Immobilier marocain : ralentissement conjoncturel ou début de cycle ?

Le marché immobilier marocain traverse, en cette année 2025, une zone de turbulence. Les chiffres récents montrent un net ralentissement, mais pas encore une crise systémique comparable à celle de 2008. Le secteur se trouve dans une phase de respiration forcée, où la prudence domine les intentions d’achat et d’investissement.

A A A A A

Tribune

Karim Mabrour

Fondateur et CEO de MKM Immobilier

Temps de lecture : Publié le 17/10/2025 à 11:38
favoris

Un ralentissement marqué, mais encore maîtrisé

Les données du premier trimestre 2025 confirment la tendance : recul à deux chiffres des transactions sur certaines périodes et baisse de l’indice des prix réels de -1,8%. L’offre, elle, demeure abondante, mais la demande se contracte, notamment chez les primo-accédants et les acheteurs dépendant du crédit bancaire.

À l’échelle des grandes villes, les dynamiques se nuancent :

  • Casablanca reste le pivot du marché avec des prix moyens autour de 14.000 MAD/m², mais les volumes baissent sensiblement.
  • Rabat connaît une quasi-stagnation des prix, marquée par un léger repli au premier trimestre.
  • Marrakech résiste grâce à son haut de gamme et à la demande touristique.
  • Tanger évolue sur une trajectoire mixte : solide sur le plan industriel, mais exposée à la baisse de la demande étrangère.

En résumé, le marché vit un ralentissement conjoncturel, qui pourrait toutefois se transformer en frein structurel si les conditions de financement et le pouvoir d’achat des ménages ne s’améliorent pas rapidement.

Le crédit, le pouvoir d’achat et la confiance : un trio sous tension

Premier facteur explicatif : le coût du crédit. Malgré la stabilisation du taux directeur à 2,25% fin 2025, les marges appliquées par les banques restent élevées. Le résultat est clair : une baisse de la capacité d’emprunt, particulièrement pour les jeunes ménages.

Deuxième facteur : l’érosion du pouvoir d’achat. L’inflation et la hausse du coût de la vie forcent les ménages à reporter leurs projets immobiliers, voire à se replier vers la location.

Troisième élément : l’attentisme des investisseurs, locaux comme étrangers, face à un environnement perçu comme incertain. À cela s’ajoutent des retards administratifs et une sur-offre sur certains produits standardisés, qui pèsent sur la dynamique de marché.

Conséquence : une chute du volume de transactions, parfois à deux chiffres, malgré une relative stabilité des prix dans les zones les plus demandées.

Taux d’intérêt et pouvoir d’achat : le nerf de la demande

La mécanique est simple : lorsque les taux augmentent, la mensualité pour un même capital emprunté s’alourdit, réduisant la surface ou la valeur accessible. Même avec une politique monétaire stable, les taux pratiqués sur les crédits immobiliers restent supérieurs à ceux d’il y a deux ans.

Les effets sont contrastés :

  • Les primo-accédants sont les plus touchés, réduisant drastiquement leur capacité d’achat.
  • Les investisseurs patrimoniaux et le segment haut standing demeurent plus résilients.
  • Le marché locatif se renforce mécaniquement, car de plus en plus de ménages renoncent temporairement à l’acquisition.

En somme, le couple “taux d’intérêt / pouvoir d’achat” est aujourd’hui la clé de voûte du marché.

Les segments qui résistent

Tous les segments ne sont pas logés à la même enseigne.

  • Le haut standing à Casablanca et Marrakech tire encore son épingle du jeu grâce à une clientèle aisée et à une valeur refuge perçue.
  • L’immobilier locatif reste soutenu dans les grandes villes, où la pression sur les loyers s’accroît.
  • Le segment logistique et industriel, porté par Tanger et la dynamique exportatrice, se montre le plus déconnecté du cycle résidentiel.
  • En revanche, les terrains et lotissements périphériques souffrent d’une faible liquidité et d’une demande en berne.

Chaque ville suit ainsi sa propre trajectoire, mais Casablanca demeure le baromètre national, Rabat reste stable, Marrakech dynamique sur les produits premium, et Tanger portée par son attractivité économique.

Relancer la confiance et la fluidité du marché

Le scénario central pour les prochains mois reste celui d’une stagnation prolongée, suivie d’une reprise lente. Le rebond dépendra largement de la reconstruction de la confiance et d’un meilleur accès au financement.

Quelques leviers concrets peuvent accélérer cette normalisation :

  1. Faciliter le crédit aux primo-accédants, via des taux plafonnés, garanties publiques et durées d’emprunt allongées.
  2. Introduire des incitations fiscales temporaires pour la rénovation et la mise en location, afin de soutenir l’emploi et la mobilité résidentielle.
  3. Renforcer les programmes de logements sociaux et économiques, notamment dans les pôles à forte demande.
  4. Accélérer la digitalisation et la simplification foncière, pour réduire les délais de transaction.
  5. Instaurer un dialogue public-privé permanent, pour aligner l’offre sur les besoins réels des territoires.

Ce qu’il faut suivre

Pour juger de la trajectoire du marché dans les trimestres à venir, trois indicateurs seront déterminants :

L’évolution des transactions immobilières (BAM).

Le prix moyen au m² par ville.

Le taux moyen des crédits immobiliers et la durée de commercialisation des biens.

C’est à la lecture de ces signaux que l’on saura si la reprise est organique ou pilotée.

En conclusion

L’immobilier marocain ne s’effondre pas, mais il se réorganise. Le temps des excès de liquidité et de la demande soutenue par le crédit facile est révolu. Nous entrons dans un cycle plus sélectif, où la qualité, l’emplacement et la capacité de financement deviennent les véritables critères de résilience.

