EXCLU – Interview : IA, wallets numériques, emplois… la vision cash d’Amal El Fallah Seghrouchni
Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, invitée de Deep Talk © LeBrief
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Face aux caméras de DeepTalk, Amal El Fallah Seghrouchni entre directement dans le vif du sujet. La feuille de route gouvernementale repose, explique-t-elle, sur « deux grands axes » : le développement de l’économie numérique et la réforme profonde de l’administration.
« Au sein du ministère, nous avons travaillé sur les deux chantiers en parallèle », précise-t-elle, insistant sur l’interdépendance entre modernisation des services publics et accélération digitale. Pour la ministre, il ne s’agit pas de mener deux politiques distinctes, mais bien une transformation globale de l’État.
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La réforme administrative constitue ainsi l’un des premiers leviers actionnés. Plusieurs initiatives ont déjà été lancées, dont Idarati X.0, présentée comme une étape décisive. L’objectif est de passer du simple portail de services à une véritable « méta-application » mobile.
« On va permettre aux citoyens d’accéder à tous les services administratifs à partir d’une seule application sur leur téléphone », explique Amal El Fallah Seghrouchni. Demain, cartes, attestations et documents officiels pourront être centralisés dans un même espace numérique.
Vers une administration qui parle le langage du citoyen
Pour la ministre, la technologie n’a de sens que si elle rapproche l’administration du citoyen. « Si vous voulez faire une administration proche du citoyen, elle doit parler son langage », affirme-t-elle. Arabe, amazigh, français… L’accueil se veut désormais multilingue, avec des agents dédiés pour accompagner celles et ceux qui ne maîtrisent pas encore les outils numériques.
Car la fracture numérique reste une réalité. « Tous les citoyens ne peuvent pas se connecter à Idariti X.0 ou utiliser l’application en toute autonomie », reconnaît-elle. D’où la mise en place de dispositifs hybrides, combinant présence physique et services digitaux.
« AI Made in Morocco » : le Maroc pose les bases de sa souveraineté technologique
L’ambition est pourtant massive. « Ça va changer la vie des citoyens », assure la ministre, avançant que la dématérialisation intelligente permettra de réduire les délais, limiter les déplacements et simplifier radicalement les démarches.
Dans cette logique, le ministère travaille aussi sur l’automatisation de certains processus, avec un principe central : privacy by design et security by design. « Nous pouvons constituer le dossier informatique à la place du citoyen pour offrir un service macro, agrégé, en sa faveur », explique-t-elle.
L’intelligence artificielle comme moteur de la réforme
Au cœur de cette transformation, l’intelligence artificielle occupe une place stratégique. « Il y a une jonction entre la réforme de l’administration et le digital. C’est l’IA qui va booster les deux », martèle Amal El Fallah Seghrouchni.
Le gouvernement a ainsi demandé la création d’une direction générale dédiée à l’IA. Une décision qui s’inscrit dans la continuité des assises nationales ayant permis d’identifier plus de 18 secteurs prioritaires pour l’introduction de ces technologies, parmi lesquels l’éducation, la santé, la gestion de l’eau ou encore l’assainissement.
« Pour faire du digital efficace, on inclut l’intelligence artificielle et les objets connectés », résume-t-elle.
Cette approche sectorielle vise à faire émerger des cas d’usage concrets, loin d’une IA abstraite. Le but est d’améliorer les services publics, optimiser les ressources et renforcer l’efficacité de l’action publique.
Former massivement pour ne pas rater le train
Mais aucune stratégie numérique ne peut réussir sans capital humain. La ministre en est convaincue : la bataille se joue avant tout sur les compétences.
« On ne va pas laisser passer le train », lance-t-elle. C’est dans cet esprit qu’a été lancé, le 12 janvier, le programme AI Made in Morocco, adossé au réseau des instituts Jazari. Sa vocation : former une nouvelle génération de talents marocains dans les domaines les plus demandés.
Idarati X.0 : bientôt un clic au lieu du guichet pour des millions de Marocains
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Oracle a récemment recruté plus de 600 ingénieurs marocains dans son laboratoire de R&D. Leurs spécialités ? « L’intelligence artificielle, la data science, le cloud et la cybersécurité », énumère la ministre. Quatre compétences devenues centrales sur le marché mondial.
Aujourd’hui, environ 1.200 entreprises opèrent dans l’offshoring au Maroc, attirées par la qualité des profils locaux. Mais cette avance reste fragile. « Si on veut continuer à être compétitifs, il faut monter en compétences », avertit-elle.
Le gouvernement vise ainsi 100.000 emplois dans l’IA à l’horizon 2030. « Cent mille emplois, c’est aussi cent mille personnes formées à l’intelligence artificielle », souligne Amal El Fallah Seghrouchni.
Attirer les investisseurs, renforcer l’écosystème
Pour consolider cette dynamique, une nouvelle circulaire, finalisée fin juillet, prévoit un ensemble d’incitations pour les entreprises internationales : primes à l’emploi, soutien à la formation, nouvelles modalités fiscales.
« Il y a la partie incitation, mais aussi l’obligation de former les jeunes Marocains aux technologies qui seront de plus en plus demandées », précise la ministre.
Résultat : de grands groupes renforcent leur présence dans le Royaume. Nokia, OnePoint ou encore plusieurs entreprises canadiennes et françaises multiplient les recrutements. Avec OnePoint, par exemple, 500 ingénieurs sont en cours d’embauche.
L’ambition est double : préserver l’attractivité du Maroc comme hub d’offshoring et amorcer une montée en gamme vers des activités à plus forte valeur ajoutée.
L’offshoring au Maroc, une nouvelle dynamique pour l’économie numérique
Inclusion numérique et autonomisation des femmes
La transformation digitale ne se limite pas aux grandes métropoles. Amal El Fallah Seghrouchni insiste sur l’importance d’intégrer les zones rurales et les publics éloignés du numérique.
Elle évoque notamment un programme baptisé Elevate, mené en collaboration avec la Digital Cooperation Organization, visant à former des jeunes, et surtout des femmes, au commerce électronique.
« Elles font déjà beaucoup de e-commerce sur Instagram. Nous essayons de leur donner de vraies plateformes pour passer à l’échelle et s’attaquer à l’international », explique-t-elle. Un moyen, aussi, de sécuriser les paiements en ligne et de renforcer la confiance.
Pour la ministre, le digital devient un outil d’émancipation économique autant qu’un levier de modernisation administrative.
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Une vision assumée, un chantier colossal
Interrogée sur ses priorités personnelles, Amal El Fallah Seghrouchni reste focalisée sur l’essentiel : « Je veux que les citoyens aient leurs wallets sur leur téléphone. Je veux que les jeunes soient formés. Je veux que les entreprises fonctionnent à plein régime. »
Elle reconnaît l’ampleur de la tâche. « La stratégie Maroc Digital 2030 est très ambitieuse. Elle avance des chiffres intéressants. Maintenant, il faut concrétiser tout cela. »
À la fin de l’échange, dans un ton plus léger, la ministre plaisante même sur l’idée de « propager le digital marocain sur Mars ». Une phrase qui résume assez bien l’état d’esprit affiché tout au long de cet entretien : viser haut, très haut, tout en gardant les pieds sur terre.
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