Banques marocaines : quel pare-chocs face à l’incertitude mondiale ?

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Banques marocaines : quel pare-chocs face à l’incertitude mondiale ?Naviguer dans l’incertitude mondiale, premier panel du Quality Leaders Summit, de Coface, à Casablanca, le 21 novembre 2025 © Ayoub Jouadi/LeBrief

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Qu’on se le dise franchement, dans un monde où les crises surgissent à tout-va, le Maroc peut faire figure d’exception. Pas parce qu’il échappe aux turbulences, ah ça personne n’y échappe, mais parce qu’il s’appuie sur son système bancaire qui sert de véritable pare-chocs macroéconomique.

Naviguer dans l’incertitude mondiale. C’était tout l’enjeu du premier panel du Quality Leaders Summit, de Coface, où banquiers, économistes et industriels ont exposé comment l’architecture financière marocaine et africaine tiennent debout.

Inflation mondiale persistante, tensions géopolitiques, volatilité des matières premières, reconfiguration des chaînes d’approvisionnement… c’est peu dire que le climat n’est pas serein. Pourtant, au Maroc, disons que ça pourrait aller. « Pendant la crise Covid, le système bancaire n’a pas tremblé », déclare Gilles Abensour, PDG de Saint-Gobain Maroc, lors de la conférence.

Vidéo : Ayoub Jouadi / LeBrief

Les chiffres sont parlants, plus de 8% du PIB distribués en prêts garantis aux entreprises. A un moment où partout ailleurs, l’économie mondiale s’essoufflait.
Le modèle bancaire marocain repose sur trois piliers rarement réunis en même temps : « préparation, capitalisation et régulation stricte », explique Fadwa Housni, PDG BMCE Capital Global Research-BKGR.

Si les Marocains voient les taux évoluer sans paniquer, ce n’est pas un hasard. Dans les coulisses, les banques marocaines jouent un rôle que le grand public sous-estime, celui de market makers sur le marché de la dette intérieure.

Autrement dit, ce sont elles qui donnent de la profondeur au marché, stabilisent les prix, absorbent la volatilité, assurent de la liquidité. Un genre de filet de sécurité permanent qui permet d’éviter des yoyo sur les emprunts d’Etat, de maintenir la visibilité pour les entreprises et de protéger la trésorerie des ménages.

Le dirham, cet « invisible » qui protège le pays

Ce qui surprend le plus les investisseurs internationaux, c’est cette capacité du Maroc à maintenir une parité prévisible, cohérente, collée aux fondamentaux économiques, même avec un marché informel qui pèse dans les transactions.

Et on peut le voir à travers certains symptômes comme une inflation sous contrôle, des réserves de change solides, des transferts MRE massivement bancarisés, ou encore une attractivité renforcée pour les investisseurs internationaux.

Puisque nous abordons le sujet du dirham, parlons liquidité. Pas celle du marché interbancaire uniquement, la liquidité opérationnelle, celle qui décide de la survie d’une PME, de l’expansion d’un groupe industriel, ou du maintien d’une chaîne de production.

Les banques s’y sont affairées à travers des plateformes digitales pour suivre les flux en temps réel, du cash pooling pour optimiser la trésorerie de groupes multi-activités, une digitalisation des paiements, des solutions de supply chain finance pour payer les fournisseurs à temps, des couvertures de change pour limiter les dégâts des fluctuations.

Les chiffres clefs de la résilience financière

La résilience financière du Maroc repose sur une architecture bancaire solide et des fondamentaux économiques mieux arrimés qu’on ne le croit. Premier élément, la domination écrasante du système bancaire. Entre 80 et 85% du financement externe des entreprises provient des banques, loin devant les marchés financiers. Avec un taux de transformation de 95%, les banques marocaines se rapprochent des standards européens. A fin septembre 2025, les dépôts atteignaient 1.300 MMDH, pour 1.200 MMDH de crédits distribués.

Sur le front de la liquidité, le marché reste profond et actif. Plus de 200 MMDH sont logés dans les OPCVM monétaires et obligataires, consolidant le rôle des banques comme market makers capables de stabiliser les taux et d’absorber les chocs. Le marché intérieur de la dette est d’ailleurs considéré comme l’un des plus structurés d’Afrique, un atout majeur en période de turbulences internationales.

Le dirham constitue un autre pilier de stabilité. Avec des réserves de change supérieures à sept mois d’importations, une dépréciation maîtrisée et des transferts MRE désormais majoritairement bancarisés, la monnaie marocaine assure un ancrage stratégique à l’économie. Cette stabilité facilite l’investissement, protège les marges des exportateurs et limite les dérapages inflationnistes.

La gestion de crise de 2019 confirme cette robustesse. Pendant la pandémie, 8% du PIB ont été mobilisés en prêts garantis, tandis que les crédits de trésorerie ont bondi de 27% entre 2020 et 2022.

Par ailleurs, le secteur automobile, devenu locomotive du pays, exporte près de 15 milliards d’euros. Le Maroc produit désormais 4 millions de pare-brise par an, dont la moitié via Saint-Gobain, qui fonctionne à 90% d’énergie décarbonée grâce à l’éolien et au solaire.

L’industrie marocaine comme cas d’école

Impossible d’aborder la résilience financière sans parler des industriels. L’expérience Saint-Gobain Maroc est à ce titre intéressante. Arrivés au Maroc pour fournir Renault, ils produisent aujourd’hui 2 millions de pare-brise par an, au point que le Maroc est devenu une base internationale de l’industrie automobile. Leur principal allié est l’énergie verte à 80% éolienne, 10% photovoltaïque et surtout… la stabilité du dirham !

Lire aussi : Classement 2024 : les banques les plus actives de l’année

Le panel s’est aussi penché sur la question des risques en Afrique. Pas pour créer de la peur, mais pour rappeler que la réalité est complexe. Les entreprises marocaines qui se déploient au sud doivent faire face aux dettes publiques difficiles à supporter, aux réserves de change fragiles, aux risques politiques souvent sous-estimés, à l’impact du climat sur l’agriculture et à la volatilité des matières premières.

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