C’est donc moins une crise qu’une phase de rééquilibrage, qui, bien gérée, pourrait préparer le terrain pour un nouveau cycle de croissance plus sain et durable.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié aujourd'hui à 09:52Le Code de la famille quand le courage politique cède au calcul électoral !

Car l’attente, ici, n’est pas neutre. Elle ne suspend pas seulement une décision juridique. Elle fragilise la confiance, alimente les rumeurs, laisse prospérer les intox et entretient un brouillard politique sur une question pourtant centrale dans la vie des Marocaines et des Marocains. Dans les maisons, dans les médias, dans les débats publics, l’espoir d’une réforme réelle a bel et bien existé. Mais il se heurte désormais à un silence pesant, fait d’hésitations, de prudence excessive et de langage politique…

Par Dr Meryem Belhoussine, Politologue, spécialiste de la gouvernance démocratique
Publié le 27/03Former pour des professions inexistantes : la chimère stratégique de l’éducation face à l’intelligence artificielle

Ces dernières années, les appels à adapter l’éducation et la formation aux métiers de demain se sont multipliés dans les discours officiels. Ils orientent les réformes, dictent les priorités d’investissement, et façonnent les politiques publiques. Pourtant face à l’avancée fulgurante de l’intelligence artificielle, cette vision repose sur un paradoxe rarement remis en question. Comment peut-on former à des métiers dont la nature même reste incertaine ? L’intelligence artificielle n’a pas seulement pour effet de modifier les métiers existants, elle transforme…

Par Ouissale El Gharbaoui, Docteur en sciences économiques et gestion -Professeur Permanente HEC Rabat
Publié le 26/03La retraite au Maroc : faut-il vraiment choisir entre répartition et capitalisation ?

Depuis plusieurs décennies, le débat oppose deux visions. D’un côté, les défenseurs de la répartition alertent sur les risques sociaux d’un basculement vers des systèmes individualisés. De l’autre, les partisans de la capitalisation promettent une solution plus performante, fondée sur l’épargne et les marchés financiers. Pourtant, cette opposition est souvent simplifiée à l’extrême. La réalité est plus nuancée Le système par répartition, largement dominant au Maroc, repose sur un principe de solidarité intergénérationnelle : les actifs financent les retraités. Ce…

Par Hanane El Amraoui, Enseignante chercheuse à HEC Rabat Business School
Publié le 25/03Le Maroc : hub logistique ou simple corridor ? Peut-on être un hub sans être une puissance industrielle ?

Hub ou corridor : une distinction structurante La distinction entre hub logistique et corridor ne relève pas du simple vocabulaire technocratique. Un hub est un point nodal où les flux ne font pas que transiter : ils sont transformés, redistribués, enrichis. Il implique une capacité à capter de la valeur ajoutée, à intégrer des fonctions industrielles, commerciales et financières. À l’inverse, un corridor désigne un axe de passage, parfois performant, mais dont la contribution économique reste limitée à la facilitation…

Par Dr Anas Yachoulti, Docteur en Sciences Économiques et Gestion
Publié le 24/03Quand Bank Al-Maghrib préfère courir que contenir

Cette posture de « wait-and-see » soulève une question brutale : notre banque centrale est-elle encore le pilote de la stabilité ou n’est-elle plus que le témoin passif d’un basculement inflationniste déjà acté par les agents économiques ? Car l’histoire récente de notre politique monétaire est marquée par une constante : la difficulté à anticiper les crises inflationnistes. Non pas à les gérer – Bank Al-Maghrib a montré sa capacité à réagir – mais à les devancer. Or, en matière d’inflation, la…

Par Professeur Nabil Adel, Chercheur en géopolitique et géoéconomie
Publié le 20/03Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil 5/5

Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil Article 1 Article 2 Article 3 Article 4 29 – Pour un CCME élu A ce propos, on voit mal pourquoi dans le nouveau site du CCME, les discours royaux du 6 novembre 2005, 6 novembre 2006 et 6 novembre 2007, ne sont plus reproduits dans la rubrique «Textes fondateurs » (du Conseil).Ces discours sont de la plus haute importance pour la conception des politiques publiques…

Par Professeur Abdelkrim Belguendouz, Chercheur en migration
Publié le 19/03Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil 4/5

Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil 3/5 20 – Élargir le débat Dans cet esprit , dans le cadre de la discussion  sereine et apaisée  à mener avec tout le respect et la dignité que mérite le dossier stratégique d’intérêt national des citoyens MRE, auxquels le Souverain accorde une très haute sollicitude, à travers notamment toute une série de discours royaux (les derniers en date étant ceux du 20 août 2022…

Par Professeur Abdelkrim Belguendouz, Chercheur en migration
Publié le 18/03Responsables du CCME, quel est votre bilan ? Réponse à Abdellah Boussouf, SG du Conseil 3/5

https://www.lebrief.ma/tribunes/responsables-du-ccme-quel-est-votre-bilan-reponse-a-abdellah-boussouf-sg-du-conseil-2-5/ 14 – Le pourquoi de cette défaillance structurelle  Quelles sont alors les raisons de cette carence et gouvernance défectueuse, que l’entretien avec le SG du Conseil n’a nullement évoqué, à aucun moment. De notre point de vue, si aucune assemblée plénière formelle n’a été convoquée en bonne et due forme par le président (en dehors de celle de lancement pour adoption du règlement intérieur et formation des groupes de travail), c’est pour la raison fondamentale suivante. Le président du CCME…

Par Professeur Abdelkrim Belguendouz, Chercheur en migration
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub