RH ça veut dire Rendre Heureux, eugénisme managérial ou concept en vogue

A A A A A

Tribune

Safae Alami

Doctorante chercheure à l’école nationale de commerce et de gestion, experte en risk management RH

Temps de lecture : Publié le 02/05/2023 à 17:07
favoris

On ne compte plus les entreprises qui mettent en œuvre aujourd’hui des mesures correctives pour soutenir la promotion du bien-être au travail. Naturellement, la chose que nous avons tous en commun, et qui ne change jamais, c’est l’humain. Au terme d’une crise sanitaire qui a chamboulé le monde du travail, les RH auront un rôle essentiel à jouer. Les enjeux RH sont désormais de s’imposer comme de véritables ambassadeurs d’une dynamique positive qui s’installe durablement et garants de la proximité dans les relations humaines. Il s’agit d’envisager une exploitation de tout le potentiel de l’intelligence collective au sein de l’entreprise à travers des échanges authentiques, des gestes et des paroles de reconnaissance, la création d’un climat de confiance ainsi qu’une vision partagée qui donne un cap porteur de sens à chacun. C’est en effet cette perte de sens au travail qui érode toute l’énergie de la personne et fragilise sa santé mentale.

«management par le care», paradigme fondé sur une exigence éthique et qui invite à concrétiser les stratégies à haute responsabilité humaine

Cette prise en compte de la S-QVT en tant que préoccupation managériale devrait amener toute entreprise à cultiver une vertu qui se perd et qui pourtant ne coûte rien, tout en produisant beaucoup d’effets sur l’ambiance du travail : la capacité compassionnelle. Celle-ci s’inscrit dans une approche de «management par le care», paradigme fondé sur une exigence éthique et qui invite à concrétiser les stratégies à haute responsabilité humaine en portant attention à la personne dans sa singularité. Ce plébiscite auprès des entreprises, dans un contexte où le mérite du potentiel humain n’est pourtant plus à démontrer, soulève certaines limites qu’il semble bon d’invoquer.

Qu’en est-il de cette fameuse dimension humaine qui, contrairement à ce qu’on pourrait penser, soulève parfois la controverse en raison de tout vouloir faire graviter autour de l’humain, empreinte d’un développement personnel forcené qui s’exerce dans le monde de l’entreprise.

tout le monde prétend promouvoir et véhiculer un référentiel de compétences -soft, power ou mad skills- dans les entreprises, mais beaucoup échouent

Business lucratif, discipline contestée ou discours saupoudré d’une certaine dose d’humanisme, le bien-être en entreprise fait de plus en plus référence à des séances de yoga ou à une salle de babyfoot qu’à une véritable thématique qui relève du management des Hommes. Ces dernières années, plusieurs entreprises prônent le «bonheur au travail», entretiennent une bonne communication de façade institutionnelle, alors que la réalité est tout autre en interne.

C’est aussi la preuve que ces puérilités, pratiquement sur toutes les lèvres, relèvent davantage d’un effet de mode et de circonstance. En effet, tout le monde prétend promouvoir et véhiculer un référentiel de compétences -soft, power ou mad skills- dans les entreprises, mais beaucoup échouent. Il ne s’agit pas de rendre les gens heureux, mais de les faire travailler dans des conditions particulièrement sereines. Il est donc vain de se référer à des prestations de services «soft skills» pour les ériger en totem lorsqu’on adopte une stratégie organisationnelle maltraitante.

Et pourtant, ces compétences, à la fois innées et acquises, peuvent changer la donne. Traiter de l’humain en contexte réel suppose une démarche de gestion rigoureuse et éclairée. Ceci implique logiquement un environnement de travail capacitant qui nourrit des collaborateurs enthousiastes, passionnés et qui savent se tirer vers le haut. Cette forte demande des soft skills met en avant la nécessité pour les entreprises de se donner du temps et des moyens pour recruter des caractères, développer des compétences et faire jaillir des talents.

l’émergence de nouveaux défis pressants auxquels nous sommes tous confrontés requiert plus qu’hier des soft skills comme

Cette question, aussi complexe qu’essentielle, a fait couler beaucoup d’encre. Et en réponse à cela, le style de management le plus efficient doit donner à chacun des outils pour mieux se connaitre et améliorer sa relation à l’autre dans le cadre de l’action en situation. Ceci s’explique en grande partie par le large spectre de compétences qui en découle et qui s’incarne le plus souvent par la capacité à la réflexivité pour progresser, l’autonomie appropriée pour des organigrammes plus aplatis, mais aussi les capacités cognitives, notamment la créativité et l’ouverture d’esprit. De surcroit, l’émergence de nouveaux défis pressants auxquels nous sommes tous confrontés requiert plus qu’hier des soft skills comme la capacité à gérer son stress, rempart solide contre le burn-out qui explose surtout dans les populations jeunes qui veulent aller au rythme des accélérations et qui, à peine leur carrière entamée, sont déjà broyées.

Dans un monde plein de parallélismes, les tensions paradoxales sont présentes. Et pourtant, dans un contexte où tout à tendance à se dématérialiser, le management d’aujourd’hui et de demain est celui qui va s’intéresser à l’humain pour remédier à un certain nombre de phénomènes dont la fragilisation du lien social au sein des entreprises. Admettons-le, l’ère du Big Data a cet avantage de mettre en lumière les compétences humaines et comportementales qui prennent tout leur sens et tout leur poids. Car si la crainte liée aux processus permanents de l’obsolescence des hard skills se fait ressentir, à l’inverse, les soft skills, loin d’être obsolètes, se développent et se bonifient avec le temps.

rien ne se fait sans les Hommes, cet être mystérieux qui n’a rien d’une ressource humaine

Il est donc naturel que les entreprises soient de plus en plus tenues pour responsables du bien-être de leurs collaborateurs. La S-QVT n’est donc pas un concept en vogue et ne doit en aucun cas être perçue comme une approche marketing séduisante. Au bout du compte, ce qui est vraiment important, c’est de mettre en place de vraies stratégies RH dignes d’un Business Partner de l’entreprise. Et comme l’a si bien formulé Charles-Henri Besseyre des Horts, «le DRH est à la fois le jardinier de la culture d’entreprise, le leader de la transformation, l’architecte du développement des talents et des réseaux, c’est un innovateur social et sociétal». La gestion humaine des Hommes se révèle être un point d’appui et un atout de taille qui peut faire toute la différence. Comme le pense d’ailleurs François Michelin, «rien ne se fait sans les Hommes, cet être mystérieux qui n’a rien d’une ressource humaine. C’est un être vivant, en croissance, en relations et qui demande simplement qu’on le considère comme tel».

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié aujourd'hui à 10:45Quand les algorithmes apprennent à parler marocain

Qu’on soit d’accord ou pas avec Fouad Laroui n’est pas là l’enjeu, mais plutôt la recherche de solutions langagières pour le Maroc. L’approche intelligente de Fouad Laroui n’est pas d’imposer, mais plutôt de proposer. Il nous livre des pistes de réflexion, pas plus. À ma connaissance, c’est l’analyse la plus complète et la plus réussie du champ langagier marocain, avec toutes ses langues et ses « différentes palettes de couleurs » : l’arabe classique, l’arabe marocain, l’amazigh, la hassanya et…

Par Pr. Mourad Alami , Universitaire, écrivain et traducteur en Allemagne et au Maroc.
Publié le 31/03L’économie bleue en temps de guerre : pourquoi l’environnement disparaît-il de l’équation des détroits stratégiques ?

Une réalité amère après les sommets environnementaux Alors que les sommets internationaux consacrés à la protection des océans et du climat se succèdent, les corridors maritimes vitaux continuent de payer le prix des décisions des grandes puissances, tandis que les écosystèmes marins deviennent des victimes silencieuses. Pollution marine © DR En passant avec inquiétude d’un média à l’autre, je ressens lassitude et désespoir face à une scène internationale qui s’est transformée, dans nombre de ses détails, en un foyer dangereux…

Par Mohammed Tafraouti, Activiste environnemental, spécialiste des questions oasiennes et du développement durable
Publié le 30/03Le Code de la famille quand le courage politique cède au calcul électoral !

