Pourquoi le gouvernement temporise sur la réouverture des frontières ?

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Alors que plusieurs pays de l’autre côté de la méditerranée (France, Allemagne, Espagne…) continuent de subir l’expansion du Covid-19, ces derniers ont fait le choix malgré tout de rouvrir leurs frontières. Au Maroc, c’est silence radio du côté du gouvernement. Aucune date officielle n’a été dévoilée alors que le pays a été « relativement épargné » par le virus. Dans ce contexte, les professionnels s’impatientent et s’accrochent à l’espoir d’une ouverture imminente.

Cela fait plusde 100 jours que les frontières duMaroc sont fermées. En effet, le Marocinterdit les visites touristiques sur son territoire depuis le 17 mars dernier, et cejusqu’à nouvel ordre. Une décision surprenante selon certains médias marocains qui qualifient le silence du gouvernement sur cette question d’incompréhensible.

«Le silence du gouvernement est incompréhensible, d’autant plus que les partenaires européens qui représentent 80% des flux touristiques marocains souhaitent la reprise. Alors que les autres pays tentent de relancer le secteur du tourisme, le Maroc n’a encore rien décidé. Et pourtant, l’industrie marocaine vit un grand moment de crise dont les conséquences sur l’emploi seront dures si rien n’est fait», souligne le quotidien l’Économiste dans son édition du lundi 29 juin 2020.

La même source précise queles membres de l’Union européenne (UE) se sont mis d’accord sur la date du 1er juillet pour la relance des voyages vers les 14 pays qui ont su gérer la pandémie. Parmi ces pays,le Canada, la Corée du Sud, le Japon… mais aussi les pays maghrébins (Tunisie, l’Algérie et le Maroc). C’est dire la confiance que porte l’Europe dans la gestion sanitaire du royaume. D’un autre côté, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) s’est associée à l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) pour le soutien de la reprise touristique dans plusieurs pays, dont le Maroc.

Alors pourquoi la réouverture des frontières prend-elle autant de temps ? Le journal les Inspirations éco rapporte ce lundi que des sources parlementaires assurent qu’il serait préférable d’attendre le 1er septembrepour la réouverture des frontières. D’après la même source, ce «scénario serait le plus probable». Le gouvernement souhaiterait probablement finaliser d’abord le rapatriement des Marocains bloqués à l’étranger avant d’engager les liaisons aériennes avec l’étranger.

Une procédure qui se poursuit, mais qui sera désormais payante à partir du 1er juillet 2020. Un package comprenant avion, hébergement et dépistage sera vendu aux Marocains désirant rentrer au pays à partir de cette date, alors que la procédure se faisait sous la charge ministérielle auparavant.

Les professionnels du tourisme à bout de souffle

En manque total de visibilité sur la saison estivale, les professionnelsdu tourisme ont appelé le gouvernement à réagir rapidement à la veille du 30 juin, date limite des mesures prises par le Comité de veille économique (CVE) en faveur des entreprises impactées par la pandémie du Covid-19. Les professionnels se demandent ce qu’il en sera désormais pour les salaires, l’Impôt sur le revenu (IR), les charges sociales mais également sur le crédit Damane relance Tourisme et hôtellerie.Plusieurs questions qui restent aujourd’hui sans réponses.

Ex-ministre du Tourisme et actuellement député parlementaire du parti de l’Istiqlal, Lahcen Haddad, souligne que la priorité actuelle devrait être de sauver les emplois. «S’il y a une aide publique, elle doit être conditionnée par le maintien de l’emploi. Il faut que les pouvoirs publics travaillent sur des mécanismes et des outils pour faire le suivi de la situation sociale. Aujourd’hui, on n’est pas dans une logique d’économie de marché. On est dans une logique où économie et social vont de pair», déclare Lahcen Haddad dans l’émission « l’info en face » réalisée par le groupe Le Matin.

Concernant l’ouverture des frontières, l’ex-ministre estime que le Maroc est en train de perdre des parts de marché importantes à cause du manque de visibilité. Pour lui, le pays accuse un retard par rapport à d’autres destinations, qui se sont bien préparées pour l’après-Covid-19. Il précise également que s’il y a prolongement du dispositif de soutien financier aux ménages, il devrait favoriser les secteurs qui ne peuvent pas rebondir rapidement, particulièrement le tourisme.

«Une grande partie des ménages ont perdu leurs ressources, se retrouvant dans une situation marquée par une capacité de consommation très réduite. Ces personnes ont encore besoin des aides pour impulser la demande. Je pense qu’il faut faire des transferts directs conditionnés, peu importe le coût de cette opération. Dans ce genre de situation, on n’a pas le choix», dit-il.

Le coronavirus a eu un violent impact sur le tourisme national. Les estimations de pertes sont évaluées à 34 milliards de dirhams pour l’ensemble du secteur, dont près de la moitié (15 milliards de dirhams) rien que pour l’hôtellerie.

La survie de 9000 entités, dont 3500 entreprises d’hébergement touristique classées, 500 entreprises de restauration touristique, 1450 agences de voyages, 1500 sociétés de transport touristique et 1500 sociétés de location de voitures, est en jeu. Ces derniers croisent aujourd’hui les doigts et prient pour l’arrivée de jours meilleurs avant qu’il ne soit trop tard.

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