La fracture numérique freine l’investissement en Afrique
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Le rapport met également en lumière la montée en puissance de l’économie numérique, principal moteur d’investissement mondial, une dynamique toutefois inégalement répartie. À l’heure où la transformation digitale redéfinit les priorités économiques, l’enjeu n’est plus seulement d’attirer les capitaux, mais de veiller à leur répartition équitable afin de favoriser un développement réellement inclusif.
Une dynamique encourageante, mais inégale dans un contexte mondial tendu
Dans un climat économique mondial marqué par l’incertitude et le recul de la mondialisation, l’Afrique se distingue comme l’un des rares pôles de croissance des investissements directs étrangers (IDE) en 2024. Alors que les flux mondiaux d’IDE ont chuté de 11% (hors économies de transit), le continent africain a enregistré une hausse spectaculaire de 75%, atteignant un record de 87 milliards de dollars. Cette progression, en partie dopée par un mégaprojet de développement en Égypte évalué à 35 milliards de dollars, reste notable même en l’excluant, avec une augmentation de 12%, signe d’une résilience croissante de certaines économies africaines face aux turbulences globales.
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Ce dynamisme reste cependant très inégal. Les flux d’IDE demeurent fortement concentrés géographiquement : dix pays du Sud accaparent à eux seuls trois quarts des investissements destinés aux économies en développement, marginalisant ainsi de nombreux pays africains, en particulier ceux classés parmi les moins avancés (PMA), ainsi que les pays enclavés ou insulaires. En effet, si les PMA ont vu leurs flux d’IDE croître de 9%, les projets greenfield (création de nouvelles infrastructures) et les financements internationaux de projet (IPF), essentiels aux infrastructures, ont fortement reculé dans cette catégorie d’États.
Par ailleurs, les projets greenfield en Afrique ont diminué de 5% en nombre, traduisant une prudence persistante des investisseurs à long terme, malgré un intérêt croissant pour les industries manufacturières stratégiques et les infrastructures numériques. L’investissement dans les secteurs clés pour le développement durable, tels que l’eau, l’agriculture ou les énergies renouvelables, a chuté de 19% à 35%, à l’exception du secteur de la santé qui, bien que partant d’une base modeste, a enregistré une croissance de 25%.
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Une lueur d’espoir réside dans le numérique. Ce secteur est aujourd’hui la seule composante de l’économie mondiale où les flux d’investissement augmentent nettement, avec un doublement de la valeur des projets annoncés en 2024. Toutefois, l’Afrique ne capte qu’une infime partie de cette manne. Malgré plus de 500 milliards de dollars d’investissements greenfield dans l’économie numérique dirigés vers les pays en développement ces cinq dernières années, l’essentiel se concentre dans quelques marchés asiatiques ou latino-américains. De nombreuses économies africaines, notamment les PMA, restent exclues de cette dynamique en raison d’infrastructures numériques limitées, d’un manque de compétences digitales et d’une gouvernance fragmentée.
Le rapport mondial sur l’investissement souligne l’importance de remédier à cette fracture numérique afin de permettre à l’Afrique de bénéficier pleinement de la transformation digitale. Il recommande la mise en place d’écosystèmes politiques cohérents, reliant les stratégies numériques aux agendas industriels et de durabilité, ainsi qu’un recours accru aux financements mixtes (blended finance) et aux partenariats avec les banques multilatérales de développement. Ces efforts pourraient contribuer à surmonter les lacunes structurelles et renforcer l’attractivité du continent.
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Enfin, dans un contexte de réorganisation des chaînes de valeur mondiales, plusieurs pays africains pourraient tirer parti des tensions géopolitiques et de la volonté des multinationales de diversifier leurs implantations. Des signaux faibles, tels que l’émergence de projets industriels en Afrique de l’Est ou australe, laissent entrevoir une possible redistribution géographique des investissements industriels. Pour cela, il est essentiel que les pays concernés offrent un environnement réglementaire stable, une connectivité numérique minimale et des incitations claires pour les investisseurs.
Le reste du monde : fragmentation croissante et virage vers le numérique
À l’échelle mondiale, le tableau dressé par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) est préoccupant. Les flux mondiaux d’IDE ont continué de chuter pour la deuxième année consécutive, passant de 1.673 milliards de dollars à 1.493 milliards de dollars (hors effets des flux financiers transitoires en Europe), soit une baisse réelle de 11%.
La contraction est particulièrement marquée en Europe, avec une baisse de 58%, et en Chine, où elle atteint 29%, deux zones historiquement majeures dans les flux d’IDE. L’Amérique du Nord fait figure d’exception, avec une hausse de 23% portée par les États-Unis, dont les investissements ont été soutenus par des mégaprojets dans les technologies et les énergies propres. L’Amérique latine, quant à elle, a enregistré une baisse de 12%, accentuée par la chute des investissements au Brésil et en Argentine.
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Le rapport met en évidence la montée en puissance du numérique comme principal moteur de transformation. Les investissements dans les services numériques, les plateformes, le e-commerce et les centres de données ont doublé en 2024, représentant désormais une part croissante de la valeur totale des projets greenfield. Les technologies liées aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle et au cloud computing connaissent les plus fortes croissances. Quatre des dix plus grands projets mondiaux annoncés en 2024 concernent la fabrication de puces, dont trois aux États-Unis.
Cette dynamique s’explique notamment par les politiques industrielles proactives adoptées par les économies avancées, telles que le CHIPS Act américain ou le Pacte vert européen, visant à relocaliser la production stratégique et à sécuriser les chaînes d’approvisionnement. Ces politiques s’accompagnent d’un durcissement des contrôles sur les investissements étrangers, ce qui accentue la fragmentation du paysage des IDE. La régionalisation prend le pas sur la mondialisation, et les entreprises privilégient désormais les investissements domestiques ou dans des pays géopolitiquement alignés.
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La situation est d’autant plus complexe que les financements internationaux de projet (IPF), indispensables au développement d’infrastructures à grande échelle, ont chuté de plus de 40% entre 2021 et 2024. Cette tendance, préoccupante pour les pays en développement, menace les objectifs de développement durable et les ambitions climatiques internationales. Seul un réengagement massif, notamment via les banques de développement et les fonds souverains, pourrait inverser la tendance.
Malgré ces tensions, certains facteurs laissent espérer une stabilisation partielle. Le maintien d’un niveau élevé de profits des multinationales, combiné à des perspectives de baisse des taux d’intérêt dans les pays développés, pourrait soutenir les investissements en 2025. Toutefois, les perspectives restent largement négatives à court terme, tant les incertitudes liées aux politiques commerciales, aux taux de change et à la géopolitique demeurent élevées.
Le rapport mondial sur l’investissement dresse un constat contrasté : alors que les investissements se replient globalement, l’Afrique enregistre une embellie relative, portée par un regain d’intérêt ciblé. Pourtant, sans une stratégie cohérente pour intégrer la révolution numérique et corriger les déséquilibres structurels, le continent risque de rester à la marge de la nouvelle économie.
À l’échelle mondiale, l’avenir des flux d’IDE dépendra largement de la capacité collective à préserver un ordre économique ouvert, à renforcer les mécanismes de financement du développement et à faire du numérique un levier d’inclusion plutôt qu’un facteur d’exclusion.
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