Aller au contenu principal

Cannabis : vers une légalisation de cette plante au Maroc ?

La légalisation du cannabis revient sur le devant de la scène marocaine. Depuis que l’Organisation des Nations unies (ONU) a reconnu le 3 décembre dernier les vertus thérapeutique et industrielle de cette plante, plusieurs voix se sont levées au Maroc pour accélérer la légalisation de sa culture. Tout en affirmant les bienfaits du "kif", certains experts recommandent davantage de vigilance pour mieux organiser et encadrer cette industrie et la commercialisation de ce genre de produit. De plus, selon l’institut d’études Prohibition Partners, si le Royaume venait à légaliser le cannabis, il enregistrerait un bénéfice annuel de l’ordre de 100 milliards de DH (MMDH).

Par H.L.B, Publié le 22/01/2021, mis à jour le 25/01/2021          Temps de lecture 5 min.
Teaser Media
Cannabis : vers une légalisation de cette plante au Maroc ?

La reconnaissance de l’Organisation des Nations unies (ONU) des bienfaits du cannabis a attisé les débats sur sa légalisation au Maroc. Le Royaume étant, selon les données 2019 de l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC), le premier producteur mondial de cannabis avec une quantité annuelle de 35.000 tonnes, 50.000 hectares de culture et un savoir-faire ancestral indéniable. Ainsi, depuis que la Commission des stupéfiants des Nations Unies (CND) a reconnu le 3 décembre 2020 les vertus de cette plante, sur recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le débat sur la légalisation de son utilisation à des fins thérapeutiques a refait surface au Maroc. Notons que ce dernier a voté "oui" à la résolution de l’ONU, qui a retiré le cannabis de la liste des stupéfiants à risques.

 

Lire aussi : Le Maroc examine les recommandations de l’OMS sur le cannabis et ses dérivés

 

Le cannabis, «une médaille à double revers»

Intervenant le 24 décembre dernier dans l’émission "On n’est pas obligés d’être d’accord : quels arguments autour de la légalisation du cannabis ?" sur 2M, le professeur Jalal Taoufik, psychiatre, addictologue et membre de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), a souligné que «l’usage du cannabis est une médaille à double revers». Il a expliqué que cette plante contient à la fois «du Tétrahydrocannabinol (THC), composant nocif et non exploitable médicinalement», et «du Cannabidiol (CBD), qui est le composant thérapeutique majeur du cannabis aux nombreux bienfaits». Selon le professeur, avant d’entamer les discussions sur la légalisation du kif, il faut d’abord «en dissocier les usages». Dans ce sens, il a indiqué que «le cannabis commercialisé dans des pays où la consommation est dépénalisée, et le cannabis du Maroc sont très différents», du fait que la concentration du THC est beaucoup plus faible dans le premier. Par contre, «le type de cannabis cultivé au Maroc est plus dangereux, en termes de consommation récréative». Jalal Taoufik estime que pour pouvoir exploiter le cannabis à des fins médicinales au Maroc, il est nécessaire de redéfinir en premier ses critères scientifiques. Et d’ajouter : «La plante utilisée doit contenir très peu de THC, moins de 0,3%, et beaucoup de CBD, pour qu’elle soit exploitable et rentable».

 

L’importance de cette culture en termes d’emploi

Pour Azday Benaceur, co-fondateur du collectif marocain pour l’usage thérapeutique et industriel du cannabis, «le cannabis marocain peut servir à de nombreux usages, tant thérapeutiques que récréatifs, cosmétiques ou industriels». En outre, poursuit-il, la légalisation de cette plante peut générer plusieurs opportunités d’emploi, surtout dans la région du massif du Rif, et ce en raison des innombrables étapes de production du kif. D’après les données de 2019 de l’institut d’études Prohibition Partners, cette culture fait à ce jour vivre entre 90.000 et 140.000 familles, et emploie près de 800.000 personnes au Maroc. Se basant sur ces chiffres, Azday Benaceur juge que l’impact socio-économique irrévocable de cette culture nécessite effectivement une réglementation et une légalisation immédiate de ce secteur.

 

Lire aussi : La commission Benmoussa sur les terres du Kif

 

Un business très prometteur

L’industrie du cannabis est aujourd’hui en plein essor dans le monde, surtout que le nombre de pays, qui ont légalisé cette plante pour une raison ou une autre, ne cesse de croitre. Abordant ce même sujet, TelQuel cite en exemple Israël, où «l’exploitation du cannabis rapporte 1 milliard de shekels (plus de 2,7 milliards de DH) par an». À ce jour, 60.000 Israéliens bénéficient de traitements à base de cannabis et quelque 150 entreprises opèrent dans ce secteur. Si le Maroc venait à légaliser aussi cette plante, les bénéfices seraient conséquents. En effet, selon Prohibition Partners, le Royaume pourrait enregistrer des recettes annuelles de l’ordre de 100 MMDH, tout en gardant sa dynamique de distribution actuelle, quoiqu'illégale, à savoir l’export de 80% de la production de cannabis marocain et la consommation locale des autres 20%.

 

Lire aussi : 100 milliards de DH pour le Maroc en cas de légalisation du Cannabis

 

Kenzi-Riboulet Zemmouli, chercheur indépendant et activiste auprès de la Commission des stupéfiants des Nations unies, a pour sa part confié à l’hebdomadaire qu’après l’autorisation de ce secteur, le Maroc devrait se concentrer davantage sur le développement et la commercialisation des traitements à base de cannabis. «Le profit viendrait d’une mise en place d’abord nationale des médicaments à base de cannabis. Le Maroc profite déjà de l’économie du cannabis, mais à travers des circuits parallèles. Son usage médical serait un plus pour l’économie du pays et pas seulement un déplacement du marché noir vers un marché régulé ; il s’agirait de rentrées économiques supplémentaires, en particulier alors que s’ouvrent des marchés partout dans le monde – encore plus depuis la sortie du cannabis du tableau 4 (tableau des drogues à risque, NDLR)».

 

Lire aussi : Cannabis : le PAM maintient la pression sur le gouvernement

 

Enfin, il est sûr que la légalisation du cannabis n’est pas prévue pour demain. N’empêche, les avantages de l’autorisation de cette industrie sont non négligeables. Reste maintenant à voir ce que les politiques vont décider, et s’ils sauront établir un cadre sécurisé et bien défini pour le lancement de ce secteur.

Sécurité routière : NARSA sur tous les fronts

Le ministre de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, Abdelkader Amara a présidé le mercredi 24 février 2021 à Rabat, les travaux de la troisième session du Conseil d’Administration...

Covid-19 et vaccination : état des lieux

Plus de 88.000 personnes ont reçu la première dose du vaccin contre la Covid-19 au mardi 2 mars à 1...

Lois électorales : deux textes adoptés par les députés

Mardi, la Chambre des représentants a approuvé trois projets de loi à l’ouverture de sa session ext...

Inondations à Tétouan : l’ONDH pointe du doigt les responsables locaux

En raison des récentes précipitations, Tétouan a connu d’importantes inondations, qui à leur tour ont provoqué plusieurs dégâts matériels. Alors que les autorités de cette province ont assuré que...

Turbulences dans la maison du PJD avant les élections

Quelques mois après la polémique autour de Saad Dine El Otmani et de sa signature de la déclaration...

Vaccination anti-Covid-19 : le chemin est encore long

Le Maroc a dépassé lundi la barre de 3,5 millions de citoyens vaccinés contre la Covid-19, ce qui r...