Banques centrales et climat : défis et enjeux du verdissement monétaire
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À travers une analyse approfondie, Christian de Boissieu examine le rôle que peuvent et doivent jouer les banques centrales dans le financement de la transition énergétique et écologique, sans compromettre leur indépendance ni l’efficacité de leur politique monétaire. Dans un contexte géopolitique tendu et marqué par des reculs des engagements climatiques, cet éclairage apporte des repères précieux sur les voies possibles du verdissement des politiques monétaires, leurs limites et les conditions de leur légitimité.
Climat, transition et incertitudes : un contexte défavorable mais incontournable
Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis a rebattu les cartes. En quittant l’accord de Paris et le Network for Greening the Financial System (NGFS), la Réserve fédérale américaine (Fed) alimente les doutes sur son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Parallèlement, l’effort militaire accru en Europe détourne les budgets publics de la transition énergétique et écologique, alors que la gouvernance mondiale du climat demeure lacunaire. Pourtant, comme le rappelle l’économiste Christian de Boissieu, le coût de l’inaction climatique reste bien supérieur à celui de l’action — un constat déjà établi par le rapport Stern en 2007 et toujours d’actualité.
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Traditionnellement focalisées sur la stabilité monétaire et financière, les banques centrales voient leur mission se complexifier. Si certaines, comme la Fed, refusent explicitement d’endosser un rôle climatique sans mandat législatif, d’autres s’engagent plus activement. La Banque centrale européenne (BCE), par exemple, a intégré des critères climatiques dans ses achats de titres et ses règles de collatéral. Toutefois, le positionnement des banques centrales reste ambigu. Pour Christian de Boissieu, elles doivent au minimum être des facilitatrices de la transition.
La transition énergétique et écologique, un choc inflationniste temporaire ?
La transition vers une économie décarbonée induit inévitablement des tensions sur les prix, notamment à cause de la hausse du coût des énergies fossiles, de la flambée des minéraux stratégiques et de certaines pénuries sectorielles. Cependant, les modèles macroéconomiques restent partagés : selon certaines projections, ces tensions pourraient rester limitées. Faut-il dès lors relever l’objectif d’inflation à 3% ? Christian de Boissieu rappelle que ce choix dépend de la durée et de l’ampleur du choc inflationniste qui, s’il est transitoire, ne justifierait aucun ajustement durable de la cible actuelle.
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Les banques centrales ont été sensibilisées aux enjeux climatiques avant tout sous l’angle de la stabilité financière. Les risques physiques, comme les événements climatiques extrêmes, et les risques de transition, tels que les chocs de marché liés à la dévalorisation d’actifs carbonés, pourraient déstabiliser l’ensemble du système financier. Le Comité de Bâle s’est saisi de la question dès 2023, imposant des exigences de transparence, même si leur intégration dans les ratios réglementaires reste à venir.
Des instruments classiques à des usages verts
Le verdissement de la politique monétaire ne suppose pas nécessairement un changement de mandat, mais plutôt une réorientation des instruments existants. Trois canaux sont identifiés, dont le refinancement des banques. Christian de Boissieu cite, à ce titre, l’exemple des banques centrales du Japon, de la Chine ou de la Hongrie, qui appliquent déjà des taux préférentiels pour les prêts verts. La BCE, sous la pression d’ONG comme Reclaim Finance (2025), hésite encore à franchir le pas.
Ensuite, les achats d’obligations vertes. Bien que le quantitative easing (QE) général soit en recul, la BCE et d’autres banques centrales continuent à privilégier les green bonds dans leurs portefeuilles. Leur poids est passé de 13% à 20% dans l’actif de la BCE entre 2022 et 2023, avec un objectif de 25% en 2025.
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Concernant la politique de collatéraux, les banques centrales peuvent favoriser les titres « verts » via des décotes différenciées ou en excluant les actifs « bruns ». En 2022, un tiers des banques centrales membres du NGFS avaient adapté leurs politiques de collatéral en ce sens.
Toutefois, ces outils se heurtent à plusieurs contraintes, notamment le cycle monétaire. Christian de Boissieu explique qu’une politique monétaire accommodante facilite le verdissement, tandis qu’en phase restrictive, l’effet est inverse. D’où la nécessité d’un pilotage pragmatique, attentif au cycle économique.
Par le biais de la fiabilité des taxonomies, Christian de Boissieu insiste sur l’importance cruciale d’une classification robuste et partagée des activités durables. Or, à ce jour, 47 taxonomies coexistent, parfois divergentes. L’interopérabilité et la lutte contre le greenwashing deviennent des enjeux urgents.
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Ou encore, la cohérence des objectifs selon la règle de Tinbergen. Concrètement, chaque objectif doit correspondre à un instrument. L’élargissement des mandats sans nouveaux outils crée un risque de déséquilibre et de perte de lisibilité de la politique monétaire.
Dans ce sens, Christian de Boissieu conclut son analyse par une série de recommandations :
– Le climat doit rester un objectif secondaire, sans compromettre la stabilité monétaire.
– Éviter tout financement monétaire massif de la transition énergétique et écologique ; la création monétaire doit rester marginale et maîtrisée.
– L’action doit passer par une gestion active du bilan, et non par une multiplication des objectifs.
– La sélectivité verte des interventions doit rester modérée pour ne pas nuire à l’efficacité globale de la politique monétaire.
– La réforme des taxonomies et le recours aux notations extra-financières sont essentiels.
– La coopération internationale demeure indispensable, malgré le retrait temporaire des États-Unis.
En posant un diagnostic à la fois rigoureux et nuancé, Christian de Boissieu éclaire un débat crucial : comment concilier impératifs écologiques et orthodoxie monétaire. Son analyse, plus que jamais d’actualité dans le contexte politique mouvant de 2025, rappelle que la transition écologique ne saurait être menée sans une coordination étroite des politiques économiques, financières et monétaires.
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