Régularisation volontaire de la situation fiscale : kesako ?

Avatar de Sabrina El Faiz

Temps de lecture :

127 MMDH déclarés : succès record de la régularisation fiscaleBillets d'argent marocain. Image d'illustration © DR

A
A
A
A
A

La DGI annonce une ouverture spéciale de ses guichets les 28 et 29 décembre 2024. Cela permettra aux contribuables de profiter de la régularisation volontaire prévue par la loi de Finances. Bien que cette option offre des avantages pour la sécurité fiscale, on ne peut s’empêcher de se poser des questions plausibles : est-ce vraiment une chance à saisir ? Quels risques y a-t-il à ne pas déclarer ses avoirs avant le 31 décembre ? Sommes-nous des fraudeurs sans le savoir ? Mehdi El Fakir, expert-comptable et économiste, nous répond.

Alors que la régularisation fiscale arrive à sa fin, beaucoup de contribuables se demandent s’il est nécessaire de tirer profit de cette occasion. Établie par la Loi de Finances, cette mesure permet aux personnes de déclarer leurs avoirs non déclarés avant le 1er janvier 2025 en payant une contribution de 5% de leur valeur.

Si cette initiative semble intéressante, elle mérite d’être examinée avec soin. Déclarer ses liquidités, ses biens privés ou les avances en comptes courants d’associés peut offrir une sécurité fiscale : les montants régularisés ne seront pas pris en compte lors de futurs contrôles fiscaux.

Lire aussi : Régularisation fiscale volontaire : ouverture des guichets de la DGI les 28 et 29 décembre 2024

Mais que se passe-t-il si l’on choisit de ne pas participer à cette régularisation ? Les contribuables qui refusent s’exposent à des contrôles fiscaux plus stricts, voire à des amendes si des revenus non déclarés sont trouvés. Au fil du temps, le coût de ne rien faire pourrait dépasser celui de la régularisation.

Mehdi El Fakir, expert-comptable et économiste nous éclaire à ce sujet.

LeBrief : Est-ce la première fois que de telles mesures sont mises en place ?

Mehdi El Fakir :
Non, une initiative similaire avait été lancée en 2020. Cependant, elle avait coïncidé avec le confinement lié à la pandémie de Covid-19, ce qui avait limité son impact.

LeBrief : Beaucoup de personnes ne comprennent pas les nouvelles mesures fiscales de la DGI. Pouvez-vous expliquer ce que sont les avoirs non déclarés

Mehdi El Fakir : Les avoirs non déclarés désignent, au sens large, toute somme d’argent ou tout bien qui n’a jamais été déclaré et qui est, par conséquent, hors du champ de la fiscalité. En d’autres termes, il s’agit d’argent ou de ressources que l’on aurait dû déclarer, mais qui ne l’ont pas été, volontairement ou non.

LeBrief : Y a-t-il des cas spécifiques exclus de cette régularisation ?

Mehdi El Fakir : Oui, tout ce qui a une source de revenus déjà traitée fiscalement, comme les salaires ou les héritages, n’est pas concerné. Ces sommes ont déjà été soumises aux prélèvements fiscaux appropriés. Et tout ce qui a été fait après le 31 décembre 2023. Cela ne concerne pas l’année 2024.

LeBrief : Par exemple, si une personne dépose 100.000 dirhams en banque du jour au lendemain, cela entre-t-il dans cette catégorie ?

Mehdi El Fakir : Pas nécessairement. Cela dépend de la situation précise. Il existe deux catégories principales :

L’argent liquide : Il s’agit de sommes d’argent sous forme de billets de banque. Si cet argent liquide est déposé en banque et qu’il n’a jamais été déclaré fiscalement, il peut être régularisé en payant un prélèvement libératoire de 5%. Si cet argent reste physiquement chez soi, dans un coffre ou un tiroir, il est également éligible à ce prélèvement de 5%. Dans les deux cas, il faut se rendre à la banque pour effectuer cette déclaration.

L’argent employé : Cela concerne des sommes utilisées pour acquérir des biens, comme des meubles ou des immeubles, sans qu’elles aient été déclarées auparavant. Par exemple, si quelqu’un achète un appartement ou une voiture avec de l’argent liquide non déclaré, il doit payer 5% de la valeur d’acquisition pour régulariser sa situation. De même, si cet argent a été investi dans une société ou prêté à un tiers, la même règle s’applique.

LeBrief : Où doit-on effectuer ces démarches ?

Mehdi El Fakir : Les déclarations peuvent se faire auprès de l’administration fiscale ou directement via certaines banques. Ces dernières commencent à accepter ce type de régularisations, mais il s’agit avant tout d’une démarche volontaire et confidentielle. Les banques mettront en place des permanences, même les week-ends, afin d’accompagner les contribuables dans ce processus avant la date limite du 31 décembre.

LeBrief : Que signifie exactement déclaration anonymisée ?

Mehdi El Fakir : Une déclaration anonymisée est une déclaration libératoire qui protège l’identité du déclarant. Ainsi, en cas de contrôle ultérieur, le contribuable pourra simplement présenter cette déclaration pour justifier la régularisation.

LeBrief : Que se passe-t-il si une personne ne profite pas de cette opportunité avant le 31 décembre ?

Mehdi El Fakir : Après cette date, en cas de contrôle fiscal, la situation devient plus contraignante. Au lieu des 5%, un taux d’imposition effectif d’environ 30% sera appliqué, basé sur le barème progressif de l’impôt sur le revenu (IR), qui peut aller jusqu’à 38% pour les tranches supérieures.

Dernier articles
Les articles les plus lu
L’Association des régions du Maroc mobilise Rabat pour l’économie bleue

Économie – Rabat a accueilli une conférence d'envergure co-organisée par l'Association des régions du Maroc (ARM) et l'initiative WestMED.

Wissal Bendardka - 1 avril 2026
Conseil de la concurrence : pourquoi les prix des carburants ne suivent pas toujours le marché mondial ?

Économie - Hausse des carburants sur fond de tensions internationales : au Maroc, les prix à la pompe évoluent de manière contrastée. Entre répercussions partielles, écarts entre opérateurs et ajustements locaux, le marché révèle ses limites et ses mécanismes complexes.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Tourisme : les recettes voyages dépassent 21,4 MMDH à fin février

Économie - Les recettes touristiques poursuivent leur progression en ce début d’année, atteignant plus de 21 milliards de dirhams à fin février. Une dynamique portée par la reprise du secteur et soutenue par les transferts des Marocains du monde.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Exportations automobiles : plus de 26 MMDH à fin février 2026

Économie - Portées par le câblage et la construction, les exportations automobiles dépassent 26 MMDH à fin février 2026. L’aéronautique progresse également, tandis que les phosphates, le textile et l’agroalimentaire affichent des reculs.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Managem : le géant minier change de dimension

Économie – Le chiffre d'affaires de Managem a fait un bond de 55% pour atteindre 13,69 milliards de dirhams.

Sabrina El Faiz - 1 avril 2026
GITEX Africa 2026 : l’ADD propulse l’innovation numérique africaine

Économie - L’ADD pilote GITEX Africa Morocco 2026 pour faire du Maroc un hub numérique panafricain. Startups, investisseurs et innovations en IA se rencontrent à Marrakech pour renforcer la compétitivité, la souveraineté et la croissance technologique de l’Afrique.

Ilyasse Rhamir - 31 mars 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire