OTAN : le Maroc, pivot stratégique du voisinage sud

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Guerre en Ukraine : l’OTAN débat des garanties de sécurité mercrediLe drapeau de l'OTAN © DR

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Dans son rapport annuel 2025, l’OTAN redéfinit son approche du voisinage sud et met en lumière le rôle croissant du Maroc, désormais perçu comme un partenaire stratégique clé dans la stabilisation et la sécurité de cet espace sensible.

Dans son rapport annuel 2025, l’OTAN consacre une place croissante au voisinage méridional, présenté comme un espace où se croisent instabilité sécuritaire, défis transnationaux et besoins urgents de coopération. Au cœur de cette architecture, le Maroc ressort moins comme un simple partenaire parmi d’autres que comme un acteur appelé à jouer un rôle de plus en plus structurant.

Membre du Dialogue méditerranéen, le Maroc s’inscrit dans un cadre de coopération que l’Alliance décrit comme essentiel à sa sécurité propre, et dont l’objectif est désormais assumé de manière plus stratégique, plus ciblée et davantage orientée vers les résultats.

Le Maroc, partenaire de stabilité et de formation

Le document souligne d’abord un changement de méthode. En 2025, l’OTAN dit avoir réalisé des « progrès significatifs » dans l’exécution de son plan d’action pour le voisinage méridional, en intensifiant le dialogue politique avec ses partenaires et en développant sa coopération avec les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord dans des domaines aussi sensibles que le contre-terrorisme, la lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre, et la préparation du secteur civil.

L’Alliance ajoute avoir renforcé ses liens avec des organisations régionales et internationales, notamment le Conseil de coopération des États arabes du Golfe et la Ligue des États arabes. Cette inflexion montre que le Sud n’est plus appréhendé comme une périphérie, mais comme un espace où la sécurité euro-atlantique se joue aussi en profondeur.

Dans ce cadre, le Maroc se distingue par son positionnement. Le rapport rappelle que les pays du Dialogue méditerranéen comprennent l’Algérie, l’Égypte, Israël, la Jordanie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie. Cette simple énumération est déjà révélatrice : Rabat appartient à un noyau de partenaires du Sud avec lesquels l’OTAN entretient une relation institutionnalisée, inscrite dans la durée, et qui vise à renforcer la sécurité autour de l’espace atlantique et méditerranéen.

L’Alliance indique par ailleurs collaborer aujourd’hui avec 35 pays non membres, en adaptant l’étendue et les axes de la coopération à ses priorités stratégiques comme aux capacités de chaque partenaire. Le Maroc apparaît ainsi comme un partenaire stabilisé, inséré dans une relation politique et militaire plus large que la seule logique conjoncturelle.

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Une coopération sud plus stratégique

L’intérêt du Maroc, dans cette lecture, tient d’abord à la géographie. Le rapport de l’OTAN insiste sur la nécessité d’une approche à 360 degrés, capable de répondre aux menaces venues de tous les horizons. Or, le voisinage sud concentre justement des risques que l’Alliance ne dissocie plus des équilibres euro-atlantiques : terrorisme, trafics, circulation d’armes, vulnérabilités du secteur civil, pression sur les institutions, effets de déstabilisation régionale.

Dans ce contexte, le Maroc occupe une place utile parce qu’il se trouve à l’articulation de l’Atlantique, de la Méditerranée et de l’Afrique du Nord, tout en disposant d’une expérience diplomatique et sécuritaire qui le rend crédible aux yeux des partenaires occidentaux comme africains. Cette centralité ressort clairement de la façon dont l’OTAN construit son voisinage méridional comme un espace de coopération prioritaire.

Le document donne aussi des indices plus concrets sur l’évolution de cette coopération. Dans la partie consacrée au renforcement des capacités et à la formation, l’OTAN note qu’en 2025 a débuté « une coopération entre l’OTAN, le Maroc et d’autres pays d’Afrique axée sur le perfectionnement des sous-officiers ».

L’Alliance place ainsi le Maroc dans une logique de transmission de savoir-faire, de professionnalisation et d’interopérabilité plutôt que dans un simple échange de courtoisie diplomatique. Le Maroc se retrouve donc associé à des démarches qui touchent au cœur du fonctionnement militaire, selon le rapport, à savoir la qualité du commandement intermédiaire, la discipline opérationnelle, l’encadrement des forces et la standardisation des pratiques.

Autrement dit, le Maroc n’est pas seulement consulté ; il est intégré à des mécanismes de montée en compétence. Le rapport met en avant des instruments de fond allant du soutien à la réforme du secteur de la sécurité au renforcement des capacités, ou encore l’amélioration de l’interopérabilité et la diffusion de bonnes pratiques. Dans cette logique, un pays comme le Maroc, doté d’institutions relativement solides et d’une expérience de coopération multiforme avec des partenaires européens et euro-atlantiques, devient un maillon utile pour l’Alliance dans sa lecture du sud.

Des partenariats au service de la sécurité de l’OTAN

Le rapport souligne également que les partenariats servent désormais la sécurité de l’OTAN elle-même. L’Alliance rappelle que les défis actuels sont d’une telle ampleur et d’une telle complexité qu’aucun pays ni aucune organisation ne peut y répondre seul. Elle présente ses partenariats comme un volet essentiel de son approche à 360 degrés.

Par ailleurs, le rapport permet aussi de situer cette évolution dans une dynamique régionale plus large. L’OTAN affirme que le Maroc est perçu non seulement comme un État partenaire, mais aussi comme une porte d’entrée vers des cadres de dialogue africains et arabes plus vastes.

Pour l’Alliance, la région n’est plus traitée de manière segmentée ; elle est pensée comme un ensemble connecté, où les risques de sécurité traversent les frontières et où les réponses doivent combiner diplomatie, formation, coopération technique et dialogue politique. Dans ce schéma, la capacité du Maroc à entretenir des relations diversifiées sur son environnement méridional renforce mécaniquement sa valeur stratégique.

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Le voisinage méridional, un enjeu désormais central

Il faut enfin souligner que cette montée en importance du voisinage sud intervient dans un rapport annuel dominé par la guerre en Ukraine, le réarmement de l’Alliance et le renforcement de la dissuasion sur le flanc oriental.

Le fait que l’OTAN consacre malgré tout un chapitre entier au voisinage méridional indique que le sud n’est pas une question secondaire ni un dossier de circonstance. L’Alliance y voit un espace de risque durable, mais aussi un terrain de coopération indispensable.

Le Maroc, dans ce cadre, bénéficie d’un positionnement singulier, étant suffisamment proche pour être utile, suffisamment stable pour être crédible et suffisamment engagé pour compter. Cette combinaison explique pourquoi son rôle tend à s’affirmer au moment même où l’OTAN cherche des partenaires capables de prolonger sa présence stratégique au-delà du périmètre strictement euro-atlantique.

À travers ce rapport, une idée s’impose : la sécurité du Sud ne peut plus être pensée sans acteurs solides du Sud Le Maroc entre précisément dans cette catégorie. En le maintenant au sein du Dialogue méditerranéen, en l’associant à des coopérations concrètes sur la formation et les capacités humaines, et en l’inscrivant dans une architecture régionale tournée vers la prévention et la résilience, l’OTAN reconnaît implicitement sa fonction de partenaire-charnière.

Le Maroc n’est donc pas seulement un voisin de l’Alliance ; il devient, selon la logique même du rapport, un point d’appui stratégique dans la manière dont l’OTAN entend stabiliser son voisinage méridional.

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