L’OTAN : l’effondrement silencieux
Après le 11 septembre 2001, l’OTAN a activé pour la première fois l’article 5, proposant immédiatement aux États-Unis une riposte militaire collective. Mais ce sont les Américains qui ont refusé l’aide directe de l’Alliance, préférant mener l’opération Enduring Freedom avec une coalition ad hoc. Vingt ans plus tard, la situation s’est inversée : lors de la guerre d’Iran de 2026, Washington a appelé l’OTAN à ses côtés, mais les Européens ont refusé catégoriquement.
L’Alliance, jadis empressée à combattre aux côtés des Américains, a laissé les États-Unis presque seuls face à l’Iran. Aucun allié européen n’a accepté de participer, ni même de soutenir logistiquement l’opération. L’Allemagne a opposé une fin de non-recevoir, la France a conditionné son aide à un mandat de l’ONU, et le Royaume-Uni, pourtant historiquement aligné sur Washington, a pris ses distances. Pour la première fois depuis la création de l’Alliance, une guerre majeure impliquant les États-Unis s’est déroulée sans aucune solidarité opérationnelle. Ce vide stratégique n’est pas accidentel – il est le produit d’une lente décomposition dont les signes étaient visibles depuis plusieurs années.
Une opération qui a changé la donne
Le 28 février 2026, à 2 h 30 (heure de Washington), Donald Trump annonce dans une vidéo publiée sur Truth Social le lancement de l’opération « Epic Fury » – baptisée « Roaring Lion » du côté israélien -, une campagne de frappes aériennes conjointes américano-israéliennes ciblant plusieurs villes iraniennes.
Les résultats des premières heures sont fulgurants : le guide suprême Ali Khamenei est tué dans une frappe israélienne sur son complexe à Téhéran, de même que plusieurs hauts responsables du régime, dont le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh, le commandant des Gardiens de la Révolution islamique Mohammad Pakpour, et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Shamkhani. L’ampleur de ce « décapitage » institutionnel n’a pas d’équivalent dans l’histoire récente.
La riposte iranienne est immédiate et d’une intensité rare. Téhéran déclenche l’opération Promesse honnête 4, lançant des centaines de drones et de missiles balistiques sur Israël et sur les bases militaires américaines dans toute la région : Jordanie, Koweït, Bahreïn, Qatar, Irak, Arabie saoudite, Émirats arabes unis. Surtout, l’Iran ferme le détroit d’Ormuz, provoquant une flambée immédiate des prix du pétrole à l’échelle mondiale.
Le diagnostic de Wilkerson : « l’OTAN est morte »
Bien avant les premières frappes, le colonel Lawrence Wilkerson – retraité de l’armée américaine et ancien chef de cabinet du secrétaire d’État Colin Powell (2002-2005) – avait formulé un diagnostic sans appel. Dans une interview accordée à Democracy Now! le 10 mars 2026, il déclare : « Je pense que l’OTAN est morte. Il faudra peut-être quelques mois, voire quelques années, pour que tout le monde le reconnaisse officiellement – mais elle est morte. » Pour lui, cette mort n’est pas le fait d’un seul événement, mais l’aboutissement d’un processus long.
L’Alliance atlantique, conçue pour contrer l’URSS en 1949, n’a jamais su se réinventer après la fin de la Guerre froide. Parallèlement, un « déficit mémoriel » s’est creusé : la génération de dirigeants qui avaient connu la guerre mondiale et la guerre froide a disparu, laissant la place à des politiciens qui naviguent à vue dans un monde multipolaire qu’ils ne maîtrisent pas. Wilkerson souligne également que le retrait formel des États-Unis de l’OTAN n’est même pas nécessaire pour vider l’Alliance de sa substance : le désengagement pratique est déjà à l’œuvre – réduction des effectifs américains en Europe, gel de certains exercices communs, partage de renseignements limité.
