Trump et Gaza : du chaos à la «Riviera du Proche-Orient» ?
Donald Trump, président des États-Unis © DR
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Donald Trump a toujours fait preuve d’un soutien inconditionnel à Israël. Mais avec son projet de « prise de contrôle » de Gaza, le président américain franchit un cap, ravivant le spectre d’un néo-impérialisme aux accents brutaux.
Derrière l’idée d’une « reconstruction » se cache une tentative de refonte géopolitique où les Palestiniens seraient temporairement exilés, tandis que les États-Unis, en maîtres d’ouvrage, imposeraient leur vision du futur de l’enclave. Si la Maison-Blanche tente d’édulcorer ces propos, les réactions internationales ne se sont pas fait attendre.
Un alignement total avec Israël
Lors de son premier mandat (2017-2021), Donald Trump avait déjà démontré un appui sans faille à Israël : transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, négociation des accords d’Abraham. Mais cette fois, l’engagement prend une tournure plus radicale.
Le 4 février, lors d’une conférence de presse à Washington aux côtés de Benjamin Netanyahu, Trump a déclaré que les États-Unis allaient « prendre possession » de Gaza, y « éliminer les ruines » et transformer la région en une « Riviera du Proche-Orient ».
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Une vision qui ignore totalement les droits des Palestiniens sur leur propre territoire et qui a provoqué un tollé diplomatique.
Derrière ces déclarations, c’est toute une doctrine qui se dessine : celle d’un soutien total à la politique israélienne, même au prix d’une négation absolue des aspirations palestiniennes à l’autodétermination.
Un exil temporaire qui pourrait devenir définitif
Le projet américain ne se limite pas à la reconstruction de Gaza. Donald Trump a suggéré que les Palestiniens devraient quitter temporairement l’enclave pour permettre ces travaux. Selon lui, la Jordanie et l’Égypte devraient accueillir les réfugiés palestiniens jusqu’à la fin des opérations.
Mais cette proposition se heurte à un rejet catégorique des pays concernés. Le Caire et Amman ont immédiatement réaffirmé qu’ils ne serviraient pas de refuge aux déplacés gazaouis, par crainte d’une normalisation du déplacement et d’une impossibilité pour ces populations de rentrer chez elles. L’histoire du conflit israélo-palestinien est remplie d’exils « temporaires » qui se sont transformés en exil définitif.
Face à la controverse, la Maison-Blanche a tenté d’atténuer les déclarations de Trump. Sa porte-parole, Karoline Leavitt, a affirmé que les États-Unis ne financeraient pas la reconstruction de Gaza avec l’argent des contribuables américains, précisant que « cela ne signifie pas que des troupes américaines seront déployées sur le terrain ».
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Elle a toutefois confirmé que Washington « s’attend à ce que ses partenaires régionaux », notamment l’Égypte et la Jordanie, « acceptent temporairement des réfugiés palestiniens ».
Le secrétaire d’État Marco Rubio a de son côté présenté cette prise de contrôle comme un « geste généreux », insistant sur le fait que les Palestiniens pourraient revenir dans un Gaza transformé et modernisé.
Mais pour de nombreux observateurs, cette rhétorique humanitaire masque une réalité bien plus brutale : un déplacement forcé sous couvert de reconstruction, ouvrant la porte à une reconfiguration totale de Gaza sous contrôle américano-israélien.
L’Arabie saoudite : un obstacle majeur à ce projet
L’annonce de Trump intervient alors que les États-Unis poussent depuis des mois pour une normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite. Cette initiative, qui devait être le grand coup diplomatique de Washington au Proche-Orient, se heurte aujourd’hui à un blocage.
Riyad a réaffirmé sa position intransigeante sur la question palestinienne, déclarant que toute normalisation avec Israël restait conditionnée à la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale.
Dans un communiqué officiel, le ministère saoudien des Affaires étrangères a insisté sur le fait que cette position était « ferme et inébranlable », et qu’elle « n’était ni négociable ni sujette à marchandages ».
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Le refus saoudien complique sérieusement les ambitions de Trump et de Netanyahu. L’Arabie saoudite, qui était considérée comme la pierre angulaire d’un nouvel ordre régional pro-américain, s’oppose désormais frontalement à toute solution qui ne garantirait pas les droits des Palestiniens.
Ce désaccord renforce l’isolement d’Israël et fragilise les projets américains dans la région. Si Riyad refuse de suivre la ligne de Washington, il sera difficile pour Trump d’imposer son plan sans provoquer une crise majeure avec le monde arabe.
Un projet qui rappelle les erreurs du passé
L’idée d’un remodelage américain du Proche-Orient n’est pas nouvelle. L’histoire récente est marquée par des interventions militaires désastreuses en Irak et en Afghanistan, où les États-Unis ont tenté d’imposer leur vision d’une reconstruction post-conflit. Ces expériences se sont soldées par des milliards de dollars dépensés, des guerres prolongées et une instabilité durable.
En proposant de « prendre le contrôle » de Gaza, Trump reproduit un schéma qui a échoué à maintes reprises. La solution au conflit israélo-palestinien ne viendra pas d’une tutelle étrangère imposée par la force, mais d’un dialogue politique garantissant les droits de chaque peuple.
Mais en l’état, la vision de Trump ne laisse aucune place à un règlement équitable. Son projet s’inscrit dans une logique de domination et d’expulsion, plutôt que dans une volonté de construire une paix durable.
Un avenir incertain pour Gaza
Alors que Gaza reste en ruines après plus de 16 mois de guerre, l’annonce de Trump ajoute une nouvelle incertitude à l’avenir du territoire.
Les États-Unis peuvent-ils réellement « prendre possession » d’un territoire sans l’aval de ses habitants et sans provoquer une opposition massive ?
L’Arabie saoudite acceptera-t-elle de normaliser ses relations avec Israël dans ces conditions ?
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Et surtout, les Palestiniens accepteront-ils de voir leur sort décidé par Washington et Tel-Aviv, sans aucune prise en compte de leurs aspirations nationales ?
Si l’histoire du conflit israélo-palestinien a prouvé une chose, c’est que toute tentative de nier les droits des Palestiniens finit par engendrer plus de résistance que de solutions.
Trump prétend avoir une vision pour Gaza. Mais est-ce une vision d’avenir, ou le prélude à une nouvelle catastrophe ?
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