La bascule s’est produite cet automne, quand Nvidia a franchi les 5.000 milliards de dollars de capitalisation boursière, un niveau qui dépasse le PIB du Japon (3ᵉ économie mondiale). En parallèle, la valorisation globale du “secteur IA”, portée par l’ensemble des acteurs du hardware, du software et des infrastructures, a explosé. L’écosystème ressemble désormais à un univers parallèle où l’argent semble couler sans limite. D’où une question simple, mais dérangeante : et si l’intelligence artificielle était en train de devenir la bulle spéculative de notre époque ?
Car le contexte global n’est pas anodin. Les marchés actions atteignent un record avec 127.000 milliards de dollars de capitalisation en août 2025. Le marché obligataire flirte avec les 140.000 milliards, également au plus haut. L’or, valeur refuge par excellence, dépasse les 4.300 $ l’once, en progrès de 25% sur un an. La capitalisation des cryptomonnaies, longtemps perçue comme le baromètre des excès spéculatifs mais désormais regardée comme une réelle alternative de diversification, a grimpé à 3.600 milliards de dollars, +57% en douze mois. Tout est simultanément au plus haut : les actifs prudents, les actifs risqués, les actifs ultra-spéculatifs. Un alignement que l’on ne voit normalement jamais dans une économie saine.
Une des raisons que l’on pourrait évoquer : la vague historique de liquidités injectées dans l’économie mondiale depuis le Covid. À grands renforts de milliers de milliards de dollars, pour éviter l’asphyxie du système, les banques centrales ont ouvert les vannes : le bilan de la Fed est passé de 4.200 Md$ à près de 9.000 Md$ en deux ans (2020-2022). La BCE, de son côté, a propulsé plus de 2.800 Md€ dans l’économie via son programme d’achats d’urgence (PEPP) et ses opérations de refinancement à long terme (TLTRO III). Cet argent à coût quasi nul a ensuite inondé tous les actifs en quête de rendement, jusqu’à saturer les marchés. Même si le “quantitative tightening” (vente des obligations, bons du Trésor qu’elle détient pour réduire la quantité de liquidités en circulation dans l’économie) resserre peu à peu les flux, l’effet d’accumulation reste colossal. Ce qui représente autant de carburant pour gonfler artificiellement les valorisations et des moyens quasi illimités pour ces acteurs de la finance touchés par la fièvre FOMO (Fear Of Missing Out) et de rater le prochain Apple ou Tesla…
Dans ce contexte particulier, l’IA semble, de plus, fonctionner comme une économie circulaire financière. Les géants du hardware, les fabricants de puces, opérateurs de data centers, fournisseurs de cloud, investissent massivement dans les start-up d’IA. Ces start-up, à leur tour, s’engagent à acheter les infrastructures… des mêmes géants. L’argent tourne, revient à son point de départ, et entretient une impression de croissance infinie.
Une mécanique auto-alimentée où croissance, investissement et valorisation se confondent.
Certains investisseurs commencent à se méfier. SoftBank, géant japonais de l’investissement technologique, a liquidé l’intégralité de sa participation dans Nvidia. Michael Burry, l’homme qui avait anticipé la crise des subprimes, a parié un milliard contre le secteur IA avant de fermer son fonds, expliquant ne plus comprendre les valorisations actuelles. Peter Thiel, cofondateur de PayPal avec Elon Musk et figure majeure du capital-risque, a lui aussi cédé ses titres Nvidia. Et Warren Buffett, figure tutélaire de la finance mondiale qui vient d’annoncer son départ de la direction générale de Berkshire Hathaway, dénonce dans sa dernière lettre une dérive qui l’inquiète autant que les excès de valorisation : l’avidité grandissante des dirigeants, au point que, selon lui, ce qui obsède désormais les patrons les plus riches n’est plus le niveau de leurs propres rémunérations, mais le fait de voir d’autres dirigeants devenir encore plus riches qu’eux. En s’en allant, le « sage d’Omaha » laisse dans les comptes de Berkshire 267 milliards de dollars investis… mais aussi 380 milliards en cash, signe d’une prudence rarement affichée à une telle échelle.
Il faut dire que le “marché IA” n’est pas une bulle de quelques entreprises : c’est un écosystème entier. Les start-up d’IA valent désormais 3.000 milliards de dollars, dont 500 milliards pour OpenAI. C’est, à elles seules, l’équivalent de la capitalisation cumulée des 50 plus grandes entreprises du secteur automobile mondial (dont Tesla valorisée plus de 1.000 milliards $).
Alors : bulle ou opportunité historique ? Personne ne peut le dire. En finance, avoir raison trop tôt revient à avoir tort. Mais une chose est sûre : nous sommes en train d’ériger des structures si gigantesques, si interconnectées, que leur solidité doit être scrutée avec lucidité. Les bulles de l’internet et des subprimes ont montré ce qu’il en coûte de construire des cathédrales sur des fondations fragiles. L’exemple de Cisco, géant de l’internet, entreprise la plus chère du monde en 2000, peut nous aider à comprendre les enjeux et les possibles scénarios à venir pour quelques grandes start-up IA. Le titre avait perdu 90 % de sa valeur à la fin de l’année 2002, et, s’il a survécu, il lui aura fallu plus d’un quart de siècle pour retrouver ses sommets. Certes, OpenAI ou Anthropic peuvent espérer s’en sortir, et les géants comme Microsoft, Google, Meta, Amazon ou X… disposent d’autres moteurs de revenus pour absorber les chocs. Mais pour les centaines d’acteurs qui ont déjà levé des milliards, l’écrémage paraît inévitable.
Restons prudents : même les promesses technologiques les plus intelligentes ne sont pas à l’abri d’une bulle spéculative.
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