La BAD prévoit une croissance de 3,9% pour le Maroc

Mbaye Gueye

Temps de lecture :

Africa50 dépasse 1,4 milliard de dollars d’avoirs sous gestion en huit ansAdesina, président de la BAD. © DR

A
A
A
A
A

Le dernier rapport de la BAD montre que le Maroc continue de se positionner comme un moteur de croissance en Afrique du Nord, avec des prévisions de croissance optimistes. Entre réformes industrielles, investissements en infrastructures et soutien au secteur privé, le pays cherche à renforcer sa résilience face aux fluctuations économiques mondiales. Cependant, le document met en lumière une disparité dans l’évolution de la croissance entre les différentes régions du continent. Détails.

Le Maroc, l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique du Nord, bénéficie d’un rebond économique après les défis rencontrés ces dernières années. Selon le dernier rapport de la Banque Africaine de Développement (BAD), sur la performance macroéconomique du continent, la croissance du PIB réel du Maroc devrait s’établir à 3,9% en 2025 contre 2,9% en 2024, et 3,6 % en 2026, soit une moyenne de 3,8% sur cette période. Cette évolution positive repose sur plusieurs facteurs.

En premier lieu, il convient de noter la reprise de la production agricole, fragilisée ces dernières années par des conditions météorologiques défavorables. Si la production agricole reste sujette à de fortes fluctuations climatiques, les secteurs non agricoles poursuivent leur croissance, notamment grâce aux industries manufacturières et aux infrastructures de qualité. La Banque Africaine de Développement (BAD) souligne que cette résilience découle d’efforts soutenus.

Lire aussi : CDM 2030 : la BAD investit 650 M€ au Maroc

Au-delà du secteur agricole, la BAD estime que d’autres facteurs viendront soutenir cette reprise, notamment l’augmentation des recettes touristiques, un afflux d’Investissements directs étrangers (IDE) stimulant la production industrielle et les exportations, ainsi que les investissements liés aux infrastructures pour la Coupe du Monde 2030, organisée avec l’Espagne et le Portugal.

Selon le rapport de la BAD, l’expérience marocaine illustre les bénéfices d’une stratégie d’investissement ambitieuse. Dès le milieu des années 2000, le pays a misé sur le développement des infrastructures de transport et de logistique. Le Plan d’accélération industrielle 2014-2020 a renforcé cette orientation en intégrant le Maroc aux chaînes de valeur mondiales à forte intensité technologique.

Lire aussi : AIF 2024 : signature de trois accords entre le Maroc et la BAD

Le développement de pôles industriels et logistiques, soutenu par des politiques incitatives, a attiré des entreprises manufacturières majeures. Le secteur automobile, en particulier, a bénéficié d’investissements significatifs. La part des IDE dans l’industrie manufacturière est ainsi passée de 15% en 2010 à 37% en 2019.

Une croissance disparate

Par ailleurs, le rapport a mis en lumière une disparité croissante entre les régions. Certaines zones affichent une forte résilience et une dynamique de croissance soutenue, tandis que d’autres peinent à se remettre des chocs économiques, politiques ou climatiques. Pour ce qui est de l’Afrique du Nord, elle va afficher une croissance fragile mais en progression, estimée à 3,9% en 2025. Portée par le Maroc, la Tunisie et l’Égypte, cette dynamique est également soutenue par l’exploitation pétrolière et gazière en Algérie et en Libye. Néanmoins, l’inflation en Égypte, l’instabilité en Libye et au Soudan, et la dépendance aux hydrocarbures posent des risques économiques.

En 2025, l’Afrique de l’Est, moteur du continent, devrait enregistrer une croissance de 5,3%, portée par les investissements massifs dans les infrastructures et l’énergie, notamment en Éthiopie, au Kenya et en Ouganda. La reprise du tourisme, qui bénéficie au Kenya, à la Tanzanie et au Rwanda, ainsi que l’exploitation des ressources pétrolières et gazières en Ouganda et en Tanzanie, renforcent cette expansion. Toutefois, des défis subsistent, notamment l’instabilité en Somalie et au Soudan du Sud, l’inflation élevée en Éthiopie et au Kenya, et l’alourdissement de la dette publique dû aux projets d’infrastructures.

