Barrages : après six ans de sécheresse, le Maroc confronté à l’abondance de l’eau

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Bassin du Loukkos : des réserves hydriques à un niveau exceptionnel depuis 2014Bassin de Sebou © DR

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Après une longue période de stress hydrique, le Maroc connaît un retournement de situation inédit. Les fortes précipitations enregistrées depuis plusieurs semaines ont profondément modifié l’état des ressources en eau, faisant basculer le pays d’une gestion de la pénurie vers celle, plus délicate, de l’excès hydrique. Une situation qui exige, selon Fouad Amraoui, hydrologue, une vigilance accrue et une adaptation rapide des modes de gouvernance de l’eau.

Les barrages ne se limitent pas à une seule mission. Ils remplissent plusieurs fonctions stratégiques, rappelle Fouad Amraoui, hydrologue. Leur rôle principal consiste à stocker les eaux issues des crues des oueds afin de constituer des réserves mobilisables pour l’alimentation en eau potable, les usages industriels et l’irrigation agricole lorsque les ouvrages sont situés à proximité de périmètres irrigués.

L’hydrologue souligne également la fonction de protection contre les inondations. En période de fortes pluies, les barrages permettent de retenir les volumes excédentaires et de limiter l’impact des crues sur les villes et communes situées dans des zones topographiquement basses. À cela s’ajoutent la production d’énergie hydroélectrique, qualifiée de renouvelable et propre, ainsi que la régulation des écoulements de surface, favorisant la recharge des nappes phréatiques et la préservation des écosystèmes fluviaux.

Un pays marqué par six années de sécheresse sévère

Selon Fouad Amraoui, le contexte actuel ne peut être compris sans revenir sur les six années de sécheresse récurrente qu’a traversées le Royaume. Ces épisodes, marqués par des déficits pluviométriques annuels de 30 à 40%, ont fortement affecté les réserves hydriques nationales.

Jusqu’en septembre dernier, le taux de remplissage moyen des barrages ne dépassait pas 25%, une situation critique qui a contraint les autorités à gérer une rareté extrême de la ressource. Cette pénurie a entraîné une pression accrue sur les nappes phréatiques, devenues, selon l’hydrologue, « le seul recours disponible en dehors des barrages », au prix d’une surexploitation préoccupante.

Lire aussi : Barrages : les apports en eau dépassent 5,8 milliards de m³

La situation s’est radicalement inversée au cours des deux derniers mois. Fouad Amraoui fait état d’épisodes pluvieux intenses et quasi ininterrompus, touchant l’ensemble des bassins hydrauliques du pays. Ces pluies, parfois torrentielles, ont été observées notamment lors de l’ouverture de la saison, avec des précipitations marquées dans la région de Rabat Salé Kénitra.

Le résultat est spectaculaire. Les taux de remplissage des barrages se sont améliorés de manière significative, atteignant aujourd’hui près de 60% à l’échelle nationale, avec plus de 9 milliards de mètres cubes stockés, selon l’analyse de l’hydrologue.

Les barrages du Nord proches de la saturation

Les bassins du Nord figurent parmi les plus arrosés du pays et concentrent l’essentiel de cette abondance. Fouad Amraoui souligne que le barrage Al Wahda, le plus important du Royaume, affiche désormais un taux de remplissage avoisinant 86% à 90%, avec à lui seul près de 3 milliards de mètres cubes d’eau stockés.

Il précise que cet ouvrage reçoit actuellement jusqu’à 100 millions de mètres cubes par jour. Une situation qui oblige les gestionnaires à procéder à des lâchers d’eau contrôlés, d’autant plus que les transferts quotidiens, notamment via l’« autoroute de l’eau » reliant le Sebou au Bouregreg, restent très inférieurs aux volumes entrants.

Cette dynamique explique également, selon l’hydrologue, le niveau très élevé du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah, qui alimente la région de Rabat et se rapproche de sa capacité maximale. « Nous sommes passés d’une gestion de la sécheresse à une gestion de l’abondance », résume Fouad Amraoui. Un changement de paradigme qui impose une extrême prudence dans la décision d’ouverture des vannes, afin d’éviter des risques d’inondation dans certaines localités situées en aval des barrages.

Lire aussi : Barrages : les réserves atteignent 7,58 milliards de m³, un record depuis 2021

Cette situation, qualifiée d’exceptionnelle, illustre selon lui l’importance stratégique des interconnexions entre bassins et barrages, qui permettent de redistribuer l’eau excédentaire vers d’autres régions et de sécuriser l’approvisionnement en eau potable, notamment pour les grands pôles urbains.

Au-delà de la gestion immédiate, Fouad Amraoui insiste sur la nécessité de tirer parti de ces périodes d’excès hydrique pour recharger les nappes phréatiques. Ces dernières ont fortement souffert ces dernières années du manque de précipitations et de la surexploitation. Il plaide également pour l’élaboration de cartes d’inondabilité des villes, afin d’anticiper les risques et d’adapter les infrastructures urbaines, notamment les réseaux d’évacuation des eaux pluviales et les canaux de délestage.

Si les chiffres officiels confirment une nette amélioration du taux de remplissage des barrages à l’échelle nationale, Fouad Amraoui rappelle que cette abondance ne doit pas conduire à un relâchement. Dans un contexte de changement climatique marqué par une alternance de sécheresses sévères et d’épisodes pluvieux extrêmes, la gestion de l’eau doit rester anticipative, intégrée et territorialisée.

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