Temps de lecture : 4 minutes

Accueil / Histoire / 20 juin 1981: la révolte du pain

20 juin 1981: la révolte du pain

Temps de lecture : 4 minutes

Gros plan

Temps de lecture : 4 minutes

Le 20 juin 1981 marque une date sombre dans l’histoire contemporaine du Maroc, connue sous le nom de la «Révolte du pain». Cet événement tragique est une manifestation de la profonde frustration sociale et économique qui secouait le pays à cette époque. Retour sur un soulèvement populaire contre les mesures d’austérité imposées par le gouvernement marocain de l’époque, sous la pression des institutions financières internationales.

Temps de lecture : 4 minutes

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, le Maroc faisait face à une crise économique sévère. L’endettement extérieur croissant, l’inflation galopante, et le taux de chômage élevé exerçaient une pression intense sur l’économie marocaine. Le gouvernement, dirigé par Maati Bouabid, a été contraint de mettre en œuvre un programme d’ajustement structurel dicté par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale. Ces programmes visaient à réduire le déficit budgétaire et à stabiliser l’économie. Mais les mesures proposées, telles que la réduction des subventions sur les produits de base, allaient impacter directement les couches les plus vulnérables de la population.

Source de la révolte

Le 28 mai 1981, le gouvernement annonce une augmentation des prix des denrées alimentaires de base : le pain, le sucre, l’huile et la farine. Cette hausse des prix, qui intervient dans un contexte déjà marqué par la précarité et les inégalités sociales, suscite une colère généralisée. Les syndicats, en particulier l’Union marocaine du travail (UMT) et la Confédération démocratique du travail (CDT), appellent à une grève générale le 20 juin 1981 pour protester contre ces mesures impopulaires. Les marches de protestation visaient à dénoncer les augmentations drastiques des prix du blé, de l’huile, du beurre et de la farine, qui ont augmenté de 14 à 77%. D’où le nom que tout le monde connaît aujourd’hui de «Révolte du pain».

Le 20 juin, la grève est largement suivie dans les grandes villes du Maroc, notamment à Casablanca, Rabat et Fès. La grève générale dégénère en manifestations et en émeutes à Oujda, Berkane et Nador entre le 28 et le 31 mai. Malheureusement, à Casablanca, la situation dégénère aussi très rapidement. Des manifestations spontanées éclatent et tournent à l’émeute. Les protestataires, composés principalement de jeunes des quartiers défavorisés, affrontent violemment les forces de l’ordre. Les scènes de pillages, de saccages et d’affrontements se multiplient, plongeant la ville dans un chaos total.

Lire aussi : 11 juin 1936 : premières grandes grèves des Marocains sous protectorat

La réaction du gouvernement est immédiate. Les forces de l’ordre, appuyées par l’armée, répriment les manifestants avec une violence extrême. Les affrontements se soldent par des centaines de morts et des milliers de blessés. Les autorités annoncent officiellement un bilan de 66 morts, mais des sources indépendantes et des organisations de défense des droits de l’homme estiment que le nombre de victimes se situerait entre 500 et 1.000.

Selon les investigations de l’Instance équité et réconciliation (IER), les émeutes de Casablanca ont causé la mort de 114 personnes confirmées. Initialement, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) avait déclaré 637 morts, tandis que le Parti du progrès et du socialisme (PPS) avançait le chiffre de 800 décès. Les médias étrangers, quant à eux, mentionnaient entre 600 et 1.000 victimes et 5.000 arrestations. En décembre 2005, l’IER a procédé à l’exhumation de corps dans des fosses communes les 9 et 10 décembre 2005.

Les arrestations massives suivent et des milliers de personnes sont emprisonnées. La pénitence ne se limite pas aux manifestants, mais s’étend également aux leaders syndicaux et aux militants politiques, accusés d’avoir orchestré les troubles qui ont causé la mort de plusieurs personnes.

Une population désespérée

Face à l’opposition des syndicats marocains et des partis de l’opposition, le gouvernement annule 50% de certaines augmentations. Toutefois, la «Révolte du pain» du 20 juin 1981 a eu des répercussions profondes sur la société marocaine. Elle a révélé la fragilité de la situation socio-économique du pays et mis en lumière l’important fossé entre les riches et les pauvres.

Lire aussi : 16 mai 2003 : ces attentats qu’on n’oubliera jamais

Cette révolte a contribué à sensibiliser la population aux enjeux économiques et sociaux et à renforcer les mouvements de revendications pour la justice sociale et l’équité.

Le gouvernement marocain finit par modérer certaines de ses politiques d’ajustement structurel, prenant conscience de la souffrance d’une population désespérée. Les subventions sur les produits de base sont peu à peu réintroduites, et des programmes sociaux sont mis en place pour atténuer les effets des réformes économiques.

 

Laissez-nous vos commentaires

Temps de lecture : 4 minutes

La newsletter qui vous briefe en 5 min

Chaque jour, recevez l’essentiel de l’information pour ne rien rater de l’actualité

Et sur nos réseaux sociaux :

Révolte du pain

10 juillet 1971 : tentative de coup d’État de Skhirat

Feu le roi Hassan II, monté sur le trône en 1961, devait faire face à divers défis, notamment des tensions internes et une opposition. Le mé…
Révolte du pain

4 juillet 1956 : 5.000 hommes de l’Armée de libération à disposition du Sultan

Le Maroc, sous protectorat français depuis 1912, a connu une période de grande agitation et de mouvements nationalistes à partir des années …
Révolte du pain

24 au 28 juin 1765 : l’affaire Larache

Au XVIIIe siècle, le Maroc, sous la dynastie alaouite, cherchait à préserver son indépendance face aux ambitions coloniales des puissances e…
Révolte du pain

11 juin 1936 : premières grandes grèves des Marocains sous protectorat

Sous protectorat français, il fallait faire et se taire. Les travailleurs marocains avaient évidemment moins de droits et d’opportunités que…
Révolte du pain

3 juin 1970 : à l’origine des paroles de l’hymne national marocain

Il suffit d'en entendre les premières notes pour sentir cette précieuse fierté. À chacun son souvenir : un match marquant, une matinée parti…
Révolte du pain

29 mai 1960 : les toutes premières élections du Maroc

Après des décennies de domination coloniale, le Maroc a accédé à l'indépendance en 1956, mettant fin au protectorat français et espagnol. To…
Révolte du pain

Chellah : le joyau historique de la capitale

Situé sur la rive sud du Bouregreg, à quelques kilomètres à peine du centre de Rabat, le site historique du Chellah est l'un des joyaux cult…
Révolte du pain

16 mai 2003 : ces attentats qu’on n’oubliera jamais

16 mai 2003. Casablanca. 22h00. Les nouvelles, ce soir-là, s’emballent. L’impensable est arrivé. La capitale économique est victime de cinq …

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire