Illusion californienne

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Illusion californienneUber quitte le Nigeria et l’Ouganda sans un mot, laissant de nombreux chauffeurs sur le carreau © DR
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12 ans. C’est le temps qu’il a fallu à Uber pour enfin comprendre ce que Lagos avait déjà pigé depuis longtemps. Le 2 septembre 2026, sans prévenir personne, l’entreprise californienne a dit stop au Nigeria et en Ouganda. Pas de discours, pas de « on est triste de partir ». Juste une appli qui s’éteint et des milliers de chauffeurs qui se réveillent le lendemain sans un franc de revenu.

Officiellement, c’est une « restructuration mondiale ». En vrai ? Le Nigeria n’a jamais rapporté assez. Le naira est dans les choux, le carburant coûte une blague, Bolt et inDrive leur bouffent le marché depuis des années. Ils ont fait leurs calculs et ils ont fermé la porte. Point. Ce n’est pas un accident. C’est un symptôme.

Depuis 2014, Uber nous vendait la modernité importée, le transport « propre », la plateforme qui allait régler tous les problèmes africains. 12 ans plus tard, la promesse s’évapore comme elle était arrivée. Ceux qui ont acheté une voiture à crédit en pensant que c’était solide se retrouvent avec les traites… et une appli morte.

Personne n’est vraiment choqué. Les gens du coin avaient vu le truc venir. Uber a déjà plié bagage ailleurs dès que ça devenait trop instable ou pas assez rentable. Le Nigeria, première économie du continent, c’était pourtant leur belle vitrine. Sa chute, ça fait plus de bruit que les chiffres. Et au fond, la leçon dépasse largement Uber. On a accepté sans trop se poser de questions ce modèle où des plateformes étrangères débarquent, prennent le marché, changent nos habitudes… puis repartent dès que les marges baissent. Aucune obligation de rester. Aucun compte à rendre aux gens qui avaient bâti leur quotidien dessus.

Pendant ce temps, Bolt et les autres avancent tranquillement. Ils connaissent le terrain, ils ajustent les tarifs quand la monnaie fait le yoyo, ils négocient localement sans attendre un ok de San Francisco. Le départ d’Uber, ce n’est peut-être pas une catastrophe. C’est juste une clarification.

Mais la vraie question, celle qui gêne, c’est : combien d’autres applis étrangères vont faire la même chose dès que la conjoncture se durcit ? On continue à consommer des plateformes qu’on ne contrôle pas, dont on ne fixe ni les règles ni le moment où elles décident de partir.

Le jour où elles se barrent, ce sont les chauffeurs qui trinquent. Les livreurs. Les petits qui avaient misé dessus. Pas les actionnaires de Californie. Aucun filet.

L’appli ne se connecte plus. Les crédits, eux, restent à payer.

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