PLF 2022 : «la charge de compensation sera beaucoup plus importante»

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Caisse de compensation

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Le Projet de la loi de finances (PLF) 2022 prévoit plus de 16 milliards de DH de charges de compensation. Un montant qui n’est pas réaliste, estime Idriss El Fina. Contacté par LeBrief, l’économiste reste sceptique quant à ces prévisions qui seront largement dépassées. D’où la nécessité de poursuivre la réforme de la Caisse de compensation, mais non sans l’accompagner de mesures de ciblage direct.

Les prévisions du gouvernement concernant la charge de compensation tiennent-elles la route? En analysant les chiffres avancés par l’exécutif dans le cadre du projet de loi de Finances (PLF) 2022, on se pose des questions. «Le projet de loi de Finances 2022 prévoit une dotation globale de 16,02 milliards de DH (MMDH), en hausse de 28% en glissement annuel, destinée à soutenir les prix du gaz butane et des produits alimentaires (sucre et farine de blé tendre)», lit-on dans le corps du rapport sur la compensation accompagnant le PLF 2022. «Le gouvernement prévoit ainsi une augmentation de 28% à 16 MMDH pour 2022, alors que le budget alloué à la compensation jusqu’à septembre 2021 dépasse les 14 MMDH. Il nous reste trois mois pour boucler l’année. Pour 2022, il faudra débourser pas moins de 18 à 20 MMDH, soit près de quatre MMDH de plus que les prévisions annoncées par le gouvernement», nous précise l’économiste Idriss El Fina.

«L’année 2022 sera très difficile»

Cette hausse impactera les autres prévisions budgétaires, notamment le déficit budgétaire qui se creusera davantage. Le PLF 2022 estime qu’il sera de 5,9%. «L’année 2022 sera très difficile. Elle sera l’année de la grande inflation, non seulement au Maroc, mais au niveau mondial. Cette prévision liée à la caisse de compensation ne tient pas la route et les équilibres budgétaires seront considérablement impactés, notamment à cause de la flambée des cours des matières premières au niveau mondial. Ce renchérissement se poursuivra encore en 2022», estime Idriss El Fina.

À noter que la dotation globale de compensation a culminé à plus de 14 MMDH à fin septembre 2021, dont 9,93 MMDH destinés à soutenir les prix du gaz butane, sur la base d’un cours moyen du gaz butane de 571 dollars la tonne et d’un taux de change du dollar de 8,9 DH, et des quantités mises à la consommation du gaz butane estimées à 2,03 millions de tonnes.

Lire aussi :Augmentation importante de la charge de compensation à fin mai

Sur ce point, notre interlocuteur reste sceptique. «La caisse de compensation est réputée pour son opacité. Pour le soutien du gaz butane qui est le poste le plus budgétivore, on ne dispose ni de transparence sur les modes de calculs ni de détails sur l’affectation de ces sommes. Il faut savoir que les cours du gaz ont chuté ces dernières années, et ça n’a pas été répercuté sur les charges et les prévisions de cette caisse. On ne connaît rien sur ces dépenses et à qui profite cette caisse», regrette notre interlocuteur.

La poursuite de la réforme est essentielle

D’où la nécessité de poursuivre la réforme déjà entamée par l’ancien chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. En levant la main sur les subventions aux hydrocarbures, Benkirane a allégé de manière substantielle le poids de la caisse de compensation sur le budget global de l’État. Toutefois, chaque réforme nécessite des mesures d’accompagnement et d’application, sous la supervision de l’État. La libéralisation du marché des hydrocarbures en est le meilleur exemple. Les prix à la pompe ont considérablement augmenté depuis cette réforme, sans véritable respect à l’indexation desprixdes produits pétroliers sur les cours mondiaux deshydrocarbures.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement entend poursuivre cette réforme à partir de 2022 en levant la main de manière progressive, en commençant dès l’année prochaine par le sucre. Sauf que la réussite de cette réforme progressive est conditionnée par la mise en place des mesures d’accompagnement, à savoir le ciblage direct. Or, pour ce faire le gouvernement doit déjà mettre en œuvre le fameux Registre social unifié (RSU). Le dispositif législatif dédié RSU avance, mais lentement. Depuis son annonce en 2018 par le ministre des Affaires générales, Lahcen Daoudi, et le soutien apporté par la Banque mondiale pour sa mise en œuvre, rien ou presque n’a été fait.

Lire aussi :Compensation : la réforme inachevée

Une économie éventuelle d’au moins8 MMDH en 2022

«Lever la main sur les subventions du gaz, du sucre et de la farine de blé tendre est essentiel et il faut le faire rapidement. Mais sans un ciblage direct, cette réforme risque d’aggraver la vulnérabilité d’une certaine couche sociale. Le RSU tarde à voir le jour, c’est vrai et il faut l’accélérer, mais on dispose déjà de plusieurs instruments qui nous permettent un meilleur ciblage. Nous avons de la base de données du RAMED et des aides ciblées lors de la crise du Covid-19. Commençons déjà par ces populations et arrêtons de subventionner les rentiers», lance Idriss El Fina. Selon lui, si le gouvernement entame cette réforme dès 2022, il économisera plus de la moitié du budget prévu pour la compensation, soit plus de 8 MMDH.

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