La fracture transatlantique : le refus européen
La crise iranienne a agi comme un révélateur de la profondeur des divisions au sein de l’Occident. Lorsque Donald Trump a appelé ses alliés de l’OTAN à se joindre à l’effort militaire – ne serait-ce que pour rouvrir le détroit d’Ormuz -, la réponse européenne a été un refus catégorique. La France, l’Espagne et l’Italie ont fermé leur espace aérien aux avions américains se dirigeant vers Israël. L’Allemagne, par la voix du chancelier Friedrich Merz, a rappelé que l’OTAN n’est pas une alliance d’intervention au sens offensif du terme.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a tracé une ligne rouge publique : l’Alliance ne s’engagerait pas dans une campagne qu’il qualifie d’« américano-israélienne ». Ce refus collectif a non seulement paralysé l’Alliance sur le plan opérationnel, mais il a aussi révélé l’absence d’une vision stratégique partagée entre les deux rives de l’Atlantique. Il est néanmoins important de noter une nuance : Mark Rutte a par ailleurs soutenu publiquement à la télévision américaine l’intervention de Trump en Iran, déclarant que cette action était « essentielle pour rendre le monde plus sûr ». Cette position, en apparence contradictoire – soutenir l’objectif mais refuser les moyens -, a suscité l’indignation de plusieurs parlementaires européens, révélant les contradictions internes au sein même de l’appareil de l’Alliance.
Groenland, rhétorique de Trump et crise de l’Alliance
Cette défiance ouverte s’amorce plus intensément par une crise diplomatique majeure survenue quelques mois plus tôt, lorsque les États-Unis ont annoncé leur intention d’acquérir le Groenland, territoire autonome danois et membre fondateur de l’OTAN. Face au refus catégorique de Copenhague et des capitales européennes, Washington a multiplié les pressions économiques et militaires, allant jusqu’à menacer de réviser son engagement au sein de l’Alliance.
Les partenaires européens, dénonçant une violation du droit international et de la souveraineté d’un allié, ont exprimé des réserves publiques lors d’un sommet extraordinaire de l’UE tenu le 22 janvier 2026 – sans toutefois adopter de position de condamnation formelle à l’égard des États-Unis, dans la crainte de représailles commerciales et de fragiliser davantage l’Alliance. La crise du Groenland a plongé l’OTAN dans une impasse existentielle. Devant l’impossibilité d’activer l’Article 5, les alliés européens ont formé une coalition ad hoc pour déployer l’opération Arctic Endurance, marquant une rupture symbolique forte au sein de l’Alliance. C’est dans ce climat de rupture ouverte que Donald Trump, a intensifié ses attaques. Le 20 mars 2026, Donald Trump a formulé sur Truth Social une attaque directe contre ses alliés : « Sans les États-Unis, l’OTAN EST UN TIGRE DE PAPIER ! Ils ne voulaient pas se joindre à la lutte pour arrêter un Iran nucléaire. C’est si facile pour eux de le faire, avec si peu de risques. LÂCHES, et nous nous SOUVIENDRONS ! » Ces propos ont mis en lumière la profondeur de la rupture.,
Le 1er avril, dans un entretien accordé au Daily Telegraph, Trump a franchi une étape supplémentaire : « Je n’ai jamais été convaincu par l’OTAN. J’ai toujours su qu’il s’agissait d’un tigre de papier, et Poutine le sait aussi. » Interrogé sur la possibilité d’un retrait américain, il a répondu : « Oh oui, je dirais que c’est au-delà de toute reconsidération. » Quelques jours plus tard, après sa rencontre avec Mark Rutte à la Maison-Blanche, il a posté : « L’OTAN N’ÉTAIT PAS LÀ LORSQUE NOUS AVIONS BESOIN D’ELLE, ET ELLE NE SERA PAS LÀ SI NOUS AVONS À NOUVEAU BESOIN D’ELLE. »
Il convient de souligner que, sur le plan constitutionnel américain, un retrait formel de l’OTAN requiert l’approbation du Congrès. Cette contrainte juridique représente un frein réel. Mais comme le note Wilkerson, l’essentiel n’est pas la dissolution formelle : c’est la perte de la substance même de l’Alliance.
