Tomates : tensions et flambée des prix, qu’en est-il ?
Culture de tomates (image d’illustration). © DR
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Cette situation intervient dans un contexte agricole déjà fragilisé par des conditions climatiques difficiles, des maladies phytosanitaires persistantes et une forte demande internationale, notamment en Europe, où les prix ont atteint des niveaux inédits.
Une campagne agricole sous haute tension
Depuis plusieurs mois, la production marocaine de tomates connaît d’importantes perturbations. Dès le début de la saison hivernale, les professionnels anticipaient déjà des difficultés d’approvisionnement, notamment pour la tomate ronde, variété très consommée sur le marché national. La pression phytosanitaire a fortement pesé sur les rendements, en particulier à cause du virus ToBRFV (Tomato brown rugose fruit virus) et de la Tuta absoluta, deux fléaux majeurs pour les cultures maraîchères.
À cela s’est ajoutée la tempête survenue fin février dans la région de Souss-Massa, principal bassin de production du pays, qui a aggravé la situation en provoquant la destruction de nombreuses serres sur plusieurs milliers d’hectares, ainsi que des pertes importantes de fruits et de plants. Cette succession de difficultés a entraîné une pénurie sévère de tomates rondes sur le marché local, poussant les prix à la hausse et accentuant les inquiétudes des consommateurs.
Intervenant pour FreshPlaza, Abderrahmane Zouhir, PDG de Krone F&V, décrit une situation complexe sur le terrain. Selon lui, plusieurs exploitations ont subi des dégâts majeurs à cause des vents violents. « Nous avons perdu certaines serres à cause des vents. Nous avons toutefois réussi à les reconstruire au prix d’efforts considérables, dans un contexte de pénurie de plastique et de main-d’œuvre », explique-t-il.
Lire aussi : Europe : les prix de la tomate s’envolent après la suspension des exportations marocaines
Il souligne que peu de producteurs sont aujourd’hui en mesure de fonctionner à pleine capacité. Certains exploitants peinent encore à se relever, tandis que d’autres ont préféré mettre fin à leur campagne plus tôt que prévu. Son entreprise fait partie des rares structures ayant pu rétablir complètement leurs installations, mais elle ne produit actuellement que de la tomate cerise, essentiellement destinée à l’export, et non de la tomate ronde, plus demandée sur le marché national.
L’État privilégie l’approvisionnement du marché local
Face à la flambée des prix au Maroc, où le kilo de tomate avait atteint près de 15 dirhams sur certains marchés, les autorités ont choisi d’intervenir pour renforcer l’offre locale. Des représentants des pouvoirs publics se sont rendus directement chez les producteurs afin de leur demander d’orienter davantage de volumes vers le marché intérieur plutôt que vers l’exportation.
Abderrahmane Zouhir confirme cette démarche : « Des représentants des autorités ont rendu visite aux producteurs cette semaine pour leur demander d’orienter davantage de volumes vers le marché local plutôt que vers l’export ». Contrairement à 2023, où les exportations avaient été officiellement suspendues, provoquant de vives critiques de la part des exportateurs en raison des ruptures contractuelles, les autorités ont cette fois opté pour une approche plus souple et concertée.
Un accord à l’amiable a ainsi été trouvé avec les producteurs pour limiter certains flux, notamment vers les marchés africains, généralement moins contractualisés, sans imposer d’interdiction formelle. Cette stratégie a été soutenue par les organisations professionnelles comme l’APEFEL et la FIFEL.
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L’Europe subit à son tour la pénurie
La réduction des exportations marocaines a eu un impact immédiat sur les marchés européens, fortement dépendants de l’approvisionnement en tomates marocaines, notamment en période hivernale. Selon le média espagnol La Razón, les prix de la tomate ont atteint des niveaux records dans plusieurs pays européens, avec un kilo avoisinant les 8 euros sur certains marchés.
Cette flambée s’explique non seulement par la baisse des exportations marocaines, mais aussi par des conditions climatiques défavorables dans d’autres pays producteurs du sud de l’Europe. Le retard de la saison estivale a réduit l’offre globale, alors que la demande reste forte avec l’arrivée des températures plus douces.
De son côté, Abderrahmane Zouhir confirme cette tension sur le marché international : « Les prix ont atteint des niveaux très élevés en raison des problèmes de production au Maroc et en Europe. Au marché de gros de Perpignan, par exemple, les tomates rondes se négocient jusqu’à 2,45 euros le kilo ».
En revanche, les exportations de tomates cerises vers l’Europe se poursuivent normalement. « Nous continuons aujourd’hui à récolter et à exporter des tomates cerises vers l’Europe, il n’y a aucune interdiction », précise le dirigeant de Krone F&V.
La situation actuelle met en lumière la complexité de la gestion d’une filière stratégique pour l’agriculture marocaine. Entre la nécessité de protéger le pouvoir d’achat des ménages marocains et l’importance économique des exportations, les autorités doivent arbitrer avec prudence.
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