Finances publiques : des recettes en progrès, un déficit qui s’alourdit

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Le déficit budgétaire atteint 71,6 MMDH à fin novembreImage d'illustration © DR

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À fin novembre 2025, l’exécution de la loi de finances révèle un contraste marqué : d’un côté, une dynamique vigoureuse des recettes ordinaires ; de l’autre, un creusement significatif du déficit du Trésor. Les données publiées par la Trésorerie générale du Royaume dressent le portrait d’une trajectoire budgétaire portée par la fiscalité, mais sous tension en raison de la progression soutenue des dépenses et des besoins de financement.

Les recettes ordinaires brutes se sont établies à 366,1 milliards de dirhams (MMDH) à fin novembre 2025, en hausse de 15,8% par rapport à la même période de 2024. Cette évolution traduit une amélioration généralisée des principales catégories de recettes, avec une réalisation quasi intégrale des prévisions de la loi de finances (99,7%).

Les recettes fiscales, principal moteur de cette dynamique, ont atteint 319,1 MMDH, en augmentation de 15,7%. Cette progression est tirée avant tout par les impôts directs, en hausse de 22,4%, reflet d’un rendement particulièrement élevé de l’impôt sur les sociétés (IS) et, dans une moindre mesure, de l’impôt sur le revenu (IR).

L’IS s’impose comme l’un des principaux contributeurs à la hausse des recettes, avec des encaissements bruts de 78,9 MMDH, en progression de près de 30%. Cette performance intervient malgré l’augmentation sensible des restitutions, qui ont dépassé 3,3 MMDH sur les onze premiers mois de l’année. L’IR, pour sa part, affiche une croissance de 14,6%, intégrant un apport exceptionnel de 3,8 MMDH lié à l’opération de régularisation volontaire de la situation fiscale des contribuables instaurée par la loi de finances 2024.

Lire aussi: Finances publiques 2024 : résilience délicate ?

Les impôts indirects progressent plus modérément (+11,4%), portés par la TVA et les taxes intérieures de consommation. La TVA demeure la première source de financement du budget général, avec des recettes nettes avoisinant 87,9 MMDH. La TVA à l’importation progresse de 8,6%, tandis que celle perçue à l’intérieur augmente de 14,1%, malgré des remboursements élevés qui continuent de peser sur la trésorerie de l’État.

Les recettes non fiscales atteignent 47,0 MMDH, en hausse de 16,3%. Cette évolution est largement imputable à l’augmentation des versements des comptes spéciaux du Trésor et des produits des monopoles et participations de l’État, qui progressent de plus de 30%.

Plusieurs établissements publics ont contribué à cet effort, notamment Bank Al-Maghrib, OCP et l’Agence nationale de la conservation foncière. À l’inverse, l’absence de recettes de privatisation, qui avaient représenté 1,7 MMDH un an auparavant, a partiellement limité la croissance globale des ressources non fiscales.

Des dépenses en hausse soutenue

En parallèle, les dépenses ordinaires émises ont atteint 340,1 MMDH, en augmentation de 15,5%. Cette progression est quasi équivalente à celle des recettes, mais elle se combine à une forte hausse des dépenses d’investissement, ce qui accentue la pression sur les équilibres budgétaires.

Les dépenses de fonctionnement augmentent de 16,1%, sous l’effet principalement de la masse salariale et des autres biens et services. Les dépenses de personnel s’élèvent à 164,2 MMDH, en hausse de 10,4%, traduisant à la fois l’effet des revalorisations et la progression structurelle de la masse salariale. Les autres dépenses de biens et services connaissent une croissance encore plus marquée (+31,2%), en lien avec l’augmentation des transferts aux établissements publics et aux comptes spéciaux du Trésor.

Les charges en intérêts de la dette atteignent 41,9 MMDH, en hausse de 11,6%. Cette augmentation est principalement imputable à la dette intérieure, dont le coût progresse de près de 20%, alors que les intérêts de la dette extérieure reculent de 10,7%. À l’inverse, les dépenses de compensation poursuivent leur reflux, avec une baisse de 5,7%, confirmant la tendance à la rationalisation des subventions.

L’investissement public en forte accélération

Les dépenses d’investissement émises par le budget général atteignent 105,4 MMDH, en hausse de 19,4% par rapport à fin novembre 2024. Cette progression est alimentée par l’augmentation des dépenses des charges communes (+34,3%) et, dans une moindre mesure, par celles des ministères (+8,1%). L’investissement public demeure ainsi un levier central de la politique budgétaire, mais il contribue également à l’alourdissement du besoin de financement.

Lire aussi: Finances publiques : 26,8 MMDH de déficit en cinq mois

Grâce à la bonne tenue des recettes, le solde ordinaire demeure excédentaire à 25,9 MMDH, contre 21,8 MMDH un an auparavant. Toutefois, une fois intégrées les dépenses d’investissement et les opérations des comptes spéciaux du Trésor, la situation globale se dégrade.

Le déficit budgétaire du Trésor s’établit à 68,8 MMDH à fin novembre 2025, contre 45,7 MMDH un an plus tôt. Le besoin de financement atteint ainsi 89,6 MMDH, en forte augmentation.

Un recours accru au financement intérieur

Pour couvrir ce besoin, le Trésor a mobilisé un financement extérieur net positif de 24,9 MMDH, en nette amélioration par rapport à 2024. Les tirages sur financements extérieurs ont atteint 44,2 MMDH, principalement sur les marchés financiers internationaux et auprès des bailleurs multilatéraux, tandis que les remboursements du principal ont reculé.

Malgré cette évolution, le financement intérieur demeure prédominant, avec un recours net de 64,7 MMDH, essentiellement via le marché des adjudications. L’encours de la dette intérieure s’établit ainsi à 796,2 MMDH à fin novembre 2025, en hausse de 5,5% depuis le début de l’année.

Au total, les finances publiques marocaines affichent, à fin novembre 2025, une capacité notable de mobilisation des recettes, soutenue par la fiscalité domestique et les contributions des entreprises publiques.

Toutefois, l’accélération de l’investissement et la progression des charges de fonctionnement accentuent le déficit et renforcent la dépendance au financement intérieur. Dans un contexte de contraintes budgétaires et de gestion active de la dette, la soutenabilité de cette trajectoire constitue désormais un enjeu central pour la politique économique de l’État.

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