Gaza : le monde arabe se ligue contre Donald Trump

Mbaye Gueye

Temps de lecture :

Trump prononcera un discours à l’ONU le 23 septembreLe président américain, Donald Trump © DR

A
A
A
A
A

La proposition de Donald Trump de déplacer les Palestiniens de Gaza vers l’Égypte et la Jordanie a provoqué un tollé dans le monde arabe. Une mobilisation rare et unanime des pays de la région s’est formée pour rejeter cette vision. Même les alliés traditionnels de Washington s’opposent fermement à ce projet, dénonçant une menace directe contre les droits des Palestiniens.

Pour une fois, les pays arabes sont d’accord sur une chose, un fait suffisamment rare pour être souligné. Grâce à Donald Trump, ils sont tous montés au créneau pour contester la déclaration du président américain. Ce dernier a émis le souhait de prendre le contrôle de la bande de Gaza. Selon lui, cela permettrait le développement économique de la zone. Pour ce faire, il envisage de déplacer tous les Palestiniens qui y habitent.

Cette annonce est intervenue lors de la visite du premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, la première à la Maison-Blanche d’un dirigeant étranger depuis le retour au pouvoir du milliardaire républicain.

Donald Trump a toujours fait preuve d’un soutien inconditionnel à Israël. Mais avec son projet de «prise de contrôle» de Gaza, le président américain franchit un cap, ravivant le spectre d’un néo-impérialisme aux accents brutaux. Derrière l’idée d’une «reconstruction» se cache une tentative de refonte géopolitique où les Palestiniens seraient temporairement exilés, tandis que les États-Unis, en maîtres d’ouvrage, imposeraient leur vision de l’avenir de l’enclave.

Lire aussi : La Ligue arabe réagit aux propos de Donald Trump sur le Gaza

Interrogé plus tard par Fox News sur le sort des Gazaouis, il a affirmé qu’ils ne seraient pas autorisés à revenir. Malgré les tentatives de l’administration américaine de minimiser ses déclarations, notamment par la Maison-Blanche et le secrétaire d’État, Donald Trump a maintenu sa position lors de la conférence de presse avec Benyamin Netanyahu.

Par ailleurs, il a accentué la pression sur la Jordanie et l’Égypte, pays ciblés pour accueillir les 2,1 millions d’habitants de Gaza. Il a menacé de réduire, voire de supprimer l’aide économique américaine à ces nations si elles refusaient d’accepter les déplacés palestiniens.

Le roi Abdallah II de Jordanie rencontre Donald Trump

Cette menace survient alors que le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël demeure fragile. Donald Trump a averti qu’un «véritable enfer» s’abattrait si le Hamas ne libérait pas les otages prévus dans l’accord d’ici samedi.

C’est dans ce contexte que le locataire de la Maison-Blanche a rencontré le roi Abdallah II de Jordanie. Ce dernier s’est exprimé plus fermement sur X, réaffirmant son «opposition au déplacement des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie» occupée, une position partagée par l’ensemble des pays arabes.

Même les amis les plus proches de Washington sont vent debout contre cette proposition, et des pays comme l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar déploient d’intenses efforts diplomatiques pour tenter de la bloquer.

 Lire aussi : Gaza : le Qatar et l’Égypte en médiation pour préserver l’accord de cessez-le-feu

La Jordanie, qui accueille déjà 2,3 millions de réfugiés palestiniens, a également adopté une position intransigeante. Le roi Abdallah II et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi ont réaffirmé leur unité, appelant au lancement immédiat du processus de reconstruction à Gaza, sans déplacement de population.

De son côté, l’Arabie saoudite a réitéré son engagement en faveur de la création d’un État palestinien et dénoncé toute tentative de déplacement forcé des Palestiniens. Les Émirats arabes unis, malgré leur accord de normalisation avec Israël en 2020, se sont rangés du côté des opposants, affirmant que les droits du peuple palestinien ne pouvaient être compromis. De même, Bahreïn a rappelé son soutien à une solution à deux États qui garantirait la coexistence avec Israël.

