Lutte contre le tabagisme : taxer pour moins consommer

Avatar de Mouna Aghlal

Temps de lecture :

La lutte contre le tabagisme : taxer pour moins consommerImage d'illustration © DR

A
A
A
A
A

Le tabac, plante aux racines américaines et à l’histoire riche en usages divers, a conquis le monde dès le XVIe siècle. Cependant, derrière son passé culturel et son importance économique se cache une réalité sombre : celle d’un produit aux conséquences dévastatrices pour la santé, responsable de millions de décès chaque année à travers le globe.

 

 

Le tabagisme reste l’une des principales causes de mortalité évitable dans le monde, avec plus de 8,5 millions de décès annuels liés à des cancers, des maladies cardiovasculaires et respiratoires. Face à ce fléau, les acteurs publics déploient diverses stratégies, dont la taxation, pour réduire la consommation de tabac, bien qu’il soit une épidémie complexe, alimentée par une dépendance multifactorielle et une industrie puissante. La fiscalité est un levier essentiel, mais elle doit s’intégrer à une stratégie globale incluant prévention, régulation et soutien aux fumeurs. En comprenant les mécanismes de la nicotine et en agissant sur tous les fronts, il est possible de réduire significativement le nombre de victimes du tabac.

La fiscalité comme levier puissant

L’un des moyens les plus efficaces pour réduire la consommation de tabac est l’augmentation des prix via la fiscalité. En effet, « l’augmentation des prix de produits toxiques pour la santé est un moyen très puissant », juge Tayeb Hamdi, le médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé. Dans ce sens, il révèle que pour une taxation de 10% les initiatives précédentes de ce type ont noté une baisse de 4% la consommation du tabac dans les pays à revenu élevé, contre 5% dans les pays à faible revenue. Autrement dit, la prévalence du tabagisme diminue deux fois plus rapidement avec des mesures fiscales. D’autre part, le spécialiste ajoute que cette taxe, en plus de décourager les gens de fumer, permet aux parties concernées de gagner de l’argent et donc d’investir dans la prise en charge des maladies causées par le tabac. Toutefois, il reste nécessaire d’agir sur d’autres volets tels que l’interdiction de la vente de cigarette aux mineurs, l’interdiction de fumer dans les espaces publics, la sensibilisation de la population ainsi que la réglementation de la vente.

Lire aussi: PLF 2025 : augmentation des taxes sur l’alcool et le tabac

Tabac : l’ennemie à abattre

Le tabac, dont le nom scientifique est « Nicotiana tabacum », est une plante originaire des Amériques, où elle était utilisée depuis des millénaires par les populations indigènes à des fins rituelles, médicinales et sociales. Celle-ci a, par la suite, été introduite en Europe par Christophe Colomb comme plante médicinale puis comme source de plaisir. Cependant, malgré son histoire et son importance économique, le tabac est aujourd’hui reconnu comme l’une des principales causes de mortalité évitable au niveau mondial.

La combustion des feuilles de tabac libère des substances cancérigènes. Parmi les plus dangereuses figurent les goudrons, le monoxyde de carbone, des métaux lourds comme le cadmium et le plomb, ainsi que des actifs irritants et toxiques. Ces composants sont responsables d’une vaste gamme de maladies graves. Le cancer du poumon est la maladie la plus emblématique liée au tabagisme, mais il augmente également considérablement le risque d’accidents vasculaires cérébrales (AVC), l’athérosclérose et l’hypertension artérielle. De plus, le tabagisme est une cause principale de maladies respiratoires chroniques, notamment la bronchite et l’emphysème.

Les effets néfastes du tabac ne se limitent pas au fumeur actif. L’exposition à la fumée secondaire, également appelée tabagisme passif, est dangereuse pour les non-fumeurs, en particulier les enfants, les femmes enceintes et les personnes souffrant déjà de problèmes de santé. Elle augmente le risque de maladies respiratoires, de crises d’asthme, d’infections de l’oreille et de mort subite du nourrisson.

Lire aussi: La hausse du prix du tabac diminue-t-elle vraiment le nombre de consommateurs ?

Nicotine : cheval de Troie du tabagisme

Contrairement aux idées reçues, la nicotine n’est pas la principale cause des maladies associées au tabac, souligne Tayeb Hamdi. Son rôle est plus insidieux, puisqu’elle crée la dépendance au tabac, qui expose les fumeurs à plus de 4.000 substances toxiques présentes dans une cigarette.
En réalité, la nicotine atteint le cerveau en 10 secondes après inhalation, stimulant les récepteurs nicotiniques et activant le circuit de la récompense. Par la suite, ce circuit libère de la dopamine, « l’hormone du plaisir », et pousse donc le cerveau à rechercher répétitivement cette stimulation.

Avec le temps, l’accoutumance s’installe et le fumeur ne consomme pas pour le plaisir, mais pour éviter les symptômes de sevrage. En parallèle, l’addiction aux tabac peut se manifester par plusieurs comportements, comme l’action de la nicotine sur le cerveau. L’association du tabac à des moments de plaisir ou de socialisation, ainsi que des gestes répétitifs tels que porter la cigarette à la bouche ou manipuler un briquet, expliquent pourquoi arrêter de fumer est si difficile. Les substituts nicotiniques (patchs, gommes) aident à combattre la dépendance physique, mais ne suffisent pas à eux seuls. « Donc la cause principale de tout ce drame du tabac, c’est la nicotine. Cette substance crée l’addiction, ce qui fait que le tabac ne renfermait pas la nicotine, les personnes ne seraient pas addicts au tabac, et le fait de s’en sevrer serait très facile », conclu l’expert. Toutefois, il est important de noter que malgré l’aspect addictif de la nicotine, certains comportements et état psychique sont aussi pointés du doigt, souligne-t-il

En somme, la fiscalité devient un cercle vertueux, puisqu’elle dissuade les consommateurs potentiels et fait office de rappel pour les consommateurs actuels. D’ailleurs, il faut noter que les fonds collectés peuvent être réinvestis dans des programmes de prévention, la prise en charge des maladies liées au tabac ou la promotion de modes de vie sains.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Intempéries à Sidi Slimane : une première phase d’aide aux éleveurs

Société - La distribution gratuite d’orge et de fourrage aux éleveurs sinistrés du Gharb constitue une première phase d’aide, appelée à être renforcée.

Mouna Aghlal - 10 février 2026
Al Haouz : un programme de 50 habitations parasismiques bientôt achevé par JOOD

Société - JOOD et la Fondation Citi ont annoncé, le 8 février, l’avancement d’un projet de reconstruction de 50 logements parasismiques destiné aux familles vulnérables de la région d’Al Haouz, dans le cadre du programme post-séisme conduit par l’association.

El Mehdi El Azhary - 10 février 2026
D’une religion sans Église à un Islam administrativement encadré : lecture critique du « Guide des musulmans d’Occident » de la Grande Mosquée de Paris

Société-Le 10 février, la Grande Mosquée de Paris a accueilli une conférence de presse au cours de laquelle son recteur a présenté l’ouvrage « Musulmans d’Occident ».

Rédaction LeBrief - 10 février 2026
Taounate : plus de 900 interventions suite aux intempéries

Société - Le nombre des interventions et opérations menées par le comité provincial de veille de Taounate jusqu’au 8 février courant a dépassé les 900.

El Mehdi El Azhary - 10 février 2026
Idarati X.0 démarre avec la signature de huit conventions fondatrices

Société - Idarati X.0 entre en action avec ses premières signatures. Ministères, agences publiques et entreprises tech s’engagent autour du portefeuille numérique national, adossé à la carte d’identité électronique, pour accélérer la digitalisation des services publics.

Ilyasse Rhamir - 10 février 2026
Ramadan : le gouvernement annonce l’ajustement de l’heure et des horaires de travail

Société - Le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration a annoncé des mesures temporaires concernant l'heure officielle du Maroc et les horaires de travail des administrations publiques à l'occasion du mois de Ramadan.

El Mehdi El Azhary - 10 février 2026
Voir plus
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
Manifestations de la « GenZ 212 » : appel à boycotter les entreprises liées à Akhannouch

Société - Les manifestations de la « GenZ 212 », poursuivent leur mobilisation à travers un appel au boycott des entreprises liées à Aziz Akhannouch.

Ilyasse Rhamir - 7 octobre 2025
Mariages marocains : l’amour au prix fort

Société - Au Maroc, on peut rater son permis de conduire, son bac… Mais rater son mariage ? Inenvisageable !

Sabrina El Faiz - 23 août 2025
La classe moyenne marocaine existe-t-elle encore ?

Dossier - Au Maroc, pour définir le terme classe moyenne, nous parlons de revenus. Cela ne veut pourtant plus rien dire.

Sabrina El Faiz - 5 juillet 2025
Le Maroc des voisins qu’on n’a pas choisis

Dossier - Les voisins ont bien changé. Les balcons étaient les réseaux sociaux d’antan. On y partageait les breaking news du quartier et les hommes étaient aussi bien surveillés que les enfants !

Sabrina El Faiz - 12 juillet 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire