars 2026 © Ayoub Jouadi/LeBrief
A
A
A
A
Dans une salle colorée du centre AMI, à Casablanca, un enfant est doucement installé dans un appareil de verticalisation. Autour de lui, les éducatrices ajustent les sangles avec précaution. Tout cela, afin de lui permettre de tenir debout.
« Dieu a créé l’homme pour qu’il soit debout », glisse Rachid Mekouar, co-fondateur de l’AMI, en observant la scène. « Cette position aide à mieux digérer, à mieux respirer, à mieux faire circuler le sang ».
Ici, chaque geste compte, chaque mouvement est une petite victoire à gratifier de fierté. Le centre AMI accueille des enfants atteints de paralysie cérébrale, une affection neurologique qui affecte la motricité et la coordination. Certains ne parlent pas, d’autres ne marchent pas, d’autres encore cumulent plusieurs troubles. Mais tous suivent un programme précis, adapté à leurs besoins.
Ce matin-là, les salles s’enchaînent comme les étapes d’un parcours soigneusement organisé. Dans l’une d’elles, une orthophoniste travaille la communication avec un enfant à l’aide de petits jeux colorés. Les séances durent une trentaine de minutes. Pas plus. « Au-delà, ils se fatiguent », explique-t-elle. « On essaie d’apprendre en jouant ».
Dans une autre pièce, deux psychomotriciennes accompagnent des enfants dans des exercices destinés à améliorer l’équilibre, les mouvements et la coordination. « La psychomotricité, c’est le corps, le mouvement et les émotions », explique l’une d’elles. « Notre objectif est d’aider l’enfant à gagner en autonomie dans sa vie quotidienne ».
Chaque enfant suit un programme précis. Kinésithérapie, orthophonie, psychomotricité, éducation spécialisée… tout est planifié. Sur un écran d’ordinateur, un logiciel développé spécialement pour le centre affiche les emplois du temps détaillés. A chaque heure correspond une activité. Lorsqu’une séance se termine, l’enfant est immédiatement accompagné vers la suivante.
« On ne veut pas qu’ils perdent du temps ou qu’ils s’ennuient », explique l’équipe. « Il faut qu’ils restent stimulés ».
Des milliers de familles membres de l’AMI
Aujourd’hui, près de 180 enfants sont suivis au centre. Mais ils ne viennent jamais tous en même temps. Les journées sont organisées en petits groupes afin de permettre une prise en charge individualisée. Des milliers d’enfants sont déjà passés par là au fil des décennies.
Une trentaine de professionnels travaillent ici : éducateurs spécialisés, kinésithérapeutes, psychologues, orthophonistes… tous sont salariés de l’association. Et une note intéressante, l’association met un point d’honneur à employer en priorité les personnes à besoins spécifiques ou avec un handicap.
« Il n’y a pas de bénévoles », insiste Rachid Mekouar. « Tout le monde est déclaré, tout le monde est payé. Nous devons zéro dirham à la CNSS ».
Le centre occupe aujourd’hui un vaste espace réhabilité dans le quartier du Vélodrome de Casablanca. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque le projet a commencé, en 2008, les lieux étaient presque à l’abandon. Le bâtiment était délabré, sans plafond dans certaines salles. « Il y avait des squatteurs… c’était une école abandonnée », se souvient-il.
Petit à petit, les travaux ont transformé l’endroit. En 2011, le centre a finalement ouvert ses portes.
Aujourd’hui, il propose une prise en charge complète : kinésithérapie, orthophonie, accompagnement psychologique, éducation spécialisée, activités sportives adaptées. Une classe préscolaire inclusive accueille également des enfants valides et des enfants en situation de handicap.
Une piscine de balnéothérapie est également disponible. L’eau y est maintenue à 30 degrés afin de permettre aux enfants de travailler leurs mouvements en douceur avec jets d’air pour les pousser à l’effort. Dans un coin du centre, une salle porte le nom de Othmane Lazrak, un enfant qui fréquentait l’établissement et qui est décédé. Sur les murs, des photos rappellent son passage.
« C’était un ange », murmure Rachid Mekouar.
« Notre premier cobaye »
Tout commence en 2004, lorsque naît le fils des fondateurs de l’association. Rapidement, les parents découvrent qu’il est atteint de paralysie cérébrale. « On ne connaissait rien au handicap », raconte-t-il. « On est tombés dedans ».
