Corde commune
Trois missions du FMI en quelques jours au Congo, au Gabon et au Cameroun. Le Fonds ne se déplace jamais pour le tourisme. Il vient compter.
Officiellement, on parle d’un « niveau d’endettement préoccupant ». Dans les couloirs de Brazzaville, on a un autre mot pour ça : la routine. Le Congo a déjà restructuré sa dette, négocié avec Pékin, juré la rigueur.
Les missions s’enchaînent depuis des années comme des visites chez un malade qui refuse obstinément le régime. Le diagnostic, lui, ne change jamais.
Un an de plus de laxisme budgétaire, et personne ne s’en émeut vraiment. C’est exactement ça, le problème.
Le Gabon, lui, joue une autre partition. Sortie de transition, discours sur la transparence, nouvelles autorités qui étaient censées tirer un trait sur les vieilles habitudes. Le FMI vient vérifier si le trait tient encore… ou s’il a déjà disparu.
Et le Cameroun cumule. Une dette qui pèse lourd, Douala à sec de gaz, un pouvoir qui ne rajeunit pas et qui ne facilite aucune réforme structurelle. Biya n’a jamais eu la réputation d’accélérer les circuits de décision. Ça se voit dans chaque dossier qui traîne.
Pourquoi ces trois-là en même temps ? Parce qu’ils partagent la même monnaie. Le franc CFA de la zone CEMAC repose sur un ancrage commun à l’euro et sur des réserves mutualisées à la BEAC. Quand Yaoundé emprunte au-delà du raisonnable, ce n’est plus seulement l’affaire de Yaoundé. C’est aussi celle de Malabo, de N’Djamena, de Bangui. Des pays qui n’ont rien demandé et qui trinquent quand même.
Ce qui inquiète Washington, ce n’est pas la souveraineté budgétaire du Cameroun ni les arbitrages politiques du Gabon post-transition. C’est la solidité d’un système qui tient six pays ensemble et qui commence à craquer dès que l’un tire trop fort sur la corde commune. Chacun a son excuse, au fond.
La zone CEMAC a déjà connu ce genre d’alertes. Elle en est toujours sortie par des ajustements imposés aux populations. Rarement aux élites qui ont creusé les trous. Rien n’indique que ce cycle-là sera différent. Les capitales vont publier leurs communiqués rassurants. Croissance maîtrisée, réformes engagées, dialogue constructif avec Bretton Woods.
Le vocabulaire est rodé depuis des décennies. Il ressort à chaque mission comme un texte appris par cœur. La dette, pendant ce temps, continue de courir. Elle, elle ne lit pas les communiqués.