Pourquoi les jeunes diplômés parient sur la fonction publique ?
Des jeunes diplômés à la recherche d'emploi. Image d'illustration © DR
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Un baccalauréat brillant, des études toutes aussi alléchantes et un diplôme en poche, il y a encore une dizaine d’années, les jeunes diplômés se bousculaient aux portes des banques, des multinationales ou des grands groupes familiaux. A en croire Careers in Morocco, la donne a apparemment changé. Suite à une enquête menée auprès de plus de 1.000 lauréats de grandes écoles, la tendance se confirme. La fonction publique a bel et bien retrouvé ses lettres de noblesse.
Dans l’imaginaire collectif, le secteur public a longtemps souffert d’une image un peu poussiéreuse avec ses lenteurs administratives, ses salaires figés, ses carrières tracées d’avance. Or, pour la génération montante d’ingénieurs, de financiers et de jeunes managers, cette représentation ne colle plus à la réalité.
Les recrutements massifs de cadres, l’amélioration continue des salaires et les grands chantiers nationaux ont changé la donne. L’État et ses entreprises publiques se positionnent comme des employeurs compétitifs, capables d’offrir un équilibre entre stabilité, rémunération et sens donné au travail.
Pourquoi les jeunes basculent du côté public ?
On n’entre plus dans l’administration uniquement pour « sécuriser son avenir ». Les jeunes diplômés y voient aussi la possibilité de participer à des projets qui changent réellement le pays comme les nouvelles infrastructures, l’énergie, le numérique, la stratégie sportive…
Cette recherche de sens s’ajoute au constat pragmatique que plusieurs générations ont déjà fait avant ces jeunes diplômés. C’est un fait, la fonction publique offre la sécurité de l’emploi ! Outre cela, si précédemment la génération Y ne s’y attardait pas, c’était sans doute lié à une affaire de salaire. Aujourd’hui, des salaires et avantages sociaux souvent comparables, voire supérieurs, à ceux du secteur privé, surtout pour les postes qualifiés. A cela s’ajoute un équilibre vie privée-vie professionnelle que beaucoup de jeunes ne veulent plus sacrifier.
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Selon l’enquête, le ministère de l’Economie et des Finances s’impose largement, attirant 43% des diplômés interrogés. Derrière, le ministère de l’Intérieur séduit 32% des jeunes talents, notamment ceux qui s’intéressent à la gouvernance et à l’administration.
La Transition énergétique et l’Environnement (14%) attire les profils portés par l’innovation verte, tandis que l’Equipement et l’Eau (11%) reste une valeur sûre pour les ingénieurs civils. Ces choix démontrent bien que cette génération est attentive à la fois à la stabilité et aux grands enjeux du pays.
Du côté des offices et entreprises publiques, les champions de l’attractivité ne surprennent pas. L’OCP arrive en tête (41%), confirmant son aura internationale et ses projets industriels d’envergure. L’ONEE séduit par ses chantiers stratégiques dans l’énergie et l’eau, devant l’ONCF, moteur des grands projets ferroviaires. L’ONDA et MASEN complètent le peloton, reflétant l’intérêt croissant pour les secteurs aérien et énergétique durable.
Ces structures techniques, dotées de moyens importants et d’une visibilité nationale et internationale, apparaissent comme des employeurs capables de rivaliser avec les multinationales, tant en termes de rémunération que de prestige.
Le prestige et la reconnaissance sociale
Au-delà des chiffres, l’étude révèle un critère immatériel déterminant, à savoir la reconnaissance sociale. Travailler dans un ministère, un office ou une grande entreprise publique reste associé, aux yeux des familles et de la société, à un prestige que n’offre pas toujours le privé.
Les jeunes diplômés ne fuient pas le privé, mais arbitrent en fonction d’éléments nouveaux comme la stabilité, la contribution à l’intérêt général, la possibilité d’évoluer vers des postes de responsabilité. Les générations précédentes visaient prioritairement l’international ou les multinationales. La génération actuelle, elle, semble vouloir ancrer sa carrière dans le pays.
Mais il ne s’agit pas de décevoir toute une génération motivée. Pour garder nos talents au niveau national, une révision des pratiques RH n’est pas à négliger, en offrant des parcours stimulants et en évitant la lourdeur bureaucratique.
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