À l’approche du ftour, pourquoi certains conducteurs prennent-ils plus de risques ?
Des embouteillages pendant le Ramadan quelques heures avant le ftour © Ayoub Jouadi / LeBrief
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À mesure que l’heure du ftour approche, la circulation dans les grandes villes devient plus dense et plus nerveuse. Dans les artères principales comme dans les quartiers résidentiels, klaxons, accélérations brusques et manœuvres risquées se multiplient. Certains conducteurs brûlent les feux rouges, d’autres roulent à contresens ou empruntent des voies réservées, notamment celles du tramway ou du busway.
Ce phénomène, bien connu pendant le mois de Ramadan, ne se limite pas à une simple impatience collective. Selon la psychiatre addictologue Imane Kendili, il résulte d’un ensemble de facteurs physiologiques et psychologiques qui s’accumulent au fil de la journée.
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« L’approche du ftour n’est pas seulement un horaire, c’est une montée en tension progressive », explique-t-elle. Dès les premières heures du jeûne, le corps s’adapte à l’absence de nourriture et d’hydratation. Il ralentit certains processus pour économiser l’énergie, tout en mobilisant d’autres ressources pour maintenir l’équilibre.
Au fil des heures, cet effort d’adaptation finit par peser sur l’organisme. La patience diminue, la tolérance aux imprévus se réduit et la capacité à relativiser les frustrations s’affaiblit.
La faim et la fatigue fragilisent le contrôle de soi
Contrairement à une idée répandue, l’irritabilité observée en fin de journée ne provient pas uniquement de la faim. Elle résulte aussi de l’effort continu de maîtrise de soi que nécessite le jeûne.
« Résister à la soif, à la fatigue ou à certaines habitudes comme le café ou la cigarette demande un effort constant de régulation », souligne Imane Kendili. Or, ce contrôle de soi n’est pas illimité.
La spécialiste compare cette capacité à un muscle : plus elle est sollicitée longtemps, plus elle s’épuise. En fin de journée, les réserves d’autorégulation sont donc plus faibles. Dans ces conditions, la moindre contrariété, un embouteillage, un feu rouge ou un conducteur hésitant, peut provoquer une réaction disproportionnée.
La fatigue accentue encore ce phénomène. Pendant le Ramadan, les rythmes de sommeil sont souvent perturbés : coucher tardif, réveil très matinal pour le shour, sommeil fragmenté. Ce manque de repos affecte directement les capacités cognitives.
« Le manque de sommeil altère le jugement et réduit la capacité à évaluer correctement le risque », précise la psychiatre. Les réactions deviennent plus rapides, mais moins réfléchies, ce qui favorise les comportements impulsifs.
Au volant, cette combinaison de fatigue et de baisse d’énergie peut fragiliser la concentration et réduire la marge de sécurité dans la prise de décision.
La pression d’arriver à l’heure du ftour
Au-delà des facteurs physiologiques, la dimension symbolique du ftour joue également un rôle central dans les comportements observés sur la route.
Dans de nombreuses familles, la rupture du jeûne est un moment profondément ritualisé. Elle marque la fin d’un effort quotidien et se partage souvent en présence des proches, au moment précis de l’appel à la prière.
« Le ftour n’est pas un simple repas », explique Imane Kendili. « C’est un instant collectif et synchronisé. Arriver en retard peut être vécu comme une dissonance dans un rituel très attendu ».
Cette pression temporelle agit comme un puissant amplificateur émotionnel. L’objectif devient unique : arriver à l’heure. Dans cet état, le cerveau se focalise sur ce but et accorde moins d’attention aux autres informations, notamment celles liées au danger.
Chaque feu rouge semble durer plus longtemps, chaque ralentissement paraît injustifié. L’impatience se transforme alors en tension intérieure qui pousse certains conducteurs à accélérer ou à multiplier les manœuvres risquées.
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Quand la frustration débouche sur la prise de risque
Dans les situations de forte densité du trafic, la frustration peut rapidement s’accumuler. Pour certains conducteurs, transgresser les règles devient alors une manière de reprendre le contrôle.
« Accélérer brusquement ou s’engager dans un contre-sens peut donner l’illusion de sortir d’une situation que l’on subit », analyse Imane Kendili.
Sous l’effet du stress, le champ de conscience se réduit. L’attention se focalise sur l’objectif immédiat, gagner quelques minutes, tandis que les conséquences possibles, comme un accident, deviennent plus abstraites.
Un autre facteur intervient également : l’influence du comportement collectif. Lorsque plusieurs automobilistes adoptent des conduites imprudentes, la perception de la norme change progressivement.
« Dans une ambiance tendue où les infractions se multiplient, la barrière morale s’abaisse plus facilement », souligne la spécialiste. Les conducteurs ont alors tendance à reproduire les comportements qu’ils observent autour d’eux.
Cette dynamique peut transformer certaines routes en véritables espaces de compétition informelle, où chacun cherche à gagner quelques mètres supplémentaires avant l’heure du ftour.
Apprendre à reconnaître ses propres limites
Face à ces situations, la psychiatre insiste sur l’importance de prendre conscience de sa vulnérabilité temporaire.
« La baisse de maîtrise de soi en fin de journée n’est pas une faiblesse morale », rappelle Imane Kendili. Elle correspond plutôt à un état transitoire lié à la fatigue, au manque de sommeil et à la pression accumulée.
Reconnaître cette fragilité permet justement d’adapter son comportement. Anticiper la circulation, accepter l’idée de possibles retards et adopter une conduite plus prudente peuvent contribuer à réduire les tensions.
La spécialiste recommande également d’être attentif aux signaux corporels qui précèdent l’agacement : mâchoire serrée, épaules crispées, accélérations inutiles ou crispation sur le volant.
Dans ces moments, quelques gestes simples peuvent aider à retrouver du calme : ralentir légèrement, respirer plus profondément ou relâcher les muscles pendant quelques secondes.
Ralentir pour retrouver la maîtrise
Finalement, l’enjeu dépasse la simple question de la circulation. Pour la psychiatre, la manière de conduire reflète aussi la capacité à gérer la pression et la frustration.
« Le ftour n’est pas un chronomètre, c’est un esprit », souligne Imane Kendili. Arriver quelques minutes après l’appel à la prière ne change pas la valeur du jeûne, ni celle du partage.
En revanche, céder à l’impulsivité peut avoir des conséquences beaucoup plus lourdes. Les accidents survenant dans ces moments de précipitation rappellent chaque année que quelques minutes gagnées ne valent pas le risque encouru.
Dans cet esprit, ralentir volontairement, maintenir des distances de sécurité et accepter les aléas du trafic peuvent paradoxalement redonner au conducteur un sentiment de contrôle plus solide.
Car au fond, conclut la spécialiste, « reconnaître sa vulnérabilité temporaire et ajuster son comportement est aussi une manière de prolonger dans l’espace public l’effort de discipline intérieure que demande le Ramadan ».
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