Une unité rare dans le monde arabe

Ce consensus est inhabituel dans une région souvent divisée par des intérêts géopolitiques divergents. Le Liban, par la voix de son président Joseph Aoun, s’est opposé à tout déplacement des Palestiniens. Ahmad al-Chareh, président par intérim de la Syrie, a également dénoncé le projet de Donald Trump comme un «crime très grave».

Pour certains analystes, le message du monde arabe est clair : toute tentative de déplacement forcé des Palestiniens est inacceptable, et la seule solution viable reste la création de deux États. Tout autre scénario est hors de propos.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Christophe Leribault nommé à la tête du Musée du Louvre

Monde - Emmanuel Macron annonce la nomination de Christophe Leribault au Musée du Louvre, marquant un tournant culturel en France.

Mouna Aghlal - 25 février 2026
Climat : les scientifiques réévaluent El Niño et La Niña

Monde - La hausse brutale des températures mondiales depuis 2023 pourrait s’expliquer par un déséquilibre énergétique accru, lié à l’enchaînement inhabituel entre La Niña et El Niño.

Ilyasse Rhamir - 25 février 2026
UE : 221 expulsions « illégales » par jour aux frontières européennes en 2025, selon une ONG

Monde - Un rapport dénonce la poursuite de refoulements « illégaux » aux frontières de l’Union européenne (UE) en 2025, avec au moins 80 865 cas recensés, soit 221 par jour.

El Mehdi El Azhary - 25 février 2026
Washington envisage d’imposer aux banques la vérification de la citoyenneté de leurs clients

Monde - L’administration américaine envisagerait d’obliger les banques à vérifier la citoyenneté de leurs clients, actuels et futurs.

Mouna Aghlal - 25 février 2026
France : 294 communes reconnues en catastrophe naturelle

Monde Après des semaines de pluies exceptionnelles et de crues persistantes, près de 300 communes obtiennent la reconnaissance de catastrophe naturelle.

Ilyasse Rhamir - 25 février 2026
Mondial 2026 : la présidente du Mexique assure que la sécurité sera « garantie » à Guadalajara

Monde - La présidente du Mexique Claudia Sheinbaum assure la sécurité des matches du Mondial-2026 à Guadalajara malgré une vague de violences déclenchée par la mort du chef du cartel CJNG, Nemesio Oseguera.

El Mehdi El Azhary - 24 février 2026
Voir plus
Israël-Iran : et si ce n’était que le début ?

Monde - Les frappes israéliennes ont endommagé certaines infrastructures, mais elles n’ont pas neutralisé le programme nucléaire iranien.

Sabrina El Faiz - 14 juin 2025
Kabylie : proclamation officielle de l’indépendance de la République fédérale à Paris

Monde-Réunis à Paris, les responsables du MAK ont proclamé officiellement l’indépendance de la Kabylie.

Rédaction LeBrief - 14 décembre 2025
La CPI et immunités d’État : le cas Netanyahu et les ambiguïtés du droit international. Interview

Monde - La France, le 27 novembre, qui a souligné pour la première fois l’immunité de Benjamin Netanyahu, en raison du statut d’Israël, non partie au Statut de Rome

Farah Nadifi - 28 novembre 2024
Titres de séjour en France : nouvelles conditions pour l’obtenir

Monde-A compter du 1er janvier prochain, la réussite à un examen civique deviendra obligatoire pour l’obtention d’une carte de séjour pluriannuelle.

Rédaction LeBrief - 15 décembre 2025
Palestine : qui reconnaît, qui hésite et qui refuse ?

Monde - Depuis plus de trois décennies, la question de la reconnaissance de la Palestine divise et interpelle la communauté internationale.

Hajar Toufik - 24 septembre 2025
Fumée blanche : un pape élu

Monde - De la fumée blanche s'est échappée jeudi à 18H08 (17H08) de la chapelle Sixtine au Vatican, annonçant l'élection d'un nouveau pape pour succéder à François.

Sabrina El Faiz - 8 mai 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire