Conseil de la concurrence : pourquoi les prix des carburants ne suivent pas toujours le marché mondial ?
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Portés par un contexte géopolitique instable et des marchés énergétiques sous pression, les prix du gasoil et de l’essence connaissent une nouvelle phase de hausse. Au Maroc, cette évolution internationale se répercute à la pompe, mais de manière nuancée, révélant des mécanismes de transmission complexes et parfois inégaux.
Un marché international sous haute tension
Depuis le début du mois de mars 2026, les marchés pétroliers évoluent dans un climat d’incertitude marqué par les tensions persistantes au Moyen-Orient. Cette situation alimente une hausse rapide des cours du pétrole brut ainsi que des produits raffinés, dans un environnement caractérisé par une forte volatilité.
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Pour une économie comme celle du Maroc, largement dépendante des importations énergétiques, ces fluctuations internationales ne sont pas sans conséquence. Le gasoil et l’essence, dont les prix sont directement indexés sur les marchés extérieurs, subissent ainsi les effets immédiats de ces variations.
Dans ce contexte, le Conseil de la concurrence s’est saisi du sujet en menant une série d’auditions auprès des principaux opérateurs du secteur. L’objectif est d’analyser la manière dont les évolutions des prix à l’international se traduisent, ou non, dans les tarifs pratiqués au niveau national.
Des hausses réelles, mais inégalement répercutées
Entre le 1er et le 16 mars 2026, les cotations internationales des produits raffinés ont enregistré une hausse notable. Le gasoil a ainsi progressé de +2,92 dirhams par litre, tandis que l’essence a augmenté de +1,26 dirham par litre.
Au Maroc, ces évolutions ont bien été ressenties à la pompe, mais de manière différenciée. Le prix du gasoil a augmenté de +2,03 dirhams par litre, soit une répercussion partielle estimée à environ 69,5%. Cela signifie qu’une partie de la hausse internationale n’a pas été intégralement transmise au consommateur final.
À l’inverse, l’essence a connu une situation opposée. Les prix à la pompe ont progressé de +1,43 dirham par litre, soit une augmentation légèrement supérieure à celle observée sur les marchés internationaux. Un écart positif de 0,17 dirham a ainsi été enregistré.
Ces différences illustrent la complexité des mécanismes de fixation des prix, où plusieurs facteurs (coûts d’approvisionnement, stratégies commerciales ou encore gestion des marges) entrent en jeu.
Des pratiques tarifaires hétérogènes entre opérateurs
Au-delà des tendances globales, l’analyse met en évidence des disparités entre les acteurs du marché. Les opérateurs ne répercutent pas les variations internationales de manière uniforme, ce qui se traduit par des écarts dans les prix de cession appliqués aux stations-service.
Pour le gasoil, ces différences peuvent atteindre près de 0,20 dirham par litre, soit environ 10% de la hausse moyenne constatée. Ces écarts témoignent d’une certaine hétérogénéité dans les stratégies tarifaires adoptées par les distributeurs.
Cependant, cette diversité tend à s’atténuer au niveau du consommateur final. En effet, les stations-service ajustent généralement leurs prix en fonction de leur environnement immédiat. Cette logique de concurrence locale, combinée à l’homogénéité du produit, favorise un alignement progressif des tarifs dans une même zone géographique.
Un système d’ajustement hérité du passé
Un autre élément clé du fonctionnement du marché réside dans le calendrier d’ajustement des prix. Aujourd’hui encore, les révisions tarifaires interviennent généralement deux fois par mois, le 1ᵉʳ et le 16.
Cette pratique remonte à la période antérieure à la libéralisation du secteur, lorsque les prix étaient encadrés par l’État. Elle repose sur une formule de calcul basée sur la moyenne des cotations internationales observées sur les quinze jours précédents.
Si ce système permet de lisser les fluctuations et d’assurer une certaine stabilité, il peut également limiter la réactivité des prix face aux évolutions rapides du marché international. Il contribue par ailleurs à des comportements similaires entre opérateurs, ce qui peut réduire l’intensité de la concurrence.
Conscient de ces enjeux, le Conseil de la concurrence a engagé des discussions avec les acteurs du secteur afin d’examiner les possibilités d’évolution de ce mécanisme. L’objectif est de renforcer la dynamique concurrentielle, tout en préservant les équilibres du marché et la sécurité d’approvisionnement.
Régulation et réalités du marché
Au final, l’évolution récente des prix des carburants met en lumière un équilibre délicat entre contraintes internationales et dynamiques locales. Si les hausses observées à l’étranger se répercutent globalement au Maroc, leur transmission reste partielle ou parfois amplifiée selon les produits.
Le cas du gasoil illustre une modération relative de l’impact sur le consommateur, tandis que celui de l’essence montre qu’une hausse peut être intégralement, voire plus que, répercutée.
Dans ce paysage complexe, les mécanismes de concurrence jouent un rôle déterminant, notamment au niveau local où les prix tendent à s’harmoniser. Mais les pratiques héritées du passé, comme l’ajustement bimensuel, continuent de structurer le marché.
À l’heure où les tensions géopolitiques restent fortes et les marchés énergétiques imprévisibles, la question de la transparence et de l’efficacité du système de formation des prix demeure plus que jamais d’actualité.
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