L’apprentissage n’a pas d’âge : hommage à celles et ceux qui osent encore apprendre
Tribune
Safa MakatiProfesseur chercheur, responsable pédagogique de la filière comptabilité finance et contrôle à l'ISGA
Oui, on peut retourner à l’université à 50, 60 ou même 70 ans. Et réussir brillamment.
Quand l’âge devient force, et non obstacle
Aujourd’hui encore, dans les amphithéâtres marocains, de plus en plus de personnes âgées reprennent le chemin des études. Et leur présence n’est pas marginale : elle est significative, inspirante, et profondément respectable.
Parmi ces adultes en reprise d’études, on distingue deux profils particulièrement forts :
- Ceux qui veulent progresser dans leur milieu professionnel : ces femmes et ces hommes, parfois en poste depuis des années, comprennent que le savoir est la clé de la mobilité, de la reconnaissance, et de la légitimité dans un monde en constante mutation. Ils reprennent donc leurs études pour s’adapter, évoluer, rester compétitifs.
- Ceux qui ont mis leurs rêves de côté pour élever une famille : ce sont souvent des femmes, des mères, qui ont sacrifié leur avenir académique pour assurer celui de leurs enfants. Une fois leur mission accomplie, elles reviennent à l’université avec force, humilité et une grande soif de savoir. Et bien souvent, elles obtiennent les meilleures notes de leur promotion.
L’université publique marocaine : un espace de renaissance
Dans cette dynamique, l’université publique marocaine mérite d’être saluée. Elle continue d’ouvrir ses portes aux apprenants de tous horizons, sans jamais poser la question de l’âge. Grâce à cette ouverture, des dizaines de parcours exceptionnels se construisent chaque année.
Ces universités sont des lieux de seconde chance. Des lieux où des rêves longtemps suspendus peuvent enfin reprendre vie.
Des exemples concrets de réussite
Cette réalité n’est pas abstraite. Elle est vécue chaque jour par des personnes ordinaires qui réalisent l’extraordinaire :
- Ma mère, à 53 ans, a obtenu son deuxième master après avoir élevé ses enfants et assuré leur réussite. Elle est aujourd’hui l’exemple vivant que l’âge n’éteint jamais la volonté de se réaliser.
- En France, Lucienne Brûlé, une grand-mère de 91 ans, a obtenu son Master 2 en philosophie à l’Université de Bourgogne. Elle a déclaré que le savoir lui permettait de “rester vivante intérieurement”.
- Au Maroc, des femmes dans la cinquantaine intègrent des masters en gestion, en sciences humaines ou en droit après une longue carrière ou après une période consacrée exclusivement à la famille. Certaines se retrouvent major de promotion, comme ce fut le cas en 2023 à l’Université Hassan II de Casablanca, où une femme de 58 ans, mère de 5 enfants, a décroché son master avec mention très bien.
Un message à ceux qui jugent
Il arrive parfois que ces parcours soient moqués, incompris, voire jugés inutilement. Certaines personnes insinuent que ces étudiants âgés cherchent à “combler un vide”, ou agissent par “frustration”. Ce type de discours, en plus d’être faux, est profondément réducteur.
Ce n’est pas un vide qu’ils comblent, c’est une lumière qu’ils rallument. Le désir d’apprendre n’est pas lié à une absence, mais à une plénitude intérieure.
Un modèle pour tous
Ces adultes en reprise d’études sont un modèle, pas une anomalie. Ils nous rappellent que la vie ne suit pas toujours un schéma linéaire, et que la dignité humaine passe aussi par la possibilité de se réinventer. Ils prouvent que le mérite, la discipline et la passion n’ont pas d’âge.
Merci à celles et ceux qui montrent la voie
Merci à ces hommes et femmes courageux. Merci à l’université marocaine pour sa vision inclusive. Et surtout, merci à ces mères, à ces pères, à ces citoyens engagés, qui reprennent leurs cahiers et leurs rêves, et qui inspirent les plus jeunes par leur ténacité.
Car oui, il n’est jamais trop tard pour apprendre. Il est seulement trop tôt pour abandonner.
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