Fonction publique : 10.600 DH de salaire en moyenne, mais pour qui ?

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

Fonction publique : 10.600 dirhams de salaire en moyenne, mais pour qui ?Fonction publique © DR

A
A
A
A
A

Entre 2015 et 2025, le salaire moyen dans la fonction publique a progressé de plus de 40%, atteignant 10.600 dirhams. Mais derrière cette moyenne se cache une forte disparité entre les catégories d’agents et des écarts persistants dans la grille des salaires.

Combien gagnent les fonctionnaires marocains ? Selon le rapport sur les ressources humaines accompagnant le projet de loi de finances (PLF) de 2026, la réponse révèle à la fois l’évolution du pouvoir d’achat dans la fonction publique et la structure d’une administration marquée par de fortes hiérarchies.

En dix ans, les salaires ont nettement augmenté, portés par le dialogue social et la revalorisation progressive du salaire minimum. Pourtant, la majorité des fonctionnaires restent dans la même fourchette de revenus : entre 6.000 et 14.000 DH nets par mois.

Un salaire moyen en hausse de 43,6% en dix ans

Entre 2015 et 2025, le salaire moyen net dans la fonction publique est passé de 7.381 à 10.600 DH par mois, soit une hausse de 43,6% en dix ans, équivalente à une progression annuelle moyenne de 3,7%.

Cette amélioration s’explique d’abord par les promotions de grade ont permis d’augmenter les rémunérations. En outre, les revalorisations décidées dans le cadre du dialogue social ont aussi eu un impact direct. Ces mesures, issues des différents accords conclus depuis 2022, ont aidé à préserver le pouvoir d’achat des agents publics. Une évolution bienvenue dans un contexte de hausse des prix et de réforme de l’impôt sur le revenu.

Lire aussi : PLF 2026 : des mesures fiscales pour encourager la professionnalisation du sport

Mais cette moyenne masque de fortes disparités entre les catégories. En 2025, le rapport montre que les cadres et cadres supérieurs (échelles 10 et plus) disposent d’un salaire net moyen de 12.484 DH, soit plus du double de celui du personnel d’exécution, rémunéré en moyenne 5.925 DH. Entre les deux, les agents de maîtrise (échelles 7 à 9) touchent environ 7.238 DH.

Une fonction publique à deux vitesses

Les agents classés à l’échelle 10 et plus représentent près de 67% de l’effectif total et absorbent plus de 82% des dépenses de personnel. À l’inverse, le personnel d’exécution (échelle 6 et assimilés) ne constitue que 12% des effectifs et reçoit moins de 6% des dépenses salariales.

Cette concentration des ressources s’explique par la prépondérance des ministères employant une main-d’œuvre qualifiée (éducation, santé, finances, justice). Dans ces secteurs, les grilles indiciaires sont plus élevées. Elle traduit aussi la faiblesse des mécanismes de mobilité et de progression pour les échelons inférieurs, dont les salaires stagnent souvent malgré l’ancienneté.

Ainsi, si la hausse générale des salaires profite à tous, les écarts internes restent importants. Ils reflètent la structure pyramidale de l’administration.

PLF 2026 : pouvoir d’achat en berne, mais pas au tapis

La majorité des fonctionnaires entre 6.000 et 14.000 DH

Le rapport détaille la répartition des salaires. En 2025, 71,3% des fonctionnaires perçoivent un revenu mensuel net compris entre 6.000 et 14.000 DH, tandis que 38,4% gagnent 8.000 DH ou moins.

La tranche la plus nombreuse se situe entre 6.000 et 8.000 DH, soit près de 28,5% des effectifs. À l’autre bout, 4,8% seulement des fonctionnaires dépassent 20.000 DH nets par mois.

La répartition complète illustre ces écarts :

• 4.500 à 6.000 DH : 9,99%

• 6.000 à 8.000 DH : 28,45%

• 8.000 à 10.000 DH : 24,39%

• 10.000 à 12.000 DH : 2,64%

• 12.000 à 14.000 DH : 15,86%

• 14.000 à 16.000 DH : 4,57%

• 16.000 à 18.000 DH : 7,41%

• 18.000 à 20.000 DH : 1,89%

• Plus de 20.000 DH : 4,8%

Ces chiffres montrent un resserrement de la fonction publique autour d’une classe moyenne élargie, mais aussi la rareté des hauts revenus. Le salaire moyen de 10.600 DH se situe dans la partie supérieure de cette pyramide, sans pour autant refléter la réalité de la majorité des agents.

PLF 2026 : la santé et l’éducation au sommet des priorités

Un salaire minimum porté à 4.500 DH en 2025

Autre évolution : le salaire minimum dans la fonction publique a été revalorisé progressivement. En dix ans, il est passé de 3.000 DH en 2015 à 4.500 DH en 2025, après plusieurs ajustements : 3.258 DH en 2020, 3.500 DH en 2023, puis 4.000 DH en 2024.

Cette hausse s’inscrit dans la continuité du dialogue social. Elle a aussi concerné le secteur privé et s’est accompagnée d’exonérations fiscales pour les revenus modestes. D’ailleurs, même après avoir été porté à 4.500 DH, le salaire minimum reste faible face au coût de la vie dans les grandes villes, ce qui limite son impact sur la réduction des inégalités.

Pour de nombreux agents de catégorie inférieure, le salaire de base est complété par des primes et indemnités. Celles-ci varient souvent selon les ministères. Elles constituent un levier d’attractivité, mais accentuent aussi les disparités entre administrations.

Entre réforme salariale et maîtrise budgétaire

Les salaires de la fonction publique représentent une charge importante pour l’État : 180 milliards de DH (MMDH) en 2025, soit plus de la moitié des dépenses de fonctionnement. Cette masse salariale montre l’ampleur du service public avec plus de 576.000 fonctionnaires civils, mais soulève aussi la question de sa soutenabilité à moyen terme.

La hausse du salaire moyen intervient dans un contexte de pression sur les finances publiques, Le gouvernement doit trouver un équilibre entre revalorisation des revenus et rationalisation des effectifs. Le rapport souligne que les catégories supérieures absorbent la majeure partie des dépenses, renforçant la nécessité d’une réflexion sur la gestion des carrières et la productivité du secteur public.

À l’avenir, la question dépasse le simple montant des rémunérations. Il s’agit désormais de savoir comment les salaires peuvent évoluer tout en garantissant la viabilité budgétaire et l’équité interne.

Réformes politiques : le Maroc enclenche une nouvelle ère

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
Prix carburants : l’essence grimpe de 50 centimes dès le 16 mai

Consommation - Prix carburants : l’essence augmente de quelques centimes dès le 16 mai, tandis que le gasoil reste stable.

Rédaction LeBrief - 15 mai 2026
Pêche côtière : 3,85 MMDH à fin avril 2026

Économie - La pêche côtière et artisanale affiche une hausse de sa valeur à fin avril 2026, dépassant 3,85 milliards de dirhams, malgré un recul des volumes débarqués.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Peut-on domestiquer un arbre aussi complexe que l’arganier ?

Économie - Sélection de variétés, clonage, data… la recherche transforme l’arganier. Porté par l’INRA et ses partenaires, le Maroc construit une arganiculture moderne, entre performance agricole, innovation technologique et enjeux climatiques.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céramique : un accord pour structurer la filière marocaine

Économie - Un partenariat inédit vise à renforcer la compétitivité de la céramique marocaine, en misant sur l’innovation, la qualité et la structuration du secteur, avec l’ambition de consolider le « Made in Morocco » sur les marchés nationaux et internationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Céréales : lancement du dispositif de commercialisation 2026 à Casablanca

Économie - À Casablanca, les autorités lancent le dispositif de commercialisation des céréales pour la campagne 2026. Prix de référence, primes de stockage et mesures logistiques visent à soutenir les producteurs et renforcer les stocks nationaux.

Ilyasse Rhamir - 15 mai 2026
Le pétrole en hausse de 2% sur fond de tensions géopolitiques

Économie - Les prix du pétrole ont progressé d’environ 2% vendredi, portés par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 15 mai 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Un commentaire

  1. Je ne sais pas si je ferais confiance à ces chiffres avancés. Quand le speaker au nom du gouvernement déclare que le SMIG était de Dh 4.200 par mois alors qu’il n’est que de Dh 3.400, personnellement je ne fais plus confiance, surtout quand c’est l’état qui les déclare !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire