Sahara : «La France s’expose à être reléguée au rang de puissance du passé», Hafid Boutaleb

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Sahara : « La France s'expose à être reléguée au rang de puissance du passé », Hafid BoutalebDR © Lavanguardia

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Alors que lors de son premier quinquennat le président français Emmanuel Macron s’est empressé de venir au Maroc, on ne peut malheureusement pas en dire autant de ce second mandat. L’on sait, pourtant, que lorsque l’Elysée décide d’organiser une visite officielle, les différentes parties sont prévenues des mois à l’avance, des campagnes de communication médias sont même lancées à ces occasions.

Depuis quelques années, entre le Maroc et la France, c’est parfois chaud, parfois froid. Au début de son premier mandat, Macron avait exprimé une politique d’«amitié» envers le Maroc. En juin 2017, il avait visité le Maroc pour la première fois. Une visite de deux jours, les 13 et 14 juin 2017, sa première sortie hors d’Europe depuis son élection, en réponse à une invitation personnelle du roi Mohammed VI pour une prise de contact.

Cependant, depuis, les relations entre les deux pays se sont détériorées. En cause ? Le rapprochement de Paris et d’Alger, mais aussi la non-reconnaissance officielle de la marocanité du Sahara par la France.

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Cette dernière demeure un élément central du dossier franco-marocain. Le Maroc a, d’ailleurs, toujours exprimé haut et fort sa volonté de voir d’autres pays se ranger de son côté, dont la France, pays, considéré comme un important partenaire du Maroc.

Le partenaire historique se fait pourtant attendre, et d’un président à l’autre, ils se jettent la patate chaude de la question du Sahara. Le silence de la France se fait d’autant plus ressentir suite à la reconnaissance du plan d’autonomie par de grandes puissances telles que les États-Unis, Israël ou encore l’Espagne.

La perspective de l’Espagne est d’autant plus intéressante, puisqu’elle partage, avec la France, la même histoire coloniale sur le territoire marocain.

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La France soutient de loin, mais au risque de froisser d’autres pays, et de perdre beaucoup de dividendes au passage, préfère se tenir à l’écart des vraies décisions. Dernièrement, la visite des Princesses à l’Élysée, pourrait être analysée comme une tentative française de réconciliation. Mais rien de concret n’est encore en route… Hafid Boutaleb, expert en relations internationales et changement climatique, nous donne son avis à ce propos.

Le Brief : Malgré quelques signaux de rapprochement, rien de concret, comme une visite officielle, n’est mis en place ?

Hafid Boutaleb : Si l’organisation de visites au sommet entre chefs d’État obéit à des considérations protocolaires confidentielles. Rien ne permet effectivement d’affirmer qu’une visite officielle serait en cours de préparation entre le Maroc et la France. A titre d’exemple, l’Élysée a déjà révélé la programmation d’une visite officielle du président Algérien, Abdelmajid Tebboune, en octobre 2024, soit 8 mois en avance. Rien de tel, pour le moment, s’agissant du Maroc. Car Rabat continue d’observer un silence bien pesé vis-à-vis de Paris. En effet, du côté marocain il semblerait qu’une visite officielle du président Macron au Maroc ne peut avoir lieu qu’accompagnée d’une déclaration de haut niveau affirmant la marocanité du Sahara Marocain. Ce qui permettrait, par la même occasion, de clore définitivement l’épisode de froid diplomatique en cours entre les deux pays.

Le Brief : Si la France ne reconnaît pas clairement la marocanité du Sahara, pensez-vous que les relations pourraient quand même s’améliorer ? 

H.B : La France s’est souvent érigée en allié unique du Maroc au Conseil de Sécurité quand il s’agissait pour cette instance onusienne de discuter la prorogation des mandats de la Minurso. Or, la réaction de Paris lors de la reconnaissance des États-Unis de la marocanité du Sahara, le 10 décembre 2021, n’a pas validé ce narratif pro-marocain, bien au contraire. Depuis, les dirigeants marocains s’interrogent toujours sur le pourquoi de cette tiédeur hostile de la France quand il s’agit de l’intégrité territoriale du Maroc. Par conséquent, il semble difficile d’envisager un avenir apaisé entre les deux pays sans ce prérequis incontournable.

Le Brief : Pensez-vous que le président français cherche à gagner du temps sur cette question, pour ne pas être celui qui tranchera ?

H.B : Il est certain que le président Macron cherche à maintenir un équilibre entre Rabat et Alger, surtout dans la perspective de la présidentielle prévue le 7 septembre prochain en Algérie. Il est fort à parier que la France n’opérera aucun changement majeur dans sa politique régionale avant cette date. Cela dit, ce jeu d’équilibriste n’a fait que pérenniser le statuquo dans la région, au détriment des intérêts des peuples. Il est temps pour la France de changer d’approche vis à vis du Maghreb et de l’Afrique plus globalement, eu égards aux bouleversements et défis majeurs qui attendent notre continent. Auquel cas la France s’expose à être reléguée au rang de puissance du passé au lieu d’être un partenaire pour l’avenir.

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