Les années suivantes deviennent un combat. Trouver des soins, des structures adaptées, comprendre comment accompagner leur enfant. Peu à peu, une idée naît, celle de créer un lieu où d’autres familles pourraient trouver l’aide qu’eux-mêmes ont longtemps cherchée.
« Grâce à lui, il y a aujourd’hui près de 180 enfants qui sont accompagnés ici. C’est notre premier cobaye », dit-il en évoquant son fils.
Aujourd’hui âgé de 22 ans, le jeune homme reste au cœur du projet.
Moi, je rêve d’une seule chose. Je rêve qu’un jour il me dise papa.Rachid Mekouar, co-fondateur de l’AMI.
Il marque une pause.
« Quand on a un enfant handicapé, les rêves ne sont plus les mêmes ».
Au fil des années, l’association s’est développée avec le soutien de partenaires publics et privés. Le centre a également obtenu la certification ISO 9001, un label qui atteste de la qualité de ses procédures. Puis, après plus de quinze ans d’existence, l’Amicale marocaine des IMC vient d’obtenir la reconnaissance d’utilité publique par décret. Une distinction rare qui reconnaît l’importance de son action. Pour les fondateurs, cette décision représente à la fois une consécration et une responsabilité.
« C’est un signal fort pour toutes les familles qui vivent avec le handicap », estime Rachid Mekouar. « Cela signifie que cette cause est désormais reconnue comme un enjeu d’intérêt général ».
Aujourd’hui, près de 85% des enfants accueillis au centre proviennent de familles modestes, pour lesquelles l’accès à des soins spécialisés reste difficile.
Lire aussi : Autisme, trisomie 21 : à quoi vos enfants ont-ils droit ?
L’association espère désormais poursuivre son développement et augmenter sa capacité d’accueil.
Parmi les projets en cours figurent la création d’un terrain de sport adapté, l’ouverture d’une crèche inclusive et la mise en place d’un centre de formation destiné aux professionnels de l’accompagnement du handicap. D’ailleurs, les formations sont déjà en cours, et ce, depuis le début.
Un autre projet tient particulièrement à cœur à l’équipe : permettre aux familles de partir en vacances avec leur enfant.
« Beaucoup de parents ne partent jamais », explique l’équipe. « C’est trop compliqué, trop cher, trop de matériel à transporter ». Un partenariat en cours de finalisation devrait permettre de proposer des séjours adaptés à des tarifs accessibles, car au centre AMI, l’objectif reste le même depuis le premier jour. Celui d’offrir aux enfants, et à leurs familles, un peu plus de répit.
Et surtout, un peu plus de dignité.
Société - La Fondation Mohammed V lance des campagnes médicales pour améliorer la santé des populations rurales.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Société - La Fédération marocaine des droits du consommateur critique les programmes télévisés marocains diffusés pendant le Ramadan sur Al Aoula et 2M, dénonçant superficialité, baisse de qualité, absence d’humour et excès publicitaire.
El Mehdi El Azhary - 12 mars 2026Société - La section mauritanienne de la Fondation Mohammed VI des Ouléma africains a distribué des paniers alimentaires à des familles vulnérables.
Mouna Aghlal - 12 mars 2026Société - Le Maroc accueillait 17.791 réfugiés et demandeurs d’asile en 2024, selon le CNDH.
El Mehdi El Azhary - 12 mars 2026Société - Le festival JIDAR ouvre les candidatures pour son projet « Mur Collectif » de l’édition 2026 qui se tient à Rabat du 20 au 26 avril.
El Mehdi El Azhary - 12 mars 2026Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.
Hajar Toufik - 8 octobre 2025Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.
Sabrina El Faiz - 12 avril 2025Société - Les manifestations de la « GenZ 212 », poursuivent leur mobilisation à travers un appel au boycott des entreprises liées à Aziz Akhannouch.
Ilyasse Rhamir - 7 octobre 2025Société - Au Maroc, on peut rater son permis de conduire, son bac… Mais rater son mariage ? Inenvisageable !
Sabrina El Faiz - 23 août 2025Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.
Sabrina El Faiz - 8 mars 2026Dossier - Au Maroc, pour définir le terme classe moyenne, nous parlons de revenus. Cela ne veut pourtant plus rien dire.
Sabrina El Faiz - 5 juillet 2025