Car l’attente, ici, n’est pas neutre. Elle ne suspend pas seulement une décision juridique. Elle fragilise la confiance, alimente les rumeurs, laisse prospérer les intox et entretient un brouillard politique sur une question pourtant centrale dans la vie des Marocaines et des Marocains. Dans les maisons, dans les médias, dans les débats publics, l’espoir d’une réforme réelle a bel et bien existé. Mais il se heurte désormais à un silence pesant, fait d’hésitations, de prudence excessive et de langage politique…

Par Dr Meryem Belhoussine, Politologue, spécialiste de la gouvernance démocratique
Publié le 27/03Former pour des professions inexistantes : la chimère stratégique de l’éducation face à l’intelligence artificielle

Ces dernières années, les appels à adapter l’éducation et la formation aux métiers de demain se sont multipliés dans les discours officiels. Ils orientent les réformes, dictent les priorités d’investissement, et façonnent les politiques publiques. Pourtant face à l’avancée fulgurante de l’intelligence artificielle, cette vision repose sur un paradoxe rarement remis en question. Comment peut-on former à des métiers dont la nature même reste incertaine ? L’intelligence artificielle n’a pas seulement pour effet de modifier les métiers existants, elle transforme…

Par Ouissale El Gharbaoui, Docteur en sciences économiques et gestion -Professeur Permanente HEC Rabat
Publié le 26/03La retraite au Maroc : faut-il vraiment choisir entre répartition et capitalisation ?

Depuis plusieurs décennies, le débat oppose deux visions. D’un côté, les défenseurs de la répartition alertent sur les risques sociaux d’un basculement vers des systèmes individualisés. De l’autre, les partisans de la capitalisation promettent une solution plus performante, fondée sur l’épargne et les marchés financiers. Pourtant, cette opposition est souvent simplifiée à l’extrême. La réalité est plus nuancée Le système par répartition, largement dominant au Maroc, repose sur un principe de solidarité intergénérationnelle : les actifs financent les retraités. Ce…

Par Hanane El Amraoui, Enseignante chercheuse à HEC Rabat Business School
Publié le 25/03Le Maroc : hub logistique ou simple corridor ? Peut-on être un hub sans être une puissance industrielle ?

Hub ou corridor : une distinction structurante La distinction entre hub logistique et corridor ne relève pas du simple vocabulaire technocratique. Un hub est un point nodal où les flux ne font pas que transiter : ils sont transformés, redistribués, enrichis. Il implique une capacité à capter de la valeur ajoutée, à intégrer des fonctions industrielles, commerciales et financières. À l’inverse, un corridor désigne un axe de passage, parfois performant, mais dont la contribution économique reste limitée à la facilitation…

Par Dr Anas Yachoulti, Docteur en Sciences Économiques et Gestion
Publié le 24/03Quand Bank Al-Maghrib préfère courir que contenir

Cette posture de « wait-and-see » soulève une question brutale : notre banque centrale est-elle encore le pilote de la stabilité ou n’est-elle plus que le témoin passif d’un basculement inflationniste déjà acté par les agents économiques ? Car l’histoire récente de notre politique monétaire est marquée par une constante : la difficulté à anticiper les crises inflationnistes. Non pas à les gérer – Bank Al-Maghrib a montré sa capacité à réagir – mais à les devancer. Or, en matière d’inflation, la…

Par Professeur Nabil Adel, Chercheur en géopolitique et géoéconomie
Publié le 20/03Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil 5/5

Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil Article 1 Article 2 Article 3 Article 4 29 – Pour un CCME élu A ce propos, on voit mal pourquoi dans le nouveau site du CCME, les discours royaux du 6 novembre 2005, 6 novembre 2006 et 6 novembre 2007, ne sont plus reproduits dans la rubrique «Textes fondateurs » (du Conseil).Ces discours sont de la plus haute importance pour la conception des politiques publiques…

Par Professeur Abdelkrim Belguendouz, Chercheur en migration
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub