Davos 2026 : le Maroc face à la recomposition des alliances mondiales
Aziz Akhannouch © DR
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Akhannouch conduit une délégation comprenant notamment la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, et le directeur général de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), Ali Sadiki, une présence destinée à porter la voix du pays sur l’investissement, les exportations et les grandes réformes économiques en cours.
Cette édition du Forum, qui se tient du 19 au 23 janvier 2026 sous le thème « Un esprit de dialogue », rassemble un niveau de représentation gouvernementale sans précédent et près de 3.000 participants venus de plus de 130 pays. Les dirigeants et responsables présents (chefs d’État, ministres, gouverneurs de banques centrales, dirigeants d’entreprises et acteurs de la société civile) se retrouvent au cœur de débats portant sur la recomposition des alliances internationales, la gouvernance de l’innovation et les trajectoires de croissance durable.
Le Maroc à Davos : diplomatie économique et quête d’investissements
Pour Rabat, l’enjeu diplomatique et économique se double d’un objectif concret : attirer des investissements et défendre les chantiers sociaux et structurels lancés au niveau national. La présence du chef du gouvernement et du directeur de l’AMDIE est pensée comme une opportunité de promouvoir les atouts marocains auprès d’investisseurs et de partenaires publics et privés.
Sur le plan diplomatique, Davos demeure une scène de rencontres en marge des sessions plénières. Pour un pays comme le Maroc, qui cherche à consolider sa place régionale en Afrique et ses partenariats euro-méditerranéens, la semaine offre l’occasion d’entretiens bilatéraux et d’échanges sectoriels qui peuvent déboucher sur des accords d’investissement, des projets de coopération technique ou des initiatives de chaîne de valeur régionales.
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Lors de son intervention à Davos, mardi 20 janvier, Aziz Akhannouch a défendu la trajectoire marocaine en insistant sur l’articulation assumée entre ambition sociale et crédibilité macroéconomique. « Le Maroc démontre qu’il n’y a pas d’opposition entre ambition sociale et crédibilité économique ». Pour le chef du gouvernement, « on ne bâtit pas un destin géopolitique sur une société fragilisée ».
Akhannouch a ainsi rappelé que le Maroc avait fait le choix, dès la sortie de la crise sanitaire, de mettre en place un véritable « bouclier social », mobilisant plus de 13 milliards de dollars pour contenir les prix des produits de première nécessité et 1,7 milliard de dollars pour atténuer l’impact de la hausse des tarifs de l’eau et de l’électricité. Cette politique, a-t-il soutenu, a permis de ramener l’inflation de plus de 6% en 2023 à moins de 1% en 2024 et 2025, tout en maintenant une croissance proche de 5% et en engageant une réduction progressive du déficit et de l’endettement.
Soulignant que « protéger sans transformer serait une promesse inachevée », Akhannouch a également insisté sur les réformes structurelles engagées en matière de gouvernance financière et de transparence. Il a rappelé la sortie du Maroc de la liste grise du GAFI, le retrait des listes européennes associées et le retour à la catégorie « Investment grade » auprès des agences de notation, autant de signaux, selon lui, de la crédibilité retrouvée du pays. Dans le même temps, la mise en œuvre de la Charte de l’investissement aurait permis d’attirer des flux d’IDE bruts dépassant 5 milliards de dollars en 2025, malgré un contexte mondial de contraction des capitaux.
Cette édition se présente donc, pour Rabat, comme un moment dual : défendre et vendre un modèle économique national tout en naviguant dans un environnement international marqué par des incertitudes géopolitiques et une concurrence accrue pour les capitaux et les technologies.
Un forum sous haute tension géopolitique
En effet, au cœur des discussions figure la remise en question de l’ordre international tel qu’il s’est construit depuis plusieurs décennies. Les tensions autour des alliances, la contestation des normes multilatérales et l’érosion de la confiance entre partenaires traditionnels constituent un arrière-plan constant des échanges. Le retour très attendu du président américain Donald Trump à Davos, après plusieurs années d’absence, concentre à lui seul une partie des interrogations sur l’avenir des relations transatlantiques, les politiques commerciales et la gouvernance des crises internationales.
Les enjeux géopolitiques immédiats devraient occuper une place centrale dans les débats et les rencontres en marge du Forum. La guerre en Ukraine, les perspectives de cessez-le-feu et les garanties de sécurité figurent parmi les dossiers suivis de près par les dirigeants du G7 et leurs partenaires. Le Moyen-Orient, notamment la situation à Gaza, ainsi que les équilibres en Amérique latine et les tensions persistantes avec l’Iran, alimenteront également des discussions sensibles, souvent en dehors des sessions officielles.
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Une participation politique et économique record
Les organisateurs annoncent une participation exceptionnelle, avec près de 400 responsables politiques de premier plan, dont plus de 60 chefs d’État, ainsi qu’environ 850 présidents-directeurs généraux et dirigeants de grandes entreprises internationales.
Trump figure parmi les têtes d’affiche de cette édition. Sa venue intervient dans un climat de relations tendues entre Washington et plusieurs capitales européennes, notamment après ses déclarations controversées sur le Groenland et sa politique commerciale offensive. Le président américain doit prononcer un discours mercredi et rencontrer des dirigeants économiques internationaux, selon des sources citées par Reuters. Il envisage également d’organiser une réunion informelle de son « Conseil de la paix » consacrée à la situation à Gaza.
Parmi les autres dirigeants attendus figurent le président français Emmanuel Macron, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, le vice-Premier ministre chinois He Lifeng, le Premier ministre canadien Mark Carney, ainsi que plusieurs chefs d’État africains et moyen-orientaux. Les institutions internationales sont également représentées, avec notamment le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte et la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala.
Le secteur technologique sera largement présent, avec la participation de figures majeures de l’intelligence artificielle et du numérique, dont Jensen Huang (Nvidia), Satya Nadella (Microsoft), Demis Hassabis (Google DeepMind) et Arthur Mensch (Mistral AI).
Des absences remarquées
Certaines absences ont également marqué l’ouverture du forum. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, initialement invité, n’a finalement pas fait le déplacement. Les organisateurs ont justifié cette décision par la récente répression de manifestations en Iran, estimant qu’une représentation officielle du gouvernement iranien n’était « pas appropriée » dans ce contexte.
Le président du Mozambique, Daniel Chapo, a de son côté annulé sa participation en raison d’inondations massives dans son pays, affirmant que la priorité était de « sauver des vies ». Israël, en revanche, est représenté par son président Isaac Herzog, malgré les accusations de génocide portées contre l’État hébreu dans le cadre de la guerre sur Gaza.
« Un esprit de dialogue » à l’épreuve des crises
Placée sous le thème « A Spirit of Dialogue » (« Un esprit de dialogue »), l’édition 2026 prévoit plus de 200 sessions consacrées à des sujets allant de la géopolitique mondiale à l’intelligence artificielle, en passant par la transition climatique et l’avenir du travail. Les discussions s’articulent autour de cinq axes principaux : la coopération internationale, la croissance économique, l’investissement dans le capital humain, l’innovation et la construction d’une prospérité durable.
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Cette thématique se heurte toutefois à un environnement international particulièrement fragmenté. Les prises de position de Donald Trump sur des dossiers sensibles, du Venezuela à l’Iran en passant par le Groenland, ainsi que ses menaces de nouveaux droits de douane ont ravivé les tensions commerciales et diplomatiques. Plusieurs responsables européens ont qualifié ces menaces de « chantage ».
L’intelligence artificielle constitue un autre point central des débats. Tandis que les dirigeants d’entreprise mettent en avant son potentiel pour améliorer la productivité et la compétitivité, les syndicats et organisations de la société civile alertent sur les risques pour l’emploi et les inégalités. Les responsables publics, eux, cherchent un équilibre délicat entre régulation et encouragement à l’innovation.
Le sommet se poursuit jusqu’au 23 janvier. Ses conclusions et les signaux envoyés par les grandes puissances seront scrutés de près, tant pour mesurer l’état du dialogue international que pour anticiper les orientations politiques et économiques qui pourraient façonner l’année à venir.
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