Système pénitentiaire : le triple chantier de la DGAPR pour moderniser les prisons

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DGAPR : vers un système pénitentiaire moderniséImage d'illustration (DGAPR) © DR

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L’année 2025 marque un tournant pour les prisons marocaines. Selon le rapport d’activité de la DGAPR, les peines alternatives entrent enfin dans le réel avec plus de 1.000 jugements et 606 libérations. La surpopulation recule légèrement (153 % de taux d’occupation), mais reste critique avec près de 100.000 détenus. Pour soutenir la réforme, l’administration entend conjuguer sécurité, réinsertion et modernisation. Cet outillage technique pourra-t-il toutefois tenir ses promesses face à des défis structurels toujours profonds ? Les détails.

Le rapport d’activités 2025 de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) dresse le portrait d’un secteur en mutation rapide, au croisement de trois dynamiques majeures : l’entrée effective des peines alternatives dans le circuit judiciaire, la persistance d’une surpopulation carcérale élevée malgré un léger recul, et l’accélération de la modernisation numérique des établissements pénitentiaires.

Derrière ces trois chantiers, un même fil conducteur se dessine, celui d’une administration qui cherche à conjuguer sécurité, réforme et réinsertion dans un univers longtemps perçu comme fermé sur lui-même.

La réforme des peines alternatives entre dans sa phase opérationnelle

Le premier fait marquant tient à la montée en puissance de la loi n°43.22 relative aux peines alternatives. Selon le rapport, 2025 a véritablement constitué l’année de démarrage opérationnel du dispositif, avec 1.001 jugements ayant abouti à 1.077 peines alternatives.

Le document précise en outre que, entre le 22 août et le 31 décembre 2025, 743 décisions d’exécution ont été reçues, dont 727 concernant des détenus et 16 des personnes poursuivies en état de liberté. Parmi ces décisions, 606 personnes ont été libérées. L’ensemble confirme que la réforme commence à produire des effets concrets dans l’exécution des peines.

Le rapport montre aussi que ce dispositif s’inscrit dans une architecture plus large, pensée pour diversifier les réponses pénales. Les peines alternatives recensées comprennent notamment les amendes journalières, les travaux d’intérêt général, la surveillance électronique et certaines mesures de réhabilitation ou de restriction de droits.

Le document signale également 31 refus d’exécution et 20 violations, autant d’indicateurs qui rappellent qu’un nouveau mécanisme pénal ne se déploie pas sans frictions, sans ajustements et sans défis de suivi. Autrement dit, 2025 marque moins l’aboutissement de la réforme que son entrée dans le réel, avec les contraintes administratives, judiciaires et organisationnelles que cela suppose.

Ce premier bilan est d’autant plus intéressant qu’il intervient dans un contexte où les autorités pénitentiaires cherchent à élargir l’arsenal des réponses à la détention classique.

Le rapport insiste sur la mobilisation de la DGAPR, en coordination avec différents acteurs gouvernementaux et institutionnels, pour mettre en place les fondements organisationnels, techniques et humains nécessaires à l’application de la loi.

Il souligne aussi la tenue, dès février 2025, d’un séminaire international sur les peines alternatives dans le cadre du projet MAJUST, avec des experts venus de plusieurs pays européens.

Lire aussi : Peines alternatives : Ouahbi déplore leur lente adoption

Une surpopulation carcérale toujours structurelle

Mais ce mouvement de réforme ne peut être lu indépendamment d’un autre phénomène central : la surpopulation carcérale. Au 31 décembre 2025, le rapport fait état de 99.366 détenus, soit 280 détenus pour 100.000 habitants, avec un âge moyen de 33,62 ans.

La population carcérale reste donc très élevée, même si le document relève un recul de 5,45% entre 2024 et 2025, après des années de hausse continue. Le taux d’occupation national est tombé à 153%, contre 161% fin 2024. Cette baisse constitue un signal positif, mais elle ne règle nullement le problème de fond, à savoir que les prisons marocaines demeurent nettement au-dessus de leur capacité théorique.