L’avertissement de Breton : une prophétie devenue réalité
Cette rupture avait pourtant été annoncée avec une précision troublante. En janvier 2024, Thierry Breton, alors commissaire européen chargé du Marché intérieur, avait révélé au Parlement européen des propos tenus par Donald Trump à Ursula von der Leyen lors du Forum économique mondial de Davos en janvier 2020.
Trump avait déclaré : « Vous devez comprendre que si l’Europe est attaquée, nous ne viendrons jamais pour vous aider et vous soutenir. D’ailleurs, l’OTAN est morte, et nous allons partir. » Ces propos, gardés confidentiels pendant quatre ans, avaient été confirmés par plusieurs sources européennes. Breton les avait qualifiés d’« énorme signal d’alarme ». En 2026, cet avertissement est devenu réalité.
Le basculement géopolitique mondial
Au-delà du théâtre militaire du golfe Persique, c’est la structure même de l’ordre mondial qui se reconfigure. La fermeture du détroit d’Ormuz – par lequel transitait environ 20% du commerce pétrolier mondial – a provoqué un choc économique mondial d’une ampleur considérable, frappant en premier lieu les économies européennes les plus dépendantes des importations énergétiques. Cette ironie n’a pas échappé à Trump, qui a rappelé à ses alliés que leur refus de participer à la guerre les privait d’un moyen direct de résoudre le problème pétrolier qu’ils subissaient.
Sur le plan stratégique, la résistance militaire iranienne a délivré un message fort. Les services de renseignement américains avaient sous-estimé les capacités balistiques de l’Iran. Les porte-avions américains ont dû reculer à des distances sûres, hors de portée des missiles iraniens – et selon plusieurs analystes, Téhéran n’avait pas encore déployé ses missiles les plus sophistiqués. Pour la première fois depuis la Guerre du Golfe de 1991, une puissance régionale a tenu tête militairement à la superpuissance américaine dans un affrontement direct.
À l’est, la Russie, la Chine et l’Iran voient leurs convergences d’intérêts renforcées par ces événements. Un axe eurasiatique de fait se consolide, fondé non sur une alliance formelle mais sur un objectif commun : contester l’ordre unipolaire américain, diversifier les circuits économiques hors du dollar, et démontrer les limites de la projection de force de Washington.
Vers une recomposition de l’ordre mondial
Ce qui se joue dans le golfe Persique n’est pas seulement une bataille de missiles et de ripostes. C’est le révélateur d’un basculement historique profond. La fin de l’OTAN ne se traduira pas nécessairement par une dissolution formelle. Mais la perte de sa raison d’être en tant qu’alliance cohérente et crédible semble désormais consommée.
Pour les Européens, la leçon est douloureuse mais incontournable : l’autonomie stratégique n’est plus une option rhétorique, c’est une nécessité vitale. L’Union européenne devra construire une architecture de défense propre, fondée sur des intérêts partagés et le respect mutuel, plutôt que sur la subordination à une puissance dont les priorités ont définitivement divergé des leurs.
Pour le reste du monde, le message est clair : l’ordre unipolaire, qui avait structuré les relations internationales depuis 1991, a vécu. Le monde multipolaire que certains annonçaient comme une perspective lointaine est déjà là, avec ses nouvelles règles, ses nouvelles alliances et ses nouvelles vulnérabilités. La question qui se posera dans les prochains mois n’est plus de savoir si cet ordre a changé – il a changé. Elle est de savoir si les acteurs concernés sauront s’adapter à cette nouvelle réalité avec la lucidité et la responsabilité qu’elle exige.
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