Le 22 janvier 2026, à Davos, le président américain a une nouvelle fois pris le monde de court. Dans le décor policé du Forum économique mondial, il a annoncé la création de son « Conseil de paix », une initiative censée « réparer » une diplomatie internationale qu’il juge trop lente, trop lourde et trop paralysée. L’effet a été immédiat : fascination chez certains, inquiétude chez d’autres. Car derrière la promesse de paix rapide se profile aussi un bouleversement assumé des règles du jeu.
Parmi les pays ayant rejoint ce cercle restreint, le Maroc figure en pole position. Représenté à la cérémonie de signature de la charte fondatrice de cette nouvelle instance internationale par le ministre des Affaires étrangères, le Royaume s’est retrouvé aux côtés du Bahreïn, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Égypte et de la Turquie, entre autres. Un casting qui en dit long.
Ce choix place le Royaume au centre d’une initiative aussi stratégique que controversée, portée par une figure clivante s’il en est. Pourquoi prendre ce risque ?
Tout simplement parce que le monde est entré dans une phase de recomposition accélérée. Les alliances traditionnelles s’effritent, l’ONU patine, l’Europe doute, et les États cherchent des formats plus directs pour défendre leurs intérêts. Le Conseil de paix se présente comme une alternative décomplexée au multilatéralisme classique.
Pas de longues négociations, pas de vétos bloquants, mais des décisions rapides, fondées sur l’engagement concret de ses membres. Une diplomatie de l’action, plus transactionnelle que doctrinale. Pour le Maroc, l’enjeu est d’abord stratégique. Le dossier du Sahara reste le cœur battant de sa politique étrangère. En s’inscrivant dans ce dispositif, Rabat cherche à transformer le soutien américain en réalité géopolitique durable, moins dépendante des alternances à Washington.
Mais l’ambition dépasse ce seul dossier. Le Royaume veut aussi affirmer son statut de puissance régionale crédible, capable d’influencer les équilibres du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. Ce positionnement n’est pas le fruit du hasard. Les relations entre Rabat et Washington sont anciennes, profondes et structurantes. Premier pays à reconnaître l’indépendance des États-Unis, le Maroc bénéficie d’un capital de confiance rare. Sa stabilité, sa position géostratégique, sa coopération sécuritaire et son rôle de médiateur régional en font un allié de choix pour l’administration américaine.
Reste que ce pari n’est pas sans zones d’ombre. La volatilité de la politique américaine, les équilibres internes de ce Conseil de paix et les réactions européennes – notamment à Paris et Madrid – imposent à Rabat une vigilance constante. S’aligner trop étroitement sur une diplomatie transactionnelle comporte le risque de voir l’intérêt immédiat primer sur la cohérence stratégique à long terme. Dans un monde instable, la rapidité d’action peut parfois se payer au prix de la prévisibilité.
En rejoignant le Conseil de paix, le Maroc ne fait donc pas un saut dans l’inconnu, mais avance sur une ligne de crête. L’audace est assumée, le calcul est réel, mais la prudence reste indispensable. Pour Rabat, l’enjeu sera de tirer parti de cette nouvelle plateforme sans s’y enfermer, de renforcer ses alliances sans aliéner ses partenaires traditionnels. Dans cette partie d’échecs mondiale, le Royaume semble avoir choisi d’être sur l’échiquier. Reste à jouer avec mesure…
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