L’opposition crie à «la propagande électorale», mais que dit vraiment la loi ?

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

L'opposition crie à «la propagande électorale», mais que dit vraiment la loi ?Nabil Benabdallah, Secrétaire général du PPS © PPS

A
A
A
A
A

Dans un contexte de précampagne électorale, l’affaire du spot publicitaire réalisé par le gouvernement et passé sur 2M, soulève des questions sur l’utilisation des médias publics et la frontière entre communication gouvernementale légitime et manipulation politique. Toutefois, même si des réglementations et des institutions comme la HACA existent, certains supports de communication, surtout les réseaux sociaux, ne sont pas entièrement réglementés alors qu’ils ont de l’influence sur l’opinion publique. Décryptage…

Le paysage politique marocain est actuellement en ébullition suite à la diffusion d’un spot publicitaire de 2 minutes et 30 secondes sur la chaîne publique 2M. Ce court-métrage, vantant la candidature du Maroc à l’organisation de la Coupe du Monde de football, a provoqué l’indignation de deux partis politiques : le Mouvement Populaire (MP) et le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS). Ces formations accusent le gouvernement d’utiliser ce sujet d’intérêt national à des fins de propagande électorale, relançant ainsi le débat sur l’utilisation des médias publics en période préélectorale.

Un contexte politique tendu à l’approche des élections

Dans des lettres adressées à la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), les secrétaires généraux du MP et du PPS, respectivement Mohamed Ouzzine et Nabil Benabdallah, ont vivement dénoncé ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation politique. Selon eux, « le gouvernement exploite un sujet d’intérêt national, qui est la candidature du Maroc à la Coupe du Monde, pour renforcer son image à l’approche des élections ».

Leur colère est d’autant plus vive que cette publicité a été largement diffusée non seulement à la télévision, mais aussi sur les réseaux sociaux sous forme de contenu sponsorisé. Une pratique qui, selon les deux partis, « constitue une violation des règles encadrant la communication politique ». Ils réclament donc la suspension immédiate de ce spot et demandent à la HACA de prendre des sanctions contre ses responsables.

Le MP insiste particulièrement sur le fait que l’organisation d’un tel événement sportif est « une réalisation qui appartient à l’ensemble du peuple marocain et ne devrait pas être instrumentalisée à des fins partisanes ». Cette polémique soulève des questions plus larges sur l’équilibre entre information publique, communication gouvernementale et propagande politique, surtout dans un contexte marqué par l’approche des élections.

La HACA, gardienne du pluralisme médiatique : que dit la loi ?

Pour comprendre les enjeux de cette affaire, il est essentiel de se pencher sur le cadre juridique qui régit la communication politique au Maroc. Raja Bensaoud, juriste et ancienne directrice de la communication de Royal Air Maroc, rappelle que « le pluralisme politique au niveau des médias est essentiel pour la démocratie. C’est ce qui permet aux électeurs et aux citoyens d’entendre différentes perspectives, de les confronter et de les analyser ».

La Constitution marocaine, à travers son article 28, garantit effectivement le pluralisme politique et linguistique dans les médias publics. La HACA, en tant qu’autorité indépendante, a pour mission de veiller à ce que cette diversité soit respectée, notamment en assurant une répartition équitable des temps de parole entre les partis politiques.

Concrètement, pendant les campagnes électorales, les médias publics doivent respecter des quotas stricts. Le temps d’antenne alloué à chaque parti est déterminé en fonction de sa représentativité au Parlement. Ce système vise à éviter toute surreprésentation d’une formation politique au détriment des autres.

Lire aussi: Feuille de route pour l’emploi : les TPE-PME dénoncent leur mise à l’écart

Le défi des réseaux sociaux : un vide juridique préoccupant

Cependant, cette régulation ne s’applique qu’aux médias traditionnels (télévision, radio), laissant un vide juridique concernant les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Or, comme le souligne Raja Bensaoud, ces espaces en ligne posent des problématiques.

D’une part, la HACA n’a pas la compétence pour réguler la presse électronique ou les contenus politiques diffusés sur les réseaux sociaux. D’autre part, « les algorithmes de ces plateformes, souvent opaques, peuvent créer des bulles informationnelles, limitant l’exposition des utilisateurs à des opinions divergentes ».

Cette situation favorise la désinformation et les discours polarisés, d’autant plus que les jeunes Marocains, très actifs sur ces réseaux, constituent une cible privilégiée pour les campagnes politiques. La question se pose alors : comment garantir un débat démocratique équitable lorsque les règles ne s’appliquent qu’à une partie des canaux de communication ?

Face à ces enjeux, la nécessité d’une modernisation du cadre réglementaire devient évidente. Plusieurs questions se posent : Faut-il étendre les prérogatives de la HACA aux contenus numériques ? Comment concilier liberté d’expression et lutte contre la manipulation en ligne ? Quels mécanismes mettre en place pour assurer une transparence des algorithmes des réseaux sociaux ?

Ces interrogations sont d’autant plus pressantes que les prochaines élections approchent, et avec elles, le risque de voir les débats démocratiques échapper aux règles établies. En attendant, cette polémique rappelle une fois de plus que la frontière entre communication légitime et propagande politique doit être claire et respectée par tous les acteurs, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Mohamed Ould Errachid élu président de l’Association des sénats d’Afrique

Politique - Mohamed Ould Errachid préside l'Association des sénats d'Afrique, marquant une étape importante pour la coopération continentale.

Mouna Aghlal - 9 avril 2026
Maroc-Allemagne : vers un renforcement des liens parlementaires 

Politique - Lahcen Haddad et Claudia Roth discutent des relations parlementaires à Rabat, un pas vers une coopération renforcée.

Mouna Aghlal - 9 avril 2026
Maroc et Pologne : renforcement stratégique de la coopération sécuritaire à Rabat

Politique - Abdellatif Hammouchi rencontre le ministre polonais pour renforcer la coopération sécuritaire entre les deux nations à Rabat.

Mouna Aghlal - 9 avril 2026
Le roi Mohammed VI préside un Conseil des ministres à Rabat

Politique - Le roi Mohammed VI a présidé, ce mercredi, au Palais royal de Rabat, un Conseil des ministres, consacré à l'approbation de plusieurs textes.

Mouna Aghlal - 9 avril 2026
Relations Maroc-Eswatini : la coopération parlementaire au cœur des discussions à Rabat

Politique - Rachid Talbi El Alami accueille une délégation d'Eswatini pour renforcer la coopération parlementaire entre les deux pays.

Mouna Aghlal - 9 avril 2026
Rabat : tenue de la 5ᵉ session du Comité mixte Chambre des représentants – Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Politique - À Rabat, la 5e session du comité parlementaire mixte Maroc–Wallonie-Bruxelles relance la coopération bilatérale.

El Mehdi El Azhary - 9 avril 2026
Voir plus
Enseignement supérieur : le gouvernement fait le point sur l’avancement de la réforme

Politique - Le gouvernement fait le point sur la réforme de l'enseignement supérieur et son impact sur la recherche scientifique.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Le CCG salue le soutien du Roi Mohammed VI et réaffirme son appui à la marocanité du Sahara

Politique - Le CCG réaffirme son appui à la marocanité du Sahara lors de la 8e réunion ministérielle conjointe.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Conseil de gouvernement : adoption de deux décrets sur la pêche continentale et les OPCVM

Politique - Le Conseil de gouvernement approuve des décrets sur la pêche continentale et les OPCVM pour une meilleure organisation sectorielle.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Sahara : 4 ans pour tout régler ?

Dossier - Le Maroc peut maintenant demander plus : sortir le dossier du Sahara de la quatrième commission de l'ONU, inscrire le Polisario comme organisation terroriste…

Sabrina El Faiz - 25 janvier 2025
Le roi Mohammed VI salué par le CCG pour son engagement envers la ville sainte

Politique - Le CCG salue l'engagement du roi Mohammed VI lors de la réunion ministérielle conjointe. Un moment fort pour le Maroc et la région.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
La médecine à distance, pour qui ? pour quoi ? combien ?

Politique – Comment la télémédecine transforme l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales ou enclavées ?

Sabrina El Faiz - 12 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire