Économie : pourquoi le choc du Moyen-Orient touche moins le Maroc ?

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S&P classe le Maroc parmi les économies africaines les moins exposées à la crise du Moyen-OrientPhoto d'illustration © DR

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Le Maroc se distingue parmi les économies africaines les plus résilientes face au choc géopolitique lié à la guerre au Moyen-Orient. L’évaluation de S&P Global Ratings confirme cette position particulière, à rebours de pays plus exposés à la flambée des prix de l’énergie, au durcissement des conditions de financement et aux perturbations commerciales. Sans être totalement à l’abri, le Maroc conserve des marges de manœuvre qui limitent l’ampleur des retombées immédiates. Ce constat met en lumière un rapport de forces plus favorable que dans une partie du continent, où la dépendance aux importations, aux flux extérieurs et aux marchés de l’énergie accentue l’impact.

Alors que l’escalade des tensions au Moyen-Orient ravive la volatilité sur les marchés de l’énergie, des engrais et du financement international, le Maroc apparaît comme l’une des économies africaines les mieux armées pour encaisser le choc.

C’est le constat dressé par S&P Global Ratings, qui classe le Maroc parmi les pays africains les moins vulnérables aux retombées économiques du conflit. L’agence met en avant une exposition énergétique qualifiée de modérée, une dépendance commerciale limitée vis-à-vis du Moyen-Orient et des indicateurs extérieurs encore solides.

Cette relative immunité ne signifie pas une absence de risque. S&P rappelle au contraire que la crise régionale exerce déjà une pression sur les économies africaines à travers la hausse des prix du pétrole, l’alourdissement des coûts des engrais et le resserrement des conditions financières internationales.

Sur le continent, ces trois canaux ont un effet très concret puisqu’ils renchérissent les factures d’importation, pèsent sur les marges budgétaires et compliquent l’accès aux financements extérieurs. Le Maroc n’échappe pas à ces mécanismes, mais il les absorbe mieux que nombre de ses pairs.

Lire aussi : Guerre au Proche et Moyen-Orient : frappes et pétrole en hausse

Pourquoi l’exposition du Maroc reste indirecte

La première raison tient à ses amortisseurs externes. Les réserves internationales du pays restent jugées confortables. La Banque mondiale indique pour 2024, en effet, un niveau équivalent à cinq mois d’importations, tandis que le FMI estimait, dans ses travaux récents, des réserves de 37,2 milliards de dollars à fin 2024, soit un niveau encore jugé adéquat et couvrant un peu plus de cinq mois d’importations prospectives. Cette réserve de change constitue un filet de sécurité essentiel.

Le deuxième pilier de résilience réside dans la structure même de l’économie marocaine. Le FMI souligne que, malgré les incertitudes externes, les réserves restent adéquates et que les risques pour la trajectoire économique sont « globalement équilibrés », même si un ralentissement de la zone euro ou une hausse de la volatilité des matières premières peuvent peser sur l’activité.

Le Fonds relève aussi que l’économie marocaine a affiché une croissance estimée à 4,9% en 2025, portée par l’agriculture, la construction et les services, avant une projection identique pour 2026. Cette dynamique réduit, à court terme, la vulnérabilité à un choc venu du Moyen-Orient, sans l’effacer.

Le troisième amortisseur est budgétaire. En février puis en mars 2026, le FMI a salué le recul du déficit central à 3,5% du PIB en 2025, contre 3,8% anticipés dans le budget, grâce à une meilleure collecte fiscale, avec des recettes atteignant 24,6% du PIB.

Le Fonds estime que cette amélioration laisse davantage d’espace pour préserver les dépenses prioritaires, tout en consolidant les buffers budgétaires. Autrement dit, le Maroc n’est pas seulement protégé par ses réserves extérieures ; il dispose aussi d’un État capable d’amortir partiellement un choc importé, notamment si la facture énergétique venait à remonter.

Lire aussi : Conflit au Moyen-Orient : pourquoi l’Afrique subit de plein fouet la crise énergétique et alimentaire ?

Une vulnérabilité indirecte, mais mieux contenue

C’est précisément sur le canal énergétique que la crise du Moyen-Orient pourrait le plus rapidement se transmettre à l’économie marocaine. Le FMI indique que le conflit pèse sur les perspectives du royaume principalement via les marchés mondiaux des matières premières et un affaiblissement de la demande mondiale.

En mars 2026, il notait déjà que la progression des importations liée à l’investissement ferait mécaniquement remonter le déficit courant, même si celui-ci restait financé en partie par les flux d’investissements directs étrangers. La banque centrale et les autorités macroéconomiques restent donc exposées à un scénario où le pétrole, le fret et certaines denrées importées repartiraient à la hausse.

Mais là encore, le Maroc part de plus loin que beaucoup d’économies africaines. S&P insiste sur sa dépendance commerciale limitée vis-à-vis du Moyen-Orient, ce qui réduit l’ampleur d’un choc direct sur les échanges. Le pays est davantage arrimé à l’Europe, à ses chaînes industrielles et à ses marchés financiers qu’aux flux commerciaux du Golfe.

Ce positionnement n’annule pas les effets du conflit, mais il les diffuse de manière indirecte, par les prix mondiaux, plutôt que par une rupture frontale des échanges. C’est l’une des raisons pour lesquelles S&P place le royaume dans le groupe des pays africains les moins exposés, alors que d’autres économies, plus dépendantes de l’énergie importée ou des liens commerciaux régionaux, apparaissent plus fragiles.

Le contraste est net avec les pays africains plus vulnérables identifiés par S&P, parmi lesquels figurent notamment le Mozambique et le Rwanda. Pour ces économies, des réserves plus faibles, une marge budgétaire plus étroite ou une dépendance plus marquée aux financements externes accentuent l’impact d’un choc venant du Moyen-Orient.

Le Maroc, lui, bénéficie d’un mélange rare à l’échelle du continent, à savoir un stock de réserves encore confortable, un accès préservé aux marchés et un cadre macroéconomique que les institutions internationales jugent suffisamment robuste pour traverser une montée de tension prolongée.

Reste que cette résistance n’a rien de définitif. S&P avertit que la persistance de la volatilité des prix de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement continuera de mettre sous pression les économies africaines, y compris les plus résilientes. Pour le Maroc, le véritable enjeu n’est donc pas de prétendre à l’immunité, mais de préserver ses amortisseurs.

Des réserves suffisantes, une discipline budgétaire crédible, un financement extérieur contenu et une économie capable de générer des devises via les exportations, le tourisme et les transferts seront les outils de prédilection pour traverser cette période. Tant que ces équilibres tiennent, le Maroc restera mieux protégé que la moyenne africaine face à une crise géopolitique qui, elle, continue de s’étendre bien au-delà de ses frontières.

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