Croissance économique : l’Afrique face à la menace climatique

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Croissance économique : l'Afrique face à la menace climatiqueLe phénomène El Nino © Quel temps pour la planète
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Alors que plusieurs économies africaines affichent des perspectives de croissance encourageantes pour 2026 et 2027, un nouvel épisode du phénomène climatique El Niño pourrait compromettre cette dynamique. Selon la Banque africaine de développement (BAD), les conséquences économiques pourraient être considérables, avec des pertes estimées entre 10 et 20 milliards de dollars et une diminution pouvant atteindre 2% du produit intérieur brut (PIB) dans les pays les plus exposés.

Cette alerte intervient dans un contexte où le continent espérait consolider sa reprise économique grâce à un environnement international jugé plus favorable. La BAD prévoyait en effet une croissance de 4,2% en 2026, avant une accélération à 4,4% en 2027. Toutefois, la résurgence d’El Niño pourrait remettre en cause ces perspectives en affectant de nombreux secteurs stratégiques.

Selon les prévisions de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la probabilité de voir se développer un épisode El Niño entre les mois de juin et d’août 2026 atteint 80%. Les chances que ce phénomène se prolonge jusqu’en novembre sont même estimées à près de 90%, voire davantage.

L’OMM anticipe un épisode d’intensité modérée à forte, tout en rappelant que l’expression « super El Niño », fréquemment utilisée dans le débat public, ne correspond à aucune classification scientifique officielle.

Pour la BAD, les répercussions économiques pourraient dépasser les seuls dégâts matériels causés par les catastrophes naturelles. Anthony Nyong, directeur du département changement climatique et croissance verte de l’institution, estime que ce phénomène risque d’affecter durablement les secteurs productifs, d’alourdir les dépenses publiques et de fragiliser davantage la situation financière de plusieurs États africains.

Des secteurs clés directement exposés

L’agriculture figure parmi les activités les plus vulnérables aux perturbations climatiques liées à El Niño. L’Afrique a déjà connu les effets de ce phénomène lors de l’épisode 2023-2024, marqué notamment par une sécheresse sévère en Afrique australe et d’importantes inondations en Afrique de l’Est.

Ces événements avaient entraîné une baisse des productions agricoles, une hausse des prix des denrées alimentaires ainsi qu’une diminution des revenus des populations rurales. Pour 2026, la BAD estime que les producteurs africains pourraient subir près de 327 millions de dollars de pertes de revenus agricoles en raison des perturbations attendues.

Le secteur de la pêche pourrait également enregistrer un ralentissement de son activité. L’augmentation des températures marines et la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes devraient entraîner une baisse de la productivité comprise entre 1% et 4%, selon les estimations de la Banque.

Ces difficultés risquent de se répercuter sur l’ensemble des chaînes économiques, notamment à travers une baisse des revenus, une pression accrue sur les prix alimentaires et un ralentissement de certaines activités commerciales.

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Au-delà des secteurs productifs, les conséquences d’El Niño pourraient fortement peser sur les finances publiques des pays concernés. Les gouvernements devront mobiliser d’importantes ressources pour réparer les infrastructures endommagées, financer les interventions d’urgence et soutenir les populations affectées.

Anthony Nyong met en garde contre ce qu’il qualifie de « piège du financement climatique ». Selon lui, plusieurs États pourraient être contraints de rediriger des budgets initialement prévus pour la santé, l’éducation ou encore les infrastructures afin de répondre aux conséquences immédiates des catastrophes climatiques.

Une telle situation risquerait d’affaiblir les investissements de long terme nécessaires au développement économique et social du continent.

La BAD identifie plusieurs pays comme particulièrement exposés aux impacts de ce nouvel épisode climatique. Il s’agit notamment du Soudan, du Soudan du Sud, de la République démocratique du Congo (RDC), du Mali, du Burundi et du Nigeria.

Une mobilisation des institutions internationales

Face à ces risques, les institutions internationales cherchent à renforcer les mécanismes d’anticipation et de financement. La Banque africaine de développement prévoit d’organiser, dès le mois de septembre, une évaluation approfondie de l’impact potentiel d’El Niño sur l’ensemble de ses investissements. Cette démarche doit permettre d’identifier les ajustements nécessaires et d’accompagner les pays les plus vulnérables dans la mobilisation de financements supplémentaires.

L’institution souhaite notamment faciliter l’accès de ses pays membres à plusieurs mécanismes internationaux dédiés au climat, notamment le Fonds vert pour le climat, le Fonds d’adaptation, les Climate Investment Funds ainsi que les dispositifs consacrés aux pertes et dommages.

L’objectif est d’améliorer la capacité des États africains à financer des mesures de prévention, d’adaptation et de réponse rapide face aux catastrophes climatiques.

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Malgré cette mobilisation, les ressources actuellement disponibles restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. Selon les estimations des Nations unies, les pays en développement devront mobiliser environ 365 milliards de dollars par an d’ici à 2035 pour faire face aux défis liés au changement climatique.

En comparaison, les financements publics internationaux consacrés à l’adaptation n’ont atteint que 26 milliards de dollars en 2023, laissant apparaître un important déficit. Pour l’Afrique, les besoins financiers sont en forte progression. Anthony Nyong estime qu’ils pourraient atteindre près de 100 milliards de dollars dès cette année, contre environ 50 milliards de dollars auparavant.

Parallèlement, les Nations unies préparent également une mobilisation pouvant atteindre 100 millions de dollars par l’intermédiaire du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF). Ces ressources seraient destinées à financer des actions préventives dans les pays les plus exposés afin de réduire les conséquences économiques et humaines des catastrophes climatiques.

Pour les États africains, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion des catastrophes naturelles. Il s’agit également de renforcer la résilience économique en intégrant davantage le risque climatique dans les politiques publiques et les stratégies de développement. Selon la BAD, investir en amont dans la préparation, l’adaptation et la prévention constitue l’un des moyens les plus efficaces pour limiter les pertes économiques futures.

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