Rapport annuel de la Cour des comptes : entre résilience économique, réformes structurelles et défis persistants

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Rapport annuel de la Cour des comptes : entre résilience économique, réformes structurelles et défis persistantsImage d'illustration. © DR

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La publication du rapport annuel de la Cour des comptes au titre de la période 2024-2025 intervient dans un contexte national et international particulièrement dense. Présenté au roi Mohammed VI, le rapport dresse un état des lieux détaillé de la gestion publique, des grands chantiers de réforme et de la performance des politiques publiques, tout en mettant en lumière les progrès réalisés et les insuffisances qui demeurent.

 

Sur le plan géopolitique, le rapport s’inscrit dans une phase qualifiée de tournant décisif pour la consécration de la marocanité du Sahara. L’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2797 en 2025 consacre, selon la Cour, la pertinence du Plan d’autonomie sous souveraineté marocaine et renforce la position du Royaume comme acteur de stabilité et de développement. Cette dynamique est appelée à favoriser l’investissement et à accélérer le développement des provinces du Sud.

Une économie nationale en amélioration progressive

Dans un environnement international marqué par l’incertitude, l’économie mondiale a enregistré une croissance de 3,3% en 2024, légèrement en retrait par rapport à 2023. L’économie marocaine, pour sa part, affiche une progression de 3,8%, portée principalement par les secteurs non agricoles, qui ont compensé la baisse de la valeur ajoutée agricole due à la persistance de la sécheresse.

L’inflation a connu un net ralentissement, s’établissant à 0,9% en 2024 contre 6,1% un an auparavant. Sur le front des finances publiques, le déficit budgétaire s’est réduit à 3,9% du PIB, tandis que l’encours de la dette du Trésor est passé de 68,7% à 67,7% du PIB. Les recettes fiscales ont progressé de manière significative, atteignant près de 338 milliards de dirhams (MMDH), soit une hausse de 14,5%.

Cette trajectoire favorable a contribué à l’amélioration de la notation souveraine du Maroc. En septembre 2025, l’agence Standard & Poor’s a relevé la note du Royaume à Investment grade, soulignant la solidité des réformes engagées et la préservation des équilibres macroéconomiques.

Lire aussi : Cour des comptes : plus de 4.400 décisions rendues sur l’audit des comptes publics

Régionalisation avancée : un chantier encore inachevé

La Cour des comptes consacre une part importante de son rapport à la régionalisation avancée, considérée comme un levier majeur de justice territoriale. Si des avancées sont relevées dans le renforcement du rôle des régions, les disparités demeurent marquées. Trois régions concentrent à elles seules près de 58,5% du PIB national, tandis que 66% des zones industrielles se situent dans cinq régions.

Le programme de réduction des disparités territoriales et sociales (2017-2023), doté de 50 MMDH, a permis l’achèvement de 82% des projets programmés. Toutefois, la Cour souligne que ces projets ont majoritairement consisté en des opérations de réhabilitation plutôt qu’en une extension réelle des infrastructures, limitant ainsi l’impact attendu en matière d’accès équitable aux services de base.

Santé et protection sociale : des progrès, mais des exigences structurelles

Le secteur de la santé figure parmi les priorités examinées. Le budget du ministère chargé de la Santé a atteint 32,6 MMDH en 2025, contre 19,7 milliards en 2019, et le nombre de médecins dépasse désormais 32 000. Malgré ces avancées, la Cour insiste sur les défis persistants liés aux ressources humaines, aux infrastructures hospitalières et à la gouvernance.

S’agissant de l’assurance maladie obligatoire, pilier central de la généralisation de la protection sociale, la Cour appelle à des réformes urgentes pour maîtriser les dépenses, diversifier les ressources et garantir la soutenabilité financière des régimes. L’amélioration de l’attractivité des établissements publics de santé et le développement de la médecine préventive sont présentés comme des conditions indispensables à la réussite de ce chantier.

Éducation : la qualité au cœur des préoccupations

Dans le domaine de l’éducation, le rapport reconnaît les progrès accomplis en matière de scolarisation, notamment en milieu rural. Néanmoins, des défis structurels persistent en ce qui concerne la qualité des apprentissages, la formation des ressources humaines et la gouvernance du système éducatif.

Lire aussi : La Cour des compte expose les défis économiques et sociaux au Maroc en 2023

La Cour plaide pour une gouvernance de proximité associant académies régionales, collectivités territoriales et société civile, afin de lutter plus efficacement contre le décrochage scolaire et d’améliorer les services d’hébergement, de restauration et de transport scolaire.

Investissement et climat des affaires : des réformes à consolider

La réforme du système d’investissement est identifiée comme un levier stratégique de croissance et de justice territoriale. Si des progrès notables ont été enregistrés, notamment dans la mise en œuvre de la feuille de route 2023-2026 pour l’amélioration du climat des affaires, des obstacles structurels subsistent. La mobilisation du foncier, la réduction du coût des facteurs de production et l’accès au financement figurent parmi les principales contraintes relevées.

La Cour recommande l’adoption d’une stratégie nationale officielle de l’investissement et l’accélération de la mise en place de l’Observatoire national de l’investissement, afin d’améliorer le suivi et l’évaluation des politiques publiques dans ce domaine.

Reddition des comptes et gouvernance publique

Le rapport met également en avant le rôle central des juridictions financières dans la promotion de la transparence et de la reddition des comptes. Entre 2024 et 2025, des amendes et des restitutions ont été prononcées à l’encontre de gestionnaires publics pour manquements aux règles de gestion. Par ailleurs, la Cour a déféré 20 dossiers à caractère pénal aux autorités judiciaires compétentes.

En matière de déclaration obligatoire de patrimoine, le niveau de conformité varie selon les catégories d’assujettis, allant de 86% à 100%. La Cour appelle à l’adoption rapide d’un cadre juridique unifié afin de renforcer l’efficacité de ce dispositif dans la prévention de la corruption.

Au-delà des constats chiffrés, le rapport annuel 2024-2025 se veut un outil au service de l’amélioration de la gestion publique. La Cour insiste sur la nécessité d’une culture axée sur les résultats, d’un suivi rigoureux des recommandations et d’une coordination renforcée entre les différents acteurs institutionnels.

Dans un contexte de poursuite des grandes réformes nationales, ce rapport confirme le rôle de la Cour des comptes comme acteur clé de la bonne gouvernance, au service d’un développement équitable et durable, conformément à l’ambition d’un Maroc sans disparités.

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