Campagne céréalière 2025 : un recul attendu accompagné de fragilités persistantes
Productions de blé Illustration © DR
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La saison de semis des céréales d’hiver 2026 a débuté tardivement (fin décembre 2025) en raison d’un démarrage différé des précipitations. Toutefois, des pluies abondantes en décembre ont permis une remontée des niveaux des retenues d’eau utilisées pour l’irrigation dans les régions clés, et ont amélioré l’humidité des sols, condition favorable à l’implantation et au démarrage des cultures. Les indicateurs géospatiaux relevés à la deuxième décade de janvier 2026 témoignaient de conditions culturales généralement favorables pour une bonne campagne céréalière. Les prévisions météorologiques, en l’état, tablent sur des précipitations proches de la moyenne jusqu’en avril, même si des déficits localisés persistent, notamment dans les régions de l’est et du centre, et peuvent compromettre le développement végétatif des parcelles concernées.
Sécheresse prolongée : l’origine du recul de la production 2025
Le SMIAR met en évidence que la contre-performance de 2025 s’explique principalement par une période prolongée de sécheresse. Entre décembre 2024 et février 2025, les cumuls pluviométriques ont été inférieurs de plus de 60% dans plusieurs zones céréalières majeures. Des pluies récentes en mars-avril sont intervenues trop tard et sont apparues insuffisantes pour restaurer l’humidité des sols à un niveau permettant une récupération significative des rendements. Le résultat a été une érosion sensible de la production nationale, affectant tant les volumes disponibles que la qualité de certaines céréales récoltées.
Face à cette contre-performance, les besoins de consommation restent largement couverts par les achats à l’étranger. Pour la campagne commerciale 2025/26 (juillet-juin), les besoins d’importation de céréales sont estimés par le SMIAR à environ 11 millions de tonnes, soit près de 20% au-dessus de la moyenne. Cette montée des importations exerce une double pression sur l’approvisionnement national (sécurisation des stocks et rythme des achats) et sur les finances publiques lorsque l’État intervient pour soutenir les prix et l’accès à la farine.
En réaction, le gouvernement a prolongé la mesure de subvention des importations de blé tendre, initialement prévue jusqu’à décembre 2025, et l’a étendue jusqu’en avril 2026. Cette décision vise à stabiliser le prix du blé moulu et à garantir l’approvisionnement en farine panifiable, une priorité sociale et politique dans un pays où le pain reste un aliment de base pour une large part de la population.
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Prix alimentaires, légère hausse mais dynamique contrastée
Sur l’ensemble de l’année 2025, l’inflation alimentaire annuelle a augmenté légèrement, d’environ 1% par rapport à 2024. Cette hausse est principalement tirée par la progression des prix de la viande fraîche et des produits de la pêche. À l’inverse, les prix des céréales ont, globalement, reculé sur la période, un mouvement qui trouve son origine dans des dynamiques internationales des marchés et dans les mesures de couverture du marché intérieur. Ce profil contrasté illustre la complexité des pressions inflationnistes : le coût de la vie alimentaire ne fluctue pas uniformément selon les catégories de denrées, et les ménages à faibles revenus continuent de supporter une part disproportionnée des hausses sur les produits animaux et de la mer.
Le rapport du SMIAR souligne implicitement que la sécurité alimentaire du Maroc demeure tributaire d’un cocktail de facteurs : variabilité climatique (sécheresses, pluies irrégulières), dépendance aux importations céréalières et sensibilité des prix alimentaires. Si la situation conjoncturelle (reconstitution partielle des réservoirs et conditions de semis favorables en début de campagne) offre des motifs d’optimisme à court terme, des déficits localisés et la faiblesse des pluies antérieures limitent la marge de manœuvre. Les ménages vulnérables, notamment en zones rurales et périurbaines, sont les premiers exposés aux tensions sur l’approvisionnement et aux hausses de prix locales.
La prolongation des subventions d’importation peut, à court terme, contenir les effets sociaux d’un déficit de récoltes ; elle se heurte toutefois à des limites structurelles. Elle n’élimine pas la vulnérabilité agricole aux aléas climatiques ni la nécessité d’investissements visant à améliorer la résilience. La diversification des cultures, la modernisation des pratiques culturales, la gestion durable des ressources en eau, un stockage performant, et des instruments de couverture du risque (assurances, mécanismes de stabilisation des prix) sont autant de leviers à activer pour réduire la dépendance extérieure et stabiliser l’offre nationale. Le bulletin du SMIAR n’entre pas dans la prescription de politiques détaillées, mais les éléments factuels qu’il compile soulignent l’urgence d’un abord systémique.
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Pour les décideurs publics, la priorité immédiate consiste à garantir l’approvisionnement en produits de première nécessité et à maîtriser l’impact budgétaire des mesures de soutien. Pour le secteur agricole et les coopératives, la période appelle à préparer la campagne culturale suivante en capitalisant sur les réserves d’eau reconstituées et en ciblant les zones où les déficits locaux persistent. Le secteur privé (distributeurs, minoteries, importateurs) doit pour sa part veiller à la diversification des sources d’approvisionnement et à la gestion des risques logistiques qui accompagnent des importations massifiées.
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