Les chiffres sur les entrées et les sorties de détenus vont dans le même sens. En 2025, le rapport recense 98.446 nouveaux entrants, contre 101.157 en 2024, tandis que les libérations ont atteint 104.485, contre 98.673 l’année précédente.

La tension entre réforme pénale et contrainte carcérale se retrouve aussi dans le volet consacré aux infrastructures. La DGAPR indique avoir lancé de nouveaux projets de construction à Al Hoceima, Chichaoua et Errachidia, tout en annonçant un appel d’offres pour un nouvel établissement à Ras El Ma, à Fès.

Des travaux d’extension et de réaménagement sont également en cours à Kénitra, Chefchaouen, Ain Sebaâ et Ras El Ma. À la fin de 2025, la superficie totale dédiée à l’hébergement atteint 178.413 mètres carrés, pour une capacité d’environ 64.812 lits.

Le numérique comme nouveau levier de gestion pénitentiaire

C’est dans cet environnement que s’inscrit le troisième grand axe du rapport, celui de la transformation numérique des prisons marocaines. La DGAPR présente la modernisation technologique comme l’un des leviers de sa réforme, et la 7e conférence biennale de l’Association des services correctionnels d’Afrique (ACSA), tenue à Tamesna en mai 2025, en a constitué une vitrine continentale.

Organisée autour du thème de la technologie dans la gestion des établissements pénitentiaires en Afrique, cette rencontre a réuni 37 pays africains et 120 participants. Les débats ont porté sur la numérisation des dossiers des détenus, les bases de données centralisées, les systèmes d’information intégrés, les caméras intelligentes, la biométrie, les dispositifs de détection, la cybersécurité et les services numériques destinés aux détenus.

La DGAPR ne présente pas le numérique comme un simple habillage de modernité. Elle lui attribue des fonctions opérationnelles précises dont l’amélioration de la gestion des parcours pénaux, le renforcement du suivi des mouvements internes, la sécurité des établissements, la facilitation de l’enseignement à distance, le développement de la formation numérique, l’amélioration des services de santé électroniques et le maintien du lien avec les familles.

Dans cette logique, la technologie est pensée à la fois comme un outil de pilotage administratif, un instrument de sécurité et un moyen de réhabilitation. Le rapport insiste cependant sur une condition essentielle ; le recours aux technologies doit s’accompagner d’un encadrement juridique rigoureux et du respect des droits fondamentaux, notamment en matière de protection des données personnelles.

Lire aussi : DGAPR : vers un système pénitentiaire modernisé en 2024

Les chantiers permanents de la DGAPR

C’est là que les trois axes se rejoignent. Les peines alternatives supposent des outils de suivi et d’exécution performants. La réduction de la surpopulation carcérale passe en partie par une capacité à mieux orienter les personnes condamnées vers d’autres formes de sanction. La transformation numérique est donc censée fournir les moyens techniques de cette nouvelle architecture pénale.

Reste que les marges de progrès apparaissent tout aussi clairement que les avancées. Le rapport souligne des tensions sécuritaires persistantes, une hausse de certains indicateurs d’incidents, et la nécessité de poursuivre les efforts en matière de prévention, de surveillance et de gestion des risques.

Il reconnaît aussi que l’amélioration des conditions de détention, de la santé, de l’alimentation et de l’hygiène demeure un chantier permanent. En ce sens, l’année 2025 apparaît comme une année charnière où plusieurs réformes prennent corps, mais aussi celle où l’institution doit démontrer qu’elle est capable de se transformer.

Le rapport de la DGAPR met en lumière un basculement discret mais réel du modèle pénitentiaire marocain. Les peines alternatives ne sont plus un horizon lointain ; elles commencent à être exécutées. La surpopulation carcérale recule légèrement, mais demeure à un niveau élevé qui rappelle l’ampleur du défi. Et la numérisation des prisons quitte le registre du discours pour entrer dans celui des outils, des standards et des usages.

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