Légalisation du cannabis : le projet de loi passera-t-il ou pas ?

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L’AMMPS et l’ANRAC unissent leurs efforts pour encadrer l’enregistrement des produits à base de cannabis ### Un protocole d’accord signé à Rabat L’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) et l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) ont conclu, vendredi à Rabat, un protocole d’accord portant sur les modalités d’enregistrement des produits dérivés du cannabis. Le document a été signé par le directeur général de l’AMMPS, **Samir Ahid**, et le directeur général de l’ANRAC, **Mohamed El Guerrouj**. ### Mise en œuvre de la loi encadrant les usages licites du cannabis Cet accord s’inscrit dans le cadre de l’application de la loi n°13-21 relative aux usages licites du cannabis. Il intervient également dans la continuité des missions confiées à l’AMMPS, notamment la garantie de la qualité, de la sécurité et de la conformité des produits de santé mis sur le marché. À travers ce partenariat, l’agence entend également accompagner le développement du secteur, en particulier la production et la commercialisation des produits issus de la filière du cannabis. ### Simplification des procédures pour les opérateurs Cette initiative vise à renforcer la coopération entre les deux institutions afin d’accélérer le traitement des procédures administratives. Elle permettra notamment de faciliter les démarches des opérateurs souhaitant soumettre des dossiers d’enregistrement pour des produits à base de cannabis. L’objectif est ainsi d’offrir un cadre administratif plus fluide tout en soutenant l’émergence d’un secteur réglementé et structuré. ### Garantir la qualité et la sécurité des produits Le protocole prévoit également la mise en place de mécanismes permettant d’assurer le respect strict des normes de qualité, de sécurité et de contrôle applicables aux produits dérivés du cannabis. Cette démarche s’inscrit dans un dispositif de régulation rigoureux, conforme aux exigences de santé publique. ### Vers une filière du cannabis mieux encadrée À travers cet accord, l’AMMPS et l’ANRAC réaffirment leur volonté commune de mettre en place un cadre réglementaire transparent et efficace, aligné sur les standards internationaux. Cette coopération devrait contribuer à structurer et à développer de manière responsable la filière nationale du cannabis, tout en veillant à la protection de la santé publique et à la sécurité sanitaire des citoyens.Photo illustration © DR

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Reporté à deux reprises par le Conseil du gouvernement, le projet de loi portant sur la légalisation du cannabis à usage médical et industriel sera de nouveau au cœur de la réunion de l’exécutif de ce jeudi 11 mars. Ce projet de loi ambitieux déchire le Parti de la justice et du développement (PJD), dont l’ancien leader Abdelilah Benkirane a même menacé de le quitter si ce texte venait à être approuvé. Cependant, son adoption serait une opportunité en or pour le Maroc, et lui permettrait non seulement de développer son économie, mais contribuerait aussi à l’essor de plusieurs secteurs, dont le tourisme.

Le projet de loi élaboré par le ministère de l’Intérieur pour légaliser le cannabis à usage médical et industriel a été repoussé à deux reprises par le Conseil du gouvernement, alors que les divergences au sein du Parti de la justice et du développement(PJD) concernant son approbation s’intensifient. En effet,le PJD semble réticent à soutenir ce projet de loi visantla légalisation de l’utilisation thérapeutique des dérivés du chanvre indien, et ce en particulier après que son ancien leader, Abdelilah Benkirane, ait menacé de le quitter si le PJDvenait à approuver cette législation. Le texte en question, dont l’examen a été entamé en Conseil du gouvernement le 25 février dernier, n’entrera en vigueur qu’après la validation du Parlement et sa publication au Bulletin officiel.

Lors de sa dernière réunion, le secrétariat général duparti de lampe a souligné qu’il poursuit l’examen de ce projet de loi et qu’il est nécessaire d’ouvrir un débat public plus large sur la question ainsi que de réaliser une étude plus exhaustive sur l’impact de la légalisation du cannabis. Cependant, plusieurs observateurs estiment que les arguments avancés par le PJD traduisent sa réserve quant au soutien de ce projet de loi, précisant qu’il chercherait plutôt à bloquer son adoption, au moins jusqu’à la fin des prochaines élections.

Notons que la légalisation du cannabis a toujours été une question sensible pour le Royaume. Aujourd’hui, cette question devient encore plus compliquée à l’approche de la fin du mandat du gouvernement PJDiste de Saad Dine El Otmani, et avec le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal (PI)qui défendant vivement la légalisation de l’utilisation licite de cette plante. Ces derniers affirment que légaliser l’usage du cannabis permettrait de soulagerles souffrances qu’endurent les agriculteurs du nord du pays en raison dela clandestinitéde leur activité et des risquesd’exploitation auxquels ils sont confrontés à cause des trafiquants de drogue.

Lire aussi :Légalisation du cannabis : report et interrogations

Ce qu’il faut retenir de ce projet de loi

Le projet de loi controversé prévoit la mise en place d’une Agence nationale pour la légalisation des activités afférentes à cette culture et qui sera chargée d’acheter le cannabis de chezles agriculteurs et de le vendre aux entreprises pharmaceutiques. S’il est approuvé, le Maroc sera l’un des premiers pays du continent africain à autoriser l’utilisation de cette plante à des fins médicales et thérapeutiques.

Neuf activités nécessiteront une autorisation des autorités pour opérer dans cette nouvelle industrie, y compris l’importation de graines et de plantes, la mise en place de pépinières et la commercialisation du cannabis et de ses sous-produits. Lescritères requispour les cultivateurs qui souhaitent demander une autorisation sont les suivantes : être citoyen marocain adulte, les parcelles de terre doivent être situées dans la zone de réglementation et les demandeurs doivent être membres d’une coopérative conformément à la loi 112-12, les propriétaires des terres doivent livrer une autorisation écrite et documentée pour l’utilisation des terres pour la culture du cannabis. De plus, les agriculteurs autorisés doivent utiliser uniquement des plantes certifiées par l’Agence, transférer tous les produits à la coopérative et adhérer aux bonnes pratiques de production préfixées.

Pour les entreprises de transformation autorisées, ellesdoivent s’engager à signer des contrats d’achat avec les producteurs agréés. De leur côté, les coopératives d’agriculteurs agréés doivent conclure un contrat avec un ou plusieurs transformateurs agréés et/ou des sociétés d’exportation pour vendre les récoltes reçues des agriculteurs membres.

S’agissant de la commercialisation, de l’importation ou l’exportation de produits du cannabis,les sociétés qui seront chargées de ce volet doivent être légales au regard du droit privé marocain et disposer de références techniques, personnelles et financières. Le projet de loi vise ainsi à réglementer les activités légales liées à la culture, la production, la fabrication, le transport et les activités d’échange de cannabis avec d’autres pays.

Lire aussi :Cannabis : vers une légalisation de cette plante au Maroc ?

Une opportunité en or pour le Maroc

Selon le ministère de l’Intérieur, ce projet créera diverses opportunités économiques pour le Maroc et lui permettra d’étendre son marché à l’international. Bien que l’usage récréatif de cette plante restera illégal, de nombreux étrangers ont exprimé leur désir de visiter le pays, soulignant que la décision progressiste du Maroc contribuera à l’essordu secteur touristique marocain. Les voisins européens espèrent également bénéficier de cette industrie, puisque la disponibilité du cannabis médical marocain cultivé traditionnellement est susceptible de plaire à leurs populations.

Lire aussi :Légalisation du cannabis : une démarche qui rapporterait gros

Enfin, restedésormais àvoir si le gouvernement adoptera (enfin) ce projet de loi cette semaine ou s’il le reportera (une nouvelle fois) à une autre réunion.

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