A une époque de contenus éphémères et d’archives englouties dans les serveurs numériques, certains choisissent encore le poids du beau et lisse papier. Pour ses 120 ans, Attijariwafa bank a donné naissance à un ouvrage massif de 400 pages et 4,5 kilos : 120 ans. Histoire d’un pays. Trajectoire d’une banque.

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Présenté le 6 mai 2026 au sommet de la tour du groupe à Casablanca Finance City, le Beau Livre retrace, à travers l’évolution d’une institution bancaire, les mutations économiques, politiques et sociales d’un Maroc en perpétuelle construction.

Sous la direction du chercheur et écrivain Driss Ksikes, l’ouvrage évite le ton figé des publications commémoratives. Ici, il n’est pas seulement question de chiffres, de performances ou de croissance. Le récit s’attarde sur les périodes de rupture, les hésitations, les ambitions et les transformations qui ont accompagné plus d’un siècle d’Histoire marocaine.

Aux origines d’AWB : Tanger, 1904

L’Histoire débute à Tanger, en 1904. A l’époque, la ville vit au rythme des influences étrangères et des rivalités internationales. Carrefour commercial en pleine effervescence, elle devient le point de départ de l’implantation de l’ancêtre lointain du groupe actuel.

Le livre plonge dans cette période du protectorat sans chercher à simplifier le récit. Il décrit un système bancaire qui se construit dans un Maroc traversé par des intérêts multiples, où l’économie moderne commence progressivement à prendre forme. Les archives mobilisées donnent une texture particulière au texte : anciens registres, correspondances, photographies oubliées, témoignages d’anciens employés… autant de fragments qui restituent une mémoire vivante.

On y découvre surtout des hommes et des femmes derrière les structures financières. Des directeurs d’agence, des employés anonymes, des commerçants, des clients. Toute une génération qui a vu naître un système bancaire encore balbutiant.

L’indépendance et la reconquête économique

Avec 1956, le récit change de rythme. L’indépendance du Maroc bouleverse les équilibres économiques et oblige les institutions financières à se redéfinir. La banque accompagne alors le mouvement de marocanisation et la volonté de bâtir une souveraineté économique nationale.

Les décennies suivantes racontent un pays en chantier. Industrialisation, grands projets, développement urbain, ouverture progressive des marchés : l’ouvrage suit ces transformations à travers le prisme bancaire, sans jamais se limiter à une lecture purement financière.

Les années 1970 et 1980 apparaissent comme celles des ambitions de croissance, mais aussi des tensions économiques et des ajustements. Puis viennent les réformes de libéralisation à partir de la fin des années 1980, période charnière durant laquelle le paysage financier marocain se modernise profondément pour s’ouvrir davantage à l’international.

A travers cette chronologie, c’est aussi le quotidien des Marocains qui affleure : l’essor des entrepreneurs, la naissance de nouvelles classes moyennes, les mutations des villes et l’émergence d’une économie plus connectée au reste du monde.

Conçu avec le concours du HEM Research Center et du Groupe Le Matin, le livre se présente davantage comme un travail de transmission historique que comme un objet de communication.

Le projet a nécessité près de deux années de recherches et permis de constituer un important fonds d’archives destiné à alimenter de futurs travaux universitaires. Une manière aussi de rappeler que l’histoire économique reste encore peu documentée au Maroc, alors même qu’elle éclaire les transformations profondes du pays.

Les derniers chapitres s’attardent sur l’expansion africaine du groupe, son implantation continentale et les défis technologiques qui redessinent aujourd’hui le secteur bancaire. Mais le livre ne cherche pas à conclure définitivement l’Histoire. Il pose plutôt une question ouverte : quelle banque pour le Maroc de demain ?

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