Investissements, infrastructures et industries : les moteurs de la croissance africaine

Pour l’Afrique de l’Ouest, la BAD prévoit une croissance de 4,6% en 2025, portée par les hydrocarbures et les mines. Le Niger mise sur le pétrole et le gaz, alors que le Ghana et la Guinée renforcent l’exploitation de l’or et de la bauxite. La transformation industrielle progresse en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo, et les infrastructures se modernisent au Sénégal et au Nigeria. Cependant, l’instabilité politique au Mali, au Burkina Faso et en Guinée freine les investissements, tandis que la dépendance aux matières premières et les tensions sécuritaires au Sahel restent préoccupantes.

Lire aussi : PME africaines : accord entre la BAD et BANK OF AFRICA

Concernant l’Afrique centrale, une région gangrénée par les conflits armés, l’optimisme est de mise puisque l’institution table sur une croissance prévue de 4%. Elle devra tirer profit de ses ressources minières et pétrolières, notamment au Gabon, au Congo et en RDC. Des projets d’infrastructures et des efforts de diversification au Cameroun et en RDC favorisent la croissance. Cependant, la gouvernance défaillante, l’instabilité en RDC et la dépendance aux matières premières freinent le développement.

Quant à l’Afrique australe, cette région devra connaître une reprise progressive, avec une croissance attendue de 3%. L’exploitation du lithium, du cuivre et du charbon en Afrique du Sud, en Zambie et au Zimbabwe stimule l’économie. La reprise du commerce et du tourisme en Namibie, au Botswana et à Maurice ainsi que les investissements sud-africains dans les énergies renouvelables soutiennent la croissance. Toutefois, la crise énergétique en Afrique du Sud, l’endettement au Zimbabwe et en Zambie, ainsi que la volatilité des prix des matières premières restent des défis majeurs.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Conseil de la concurrence : pourquoi les prix des carburants ne suivent pas toujours le marché mondial ?

Économie - Hausse des carburants sur fond de tensions internationales : au Maroc, les prix à la pompe évoluent de manière contrastée. Entre répercussions partielles, écarts entre opérateurs et ajustements locaux, le marché révèle ses limites et ses mécanismes complexes.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Tourisme : les recettes voyages dépassent 21,4 MMDH à fin février

Économie - Les recettes touristiques poursuivent leur progression en ce début d’année, atteignant plus de 21 milliards de dirhams à fin février. Une dynamique portée par la reprise du secteur et soutenue par les transferts des Marocains du monde.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Exportations automobiles : plus de 26 MMDH à fin février 2026

Économie - Portées par le câblage et la construction, les exportations automobiles dépassent 26 MMDH à fin février 2026. L’aéronautique progresse également, tandis que les phosphates, le textile et l’agroalimentaire affichent des reculs.

Ilyasse Rhamir - 1 avril 2026
Managem : le géant minier change de dimension

Économie – Le chiffre d'affaires de Managem a fait un bond de 55% pour atteindre 13,69 milliards de dirhams.

Sabrina El Faiz - 1 avril 2026
GITEX Africa 2026 : l’ADD propulse l’innovation numérique africaine

Économie - L’ADD pilote GITEX Africa Morocco 2026 pour faire du Maroc un hub numérique panafricain. Startups, investisseurs et innovations en IA se rencontrent à Marrakech pour renforcer la compétitivité, la souveraineté et la croissance technologique de l’Afrique.

Ilyasse Rhamir - 31 mars 2026
GITEX Africa 2026 : Marrakech au cœur de l’innovation africaine

Économie - Marrakech s’apprête à accueillir GITEX Africa 2026, un rendez-vous majeur du numérique réunissant startups, investisseurs et décideurs du monde entier, illustrant les ambitions du Maroc de devenir un hub technologique incontournable en Afrique.

Ilyasse Rhamir - 31 mars 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire