Le Maroc pourra-t-il financer ses projets de développement à l’horizon 2030 ?

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Le Maroc pourra-t-il financer ses projets de développement à l’horizon 2030 ?Photo d'illustration © DR

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Le Fonds monétaire international estime que le Maroc dispose encore de marges pour soutenir son effort d’investissement à l’horizon 2030, à condition de mieux contrôler l’exécution des projets et la maîtrise des coûts. Le modèle retenu repose largement sur le financement domestique, en particulier bancaire, ce qui traduit la profondeur du système financier national mais accroît aussi son exposition aux besoins du secteur public. Si les infrastructures peuvent doper la productivité et la croissance à moyen terme, les gains dépendront de la capacité des autorités à limiter les dépassements, à mieux suivre les engagements des entreprises publiques et à préserver le crédit privé. Les détails.

À l’approche de 2030, le Maroc a engagé une réelle course d’endurance en matière d’investissements, accélérant des projets d’envergure dans les infrastructures, la mobilité, les équipements sportifs, les aéroports, les routes et les aménagements urbains et touristiques, avec une ambition clairement arrimée à la Coupe du monde 2030 mais aussi, plus largement, à son agenda de développement.

L’enjeu n’est pas seulement de construire vite. Il est de savoir si le pays peut financer durablement cet effort de développement sans fragiliser ses équilibres macroéconomiques. Le dernier travail du Fonds monétaire international montre que le Maroc dispose d’une capacité locale de financement réelle et relativement solide, mais il rappelle aussi que la soutenabilité de ce modèle dépendra autant de la qualité d’exécution que de la maîtrise des coûts et des risques budgétaires.

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Un système bancaire solide mais exposé

Le diagnostic du FMI est, à cet égard, nuancé. D’un côté, il souligne que le Maroc s’appuie fortement sur son système bancaire et ses institutions financières domestiques pour financer ses dépenses publiques d’investissement, davantage que la moyenne régionale. Cette orientation traduit la profondeur du secteur financier national et sa capacité à absorber une partie significative des besoins de financement de l’État et des entreprises publiques en matière de développement.

De l’autre, cette stratégie renforce le lien entre besoins de financement public et bilan des banques, une interdépendance qui exige une gestion prudente afin de préserver la stabilité financière et l’accès du secteur privé au crédit.

Le programme analysé par le FMI est massif : entre 2024 et 2030, le Maroc prévoit d’accélérer ses dépenses d’infrastructure dans la connectivité et le tourisme pour un montant estimé à 11,9% du PIB de 2024, soit environ 190 milliards de dirhams. Ce plan couvre en particulier les chemins de fer, les aéroports, les routes, la construction et la rénovation des stades, ainsi que les infrastructures urbaines et touristiques.

Le rapport précise que les entreprises et établissements publics occupent une place centrale dans la mise en œuvre de ces projets de développement nationaux, aux côtés des collectivités territoriales et, dans une moindre mesure, du budget de l’État.

Le mode de financement retenu est lui aussi révélateur. Selon le FMI, la plus grande part repose sur des ressources domestiques. Les prêts bancaires représentent environ 6,9% du PIB, dont une partie importante via les financements régionaux ; les obligations domestiques et la titrisation ajoutent 1,1% du PIB ; les fonds propres des entreprises publiques 0,8% ; et le budget central 1,4%, via des arbitrages internes.

Les financements concessionnels extérieurs existent, mais restent minoritaires dans l’ensemble du schéma. Autrement dit, le Maroc ne compte pas principalement sur une ouverture massive au financement international, il finance d’abord par ses propres canaux. C’est un signe de maturité financière, mais aussi une source de concentration du risque.

Cette architecture n’est pas sans logique économique. Depuis le milieu des années 2000, l’investissement public a joué un rôle décisif dans l’extension des réseaux de transport, d’énergie et du numérique, contribuant à la productivité, à la diversification et à l’intégration du territoire.

Le FMI rappelle d’ailleurs que les gains d’infrastructure ont été un moteur important de la croissance de la productivité au Maroc au cours des dernières décennies. Dans cette perspective, le nouveau cycle d’investissement n’apparaît pas comme une rupture, mais comme l’extension d’un modèle de développement fondé sur l’équipement du pays et la montée en gamme de ses infrastructures.

Des effets immédiats limités

Reste la question la plus sensible : financer, oui, mais à quel prix et avec quels effets ? Le FMI estime que, dans son scénario de référence, ce programme d’investissement pourrait soutenir la productivité et relever le PIB réel d’environ 2% d’ici 2030, puis jusqu’à 3% à plus long terme.

L’effet n’est donc pas seulement comptable ; il est structurel. En améliorant la logistique, la connectivité, l’accès aux services et la fluidité des échanges, les infrastructures peuvent renforcer l’attractivité du pays et sa compétitivité. Mais ces gains ne se matérialisent qu’à condition que les projets soient livrés dans les temps, avec un contrôle rigoureux des coûts et une utilisation efficace des actifs créés.

Le rapport insiste aussi sur les limites de court terme. Une partie importante des investissements a un contenu importé élevé, estimé à environ 60% pour certains équipements spécialisés, notamment dans les systèmes ferroviaires et aéroportuaires. Cela signifie qu’une fraction importante de la dépense échappe immédiatement à l’économie locale sous forme d’importations de machines, de matériel et de technologies.

L’impact direct sur l’activité domestique est donc moins puissant qu’un grand programme intégralement localisé. À cela s’ajoute un risque classique : l’augmentation des besoins de financement souverain peut peser sur les primes de risque, renchérir le coût de la dette et, à terme, évincer une partie du financement privé au moment même où l’économie aurait besoin d’un secteur productif dynamique.

Autrement dit, le Maroc peut financer ses projets de développement à l’horizon 2030, mais pas n’importe comment. Le FMI met en garde contre un scénario où la montée des dépenses publiques se traduirait par une hausse de la dette sans contrepartie suffisante en matière de croissance ou de productivité.

Dans une version plus défavorable, les dérapages de coûts annuleraient une partie des bénéfices attendus, tout en alourdissant le passif public. Dans une version plus favorable, au contraire, des gains d’efficacité dans la conduite des projets permettraient d’amortir la progression de l’endettement et de tirer davantage de croissance de chaque dirham investi. La différence entre ces deux trajectoires tient moins à l’ampleur du plan qu’à sa gouvernance.

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La gouvernance, clé de la soutenabilité du modèle marocain

C’est pourquoi le FMI place la barre haut sur la qualité de gestion des finances publiques. Le rapport appelle à renforcer le suivi consolidé des engagements liés aux entreprises publiques et aux collectivités territoriales, à améliorer la transparence des passifs, et à mieux coordonner les risques budgétaires qui peuvent surgir hors du périmètre strict du budget central.

Il recommande aussi d’accélérer la décentralisation fiscale afin d’améliorer le taux d’exécution de l’investissement public, aujourd’hui estimé autour de 70%, et de garantir la soutenabilité à long terme des infrastructures par des mécanismes de tarification et de maintenance adaptés. Sans cela, les nouveaux équipements risquent de devenir demain des charges supplémentaires au lieu de rester des actifs créateurs de valeur.

Cette recommandation rejoint d’ailleurs d’autres signaux sur l’état des finances publiques marocaines. Le budget à moyen terme de 2026-2027 prévoit une consolidation graduelle du déficit et une baisse progressive du ratio de dette, avec des recettes fiscales attendues autour de 20% du PIB en moyenne sur 2025-2027, tandis que les investissements publics sont censés être davantage relayés par les partenariats public-privé.

Le chantier 2030 du Maroc paraît ainsi financièrement possible, mais sous conditions strictes. Le pays dispose d’atouts réels : un système bancaire capable de mobiliser des ressources, une base domestique de financement relativement profonde, une stratégie d’investissement structurée et des projets susceptibles de produire des gains de productivité durables.

Mais la fenêtre est étroite. Le contenu importé, la pression sur le crédit privé, les risques de dérive des coûts et la faiblesse d’exécution peuvent réduire très vite la portée d’un programme pourtant prometteur. En clair, le Maroc ne manque pas de financement, il doit surtout transformer ce financement en résultats tangibles, visibles et durables. C’est là que se jouera, bien plus qu’en 2030, la crédibilité de son modèle de développement.

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