Inflation : au-delà des chiffres, quel remède ?

Avatar de Rédaction LeBrief

Temps de lecture :

Inflation en 2025 : l’IPC progresse de 0,8%Image d’illustration. © DR

A
A
A
A
A

L’inflation devient le sujet polémique du moment après une sortie médiatique du Haut-commissaire au plan, Ahmed Lahlimi. Ce dernier a appelé le gouvernement à communiquer avec l’opinion publique sur les raisons de la forte inflation et de la flambée des prix qui, selon lui, sont la conséquence d’une crise de l’offre plutôt que de facteurs externes. Cet argumentaire contredit celui de la banque centrale qui vient de relever son taux directeur à 3% pour juguler l’inflation. Décryptage.

La récente sortie médiatique du Haut-commissaire au plan, Ahmed LAHLIMI, continue de faire jaser. Elle a alimenté encore plus la polémique autour de la décision du Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) prise lors de sa première réunion trimestrielle de l’année 2023, le 21 mars. La banque centrale a augmenté le taux directeur de 50 points de base à 3%. BAM a dit vouloir «prévenir l’enclenchement de spirales inflationnistes auto-entretenues et renforcer davantage l’ancrage des anticipations d’inflation en vue de favoriser son retour à des niveaux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix». Dans ses projections, BAM a estimé que l’inflation ressortirait en 2023 à 5,5% en moyenne et sa composante sous-jacente se situerait à 6,2%.

Mais pour M. LAHLIMI, la politique monétaire ne peut résoudre le problème de l’inflation. Le patron de l’institution chargée de la production statistique, de planification, de prospective, d’analyse et de prévision, a pointé du doigt le problème de l’offre, soulevé dans le communiqué de presse de la BAM. Les journalistes attendaient de pied ferme le Wali de la BAM pour plus d’explications Mais le point de presse de Abdellatif JOUHARI a été annulé pour des raisons personnelles, assure son équipe.

Lire aussi : CMC : vers une croissance de 5,4% en 2023

Deux approches contradictoires

LAHLIMI parle d’un problème d’offre, citant par exemple les prix des produits alimentaires qui sont produits localement, et qui demeurent chers à cause de la sécheresse qui a frappé le Maroc durant les deux dernières années et l’année actuelle qui est à moitié sèche. Pour lui, si l’offre était abondante, les prix des produits locaux auraient baissé. Cette lecture invalide l’approche de M. JOUHARI puisque la première augmentation du taux directeur opérée fin décembre n’a pas porté ses fruits. Bien au contraire, à chaque fois qu’on augmente le taux directeur, on porte atteinte à la dynamique d’investissement et aux réformes menées par l’exécutif.

Sur ce volet, les économistes sont divisés. Certains penchent pour le diagnostic établi par M. LAHLIMI alors que d’autres soutiennent les décisions de M. JOUHARI. Pour ces derniers, l’inflation est purement monétaire et résulte du fait qu’il y a plus de monnaie en circulation que de produits. En parallèle au relèvement du taux directeur, ils préconisent que le gouvernement révise sa politique dépensière. Officiellement, le ministère des Finances n’a pas encore réagi aux propos de M. LAHLIMI. Mais l’un des membres du gouvernement Akhannouch, en l’occurrence Mohamed Mehdi Bensaïd, invité de la Fondation Lafqui Titouani, a déclaré que le gouvernement interagirait positivement avec les remarques émanant tant du HCP que de BAM. Le ministre a rappelé que le gouvernement disposait de ses propres indices et que sa gestion de crise était d’ailleurs louée par différentes institutions internationales.

Lire aussi : Hausse du taux directeur : quel impact sur les taux de crédit ?

Que peut réellement faire le gouvernement ?

Au lieu de rentrer dans une guerre des chiffres avec BAM, le HCP et d’autres organismes, le gouvernement doit mener une politique budgétaire rigoureuse afin de stabiliser de l’économie en complément de la politique monétaire. Pour financer ces dépenses supplémentaires, il faudra chercher des moyens d’augmenter les revenus et de rationaliser les dépenses. Il existe plusieurs mesures que le gouvernement peut prendre pour faire face à l’inflation :

  1. Contrôle : le gouvernement peut mettre en place des contrôles de prix pour limiter la hausse des prix des biens et des services. Cela peut aider à protéger les consommateurs contre l’inflation, mais cela peut également créer des pénuries et des distorsions sur le marché.
  2. Réglementation : le gouvernement peut réglementer les entreprises pour empêcher les monopoles et les cartels de fixer des prix excessifs. Cela peut aider à maintenir une concurrence saine sur le marché et à limiter l’inflation.
  3. Croissance : le gouvernement peut encourager la croissance économique pour augmenter la production et la création d’emplois, ce qui peut réduire la pression sur les prix. Cela peut être réalisé en investissant dans les infrastructures par exemple.

Lire aussi : AGR : BAM devrait poursuivre sa politique restrictive en 2023

Dans ce contexte de changements économiques rapides et de multiples chocs, un nouvel interventionnisme de l’État est en train d’émerger. Cela reflète la faillite des marchés à saisir les nouvelles opportunités et le besoin pour l’État de prendre en charge de nouvelles préoccupations. Ce nouvel interventionnisme est déjà en place aux États-Unis et en Europe sous la forme de nouvelles politiques commerciales et industrielles. Le gouvernement marocain réussira-t-il à prendre ce nouveau virage ?

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
CGEM : Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri élus à la tête du patronat

Économie - Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri ont été élus à la tête de la CGEM pour le mandat 2026-2029 lors de l’AGE tenue à Casablanca.

El Mehdi El Azhary - 14 mai 2026
IA et finance : vers une automatisation totale de la décision économique

Economie - L’IA transforme profondément la finance, du trading algorithmique à l’analyse de données massives, en passant par l’évaluation des risques, l’automatisation des décisions et l’émergence de nouveaux défis éthiques, réglementaires et de cybersécurité.

Mouna Aghlal - 14 mai 2026
Aïd Al-Adha 1447H : une offre de bétail largement suffisante

Économie - Offre de bétail estimée entre 8 et 9 millions de têtes pour Aïd Al-Adha 1447H, dépassant largement la demande.

Ilyasse Rhamir - 14 mai 2026
Les femmes de l’arganier sont-elles assez valorisées ?

Économie - Au cœur de la filière argane, les femmes rurales jouent un rôle central. À travers les coopératives, elles transforment un savoir-faire ancestral en levier d’autonomisation, tout en soutenant le développement économique des territoires.

Ilyasse Rhamir - 14 mai 2026
ICSBP-UIR : Rabat Business School met l’accent sur l’économie durable

Economie - RBS abrite la 3e édition de de l'ICSBP, les 14 et 15 mai 2026, sous le sigle de maintenir une énomie et entreprenariat durable.

Mouna Aghlal - 14 mai 2026
Entre innovation et éthique, l’IA bouleverse les modèles d’affaires

Economie - À Rabat Business School, Marina Dabić a alerté sur les défis éthiques et humains liés à l’essor rapide de l’IA générative.

Mouna Aghlal - 14 mai 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire