À New York, les candidats au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sont en train de passer leur « grand oral ». La Chilienne Michelle Bachelet a ouvert les auditions hier, suivie par l’Argentin Rafael Grossi. Aujourd’hui, c’est au tour de la Costaricaine Rebeca Grynspan et de l’ancien président sénégalais Macky Sall, qui entend porter une candidature africaine.
L’exercice est solennel et chacun doit répondre aux questions des 193 États membres de l’Assemblée générale pour succéder à António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026. L’exercice est surtout théâtral. Car la décision finale ne reviendra ni aux 193 États, ni à la société civile. Elle reviendra aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), qui peuvent bloquer tout candidat d’un simple veto. Le paradoxe d’une organisation universelle, dont la direction est choisie par cinq puissances, se poursuit depuis 80 ans.
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Une institution affaiblie
Aujourd’hui, la question dépasse largement la personnalité du prochain secrétaire général. L’ONU traverse une crise financière chronique. Son budget ordinaire reste modeste pour une institution censée gérer les crises du monde entier et repose sur les contributions obligatoires des États membres. Or beaucoup paient en retard, voire pas du tout. Les États-Unis représentent à eux seuls environ 22% du budget ordinaire et près de 27% du budget du maintien de la paix, mais accumulent plus de 1,5 milliard de dollars d’arriérés. La Russie ne paie pas non plus, tandis que la Chine s’impose désormais comme l’un des principaux soutiens financiers de l’institution. Face à cette situation, António Guterres a alerté sur un « effondrement financier imminent ». Résultat : un budget 2026 ramené à 3,4 milliards de dollars, en baisse de 7%, avec la suppression de 2 400 postes, dans le sillage de la sortie des États-Unis de l’OMS (branche santé de l’ONU) ou de la réduction drastique de l’USAID décidée par Trump.
Mais le problème le plus profond est institutionnel. L’architecture de l’ONU reflète encore le monde de 1945 et le véritable pouvoir se situe au Conseil de sécurité. Ses cinq membres permanents peuvent bloquer toute résolution contraignante grâce au véto. Plus de 282 vétos ont été utilisés depuis 1946, concernant essentiellement le conflit israélo-palestinien, la Syrie ou l’Ukraine, autant de crises qui restent largement irrésolues. Pendant ce temps, le secrétaire général multiplie les appels sur le Soudan, la République démocratique du Congo, la Palestine, le Rwanda, la Somalie ou encore Haïti. Mais ces prises de position restent le plus souvent sans effet. L’organisation demeure prisonnière d’un équilibre des puissances hérité de la Seconde Guerre mondiale, alors même qu’elle prétend réguler un monde devenu, en 2026, profondément multipolaire.
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La Société des Nations avait sombré sur ce récif. Créée après la Première Guerre mondiale pour garantir la paix collective, elle fut affaiblie par l’absence ou le retrait de grandes puissances et incapable d’empêcher les agressions des années 1930. Elle disparut avec la Seconde Guerre mondiale. Le parallèle est frappant : les grandes puissances utilisent aujourd’hui les institutions internationales lorsqu’elles servent leurs intérêts… et les paralysent dans le cas contraire. La même logique fragilise aussi d’autres structures, comme l’Organisation mondiale du commerce, régulièrement contournée par les guerres commerciales (dont les droits de douane américains), ou la Cour pénale internationale, contestée par plusieurs grandes puissances. Une organisation internationale ne peut survivre que si les puissances acceptent d’y limiter leur pouvoir au profit de l’intérêt collectif.
La nécessité de se réformer
Dans ce contexte, la gouvernance mondiale se déplace ailleurs. Les blocs géopolitiques comme les BRICS élargis gagnent en influence. Les alliances militaires (OTAN, accords de défense Inde-Russie, Pakistan-Arabie Saoudite, Chine-Corée du Nord) structurent les rapports de force. Les clubs diplomatiques comme le G7 ou le G20 servent désormais de lieux de coordination entre grandes économies. À côté de ces structures émergent des coalitions ad hoc et des conférences internationales organisées en dehors du cadre onusien. Trump va plus loin encore avec son « Board of Peace » sur Gaza. La paix devient une affaire privée, co-gérée par des oligarques et des investisseurs. L’ONU n’est plus le centre du système international, juste un acteur parmi d’autres.
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Face à ce constat, trois réformes reviennent inlassablement : élargir le Conseil, encadrer le veto, revoir le financement. Chacune se heurte au même obstacle car les États qui bénéficient du système refusent de le changer. Les quatre candidats le savent. Bachelet, ex-présidente chilienne et ancienne Haute-Commissaire aux droits de l’Homme, incarne la continuité onusienne mais a perdu le soutien de son pays. Grossi, patron de l’AIEA depuis 2019, a géré les dossiers iranien et ukrainien. Il est également proche de Milei, donc de Trump. Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, est la candidate du consensus feutré. Et Macky Sall, 64 ans, porte une candidature africaine au nom de la rotation géographique, mais se trouve désavoué par son propre pays et par 20 membres de l’Union africaine, plombé par la répression des manifestations de 2021-2024. L’Afrique, 1,4 milliard d’habitants, reste sans siège permanent au Conseil et le seul candidat du continent arrive affaibli. Aucun n’aura les moyens de réformer ce qui devrait l’être.
C’est là tout le paradoxe. L’organisation demeure indispensable pour l’aide humanitaire, la production de normes internationales et certaines médiations. Mais elle reste largement impuissante dès lors que les grandes puissances sont directement impliquées dans un conflit. Conçue pour prévenir de nouvelles guerres mondiales, elle s’est très vite transformée, dès la guerre froide, en un terrain d’affrontement diplomatique entre États, qu’elle est restée depuis. Les grands oraux actuellement en cours à New York permettront-ils de faire émerger un prochain secrétaire général capable d’adapter l’institution aux réalités du XXIᵉ siècle, là où ses prédécesseurs se sont heurtés aux mêmes limites structurelles ? Au regard de la situation actuelle, le doute semble largement permis.
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