Raffinerie Samir : l’exécutif accusé de tourner le dos à la souveraineté énergétique
La société de la raffinerie SAMIR © DR
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Le débat sur la sécurité énergétique du Maroc s’est invité, lundi 4 mai, à la Chambre des représentants. Devant les députés, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a présenté une feuille de route destinée à renforcer les capacités nationales de stockage des produits énergétiques, alors que le pays reste fortement dépendant des importations et que la question de l’ancienne raffinerie Samir continue de cristalliser les critiques.
Selon la ministre, les capacités de stockage nationales ont atteint 3,2 millions de mètres cubes en 2025, en hausse de plus de 30% depuis 2021, et devraient être renforcées de plus de 1,5 million de mètres cubes supplémentaires à l’horizon 2030, pour un investissement global estimé à 6 milliards de dirhams.
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Une dépendance persistante aux importations
Cette annonce intervient dans un contexte où la sécurité d’approvisionnement reste un sujet sensible. Début avril, Reuters indiquait que le Maroc disposait de stocks de diesel pour 51 jours et d’essence pour 55 jours, tout en rappelant que le pays ne dispose plus de capacité de raffinage domestique depuis l’arrêt de sa seule raffinerie, en 2015, et son entrée en liquidation. Le même article soulignait que les prix des carburants avaient alors augmenté d’environ 30%, sur fond de tension sur les marchés internationaux. Autrement dit, le Maroc a aujourd’hui des marges de résilience, mais celles-ci restent étroitement dépendantes des importations et des conditions du marché mondial.
La question posée au Parlement ne porte pas seulement sur la quantité de réservoirs disponibles, mais sur la nature même du stock de sécurité. Le rapport de la Cour des comptes consacré aux stocks de sécurité rappelle que, pour les produits pétroliers, la réglementation fixe un niveau de 60 jours de consommation pour les produits raffinés chez les distributeurs. Le même document précise que le stock de sécurité correspond à des volumes réellement disponibles sur le territoire marocain, et non à une simple capacité théorique vide ou inutilisée. Cette distinction est essentielle pour comprendre l’écart récurrent entre les annonces de capacités et la réalité du stock effectivement mobilisable en cas de choc d’approvisionnement.
Sur ce point, Leila Benali a affirmé que l’analyse des besoins nationaux montre des niveaux jugés suffisants pour le gasoil, l’essence et le fuel, en intégrant les 800.000 mètres cubes des réservoirs de la Samir utilisés depuis 2023. En revanche, les besoins resteraient importants pour le gaz butane et le kérosène. Le gouvernement prévoit donc des projets spécifiques pour ajouter 400.000 mètres cubes de capacités de stockage pour le gaz butane et 100.000 pour le carburant aérien d’ici 2030. Cette séquence confirme que l’exécutif ne présente plus le stockage comme un sujet purement industriel, mais comme un pilier de souveraineté et de continuité d’approvisionnement.
Le chantier est aussi territorial. La ministre a indiqué que près de 80% des capacités de stockage sont concentrées dans les régions de Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan, ce qui pousse le gouvernement à chercher une meilleure répartition des infrastructures. Dans cette stratégie, le port Nador West Med est appelé à jouer un rôle structurant, notamment pour les hydrocarbures et le stockage du gaz naturel. Ce déplacement des investissements vers l’Est du pays traduit une volonté de corriger une concentration historique des actifs énergétiques sur l’axe atlantique et le nord du Maroc.
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La Samir, une plaie politique et industrielle toujours ouverte
Mais c’est précisément autour de la Samir que la contestation se durcit. Houssine El Yamani, secrétaire général de Syndicat national des industries pétrolières et gazières et président du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie Samir, accuse le gouvernement de laisser dépérir un outil industriel stratégique au lieu de relancer son exploitation normale.
Le responsable syndical estime que « les capacités de raffinage et de stockage de la Samir restent inutilisées en raison du manque de volonté politique du gouvernement de relancer l’exploitation normale de la raffinerie » et reproche à l’exécutif de brouiller le débat public en mélangeant capacité de stockage, volumes réellement stockés et stock stratégique.
« Les réserves nationales de pétrole ne sont pas mesurées par la capacité de stockage (réservoirs vides), mais par le niveau réel des produits pétroliers stockés sur le territoire marocain. Autrement dit, il s’agit du stock réellement utilisable », fait-il valoir.
Cette controverse n’est pas nouvelle. Dès novembre 2024, Benali affirmait déjà que la capacité totale de stockage des produits pétroliers au Maroc avait atteint 3 millions de mètres cubes, dont 2,2 millions pour les produits liquides et 799.000 pour le gaz de pétrole liquéfié. À l’époque, elle présentait déjà le gouvernement comme engagé dans une montée en charge des infrastructures de stockage, avec des projets supplémentaires lancés depuis le début du mandat. La séquence de 2026 confirme donc une ligne de continuité dans le discours officiel : augmenter les capacités, mieux répartir les dépôts et sécuriser les produits les plus sensibles.
Toutefois, « suite au retrait de l’État du stockage en 2020, un seul réservoir est actuellement utilisé, exclusivement par un seul opérateur, avec une capacité de 80.000 mètres cubes, et non de 800.000 comme indiqué au Parlement », explique El Yamani. Il ajoute que « cela ne représente que 4% de la capacité totale de la Samir, qui est de 2 millions de mètres cubes et permettrait de couvrir 67% de la demande nationale en produits pétroliers ».
Le Maroc continue donc de fonctionner sans raffinerie nationale, avec un marché de l’importation et de la distribution largement privatisé, comme le rappelait Reuters en avril 2026. Dans ce cadre, l’État peut fixer des objectifs, orienter l’investissement et renforcer les dépôts, mais il ne peut pas, à court terme, recréer ex nihilo une capacité de raffinage qui faisait autrefois de la Samir un amortisseur industriel et logistique. C’est ce vide qui nourrit les critiques sur la vulnérabilité du pays face aux chocs externes, au moment où la facture énergétique reste élevée et où les arbitrages budgétaires demeurent contraints.
Pour El Yamani, « le silence persistant concernant la destruction en cours de la Samir, et les tentatives d’obscurcir la situation et de tromper l’opinion publique, même au sein du Parlement, malgré les importants déséquilibres du marché national, ne peuvent s’expliquer que par la complicité continue du gouvernement avec les monopoles du marché ».
Cette collusion, selon le responsable syndical, a pour objectif de « détruire les industries nationales » et de « rendre le Maroc dépendant des sources étrangères pour ses besoins essentiels ».
Le dossier révèle ainsi deux lectures opposées de la situation. Pour le gouvernement, le Maroc est engagé dans une montée en puissance progressive de son stockage stratégique, avec un cap à 2030, des investissements ciblés et une correction annoncée des déséquilibres territoriaux. Pour les syndicats, la véritable question reste celle de la relance ou non d’un outil industriel existant, la Samir, dont la sous-utilisation symbolise à leurs yeux une défaillance de politique publique. Entre ces deux récits, la réalité immédiate reste celle d’un pays qui a des stocks, mais pas l’aisance énergétique qu’impliquerait une base de raffinage opérationnelle.
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