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Erdogan cible les villes frontalières syriennes et provoque un exode

Les forces turques et ses alliées se sont heurtées ce vendredi 11 octobre à une résistance kurde acharnée alors qu’elles se battaient pour s’emparer de villes frontalières clés.

Par Nora Jaafar, Publié le 11/10/2019 à 14:09, mis à jour le 30/12/2019 à 20:25
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Le président américain Donald Trump, dont l’ordre de retirer les troupes américaines de la frontière cette semaine a déclenché cette opération, a déclaré que Washington cherche à négocier une trêve. Cette troisième offensive turque, depuis le début de la guerre en Syrie, a fait l’objet d’une condamnation internationale féroce, notamment parmi les alliés de Trump, pour ce que beaucoup considèrent comme une trahison d’un fidèle allié. En effet, les forces kurdes étaient le principal partenaire terrestre de la coalition dirigée par les États-Unis pendant les années de lutte contre le groupe de l’État islamique et son « califat », désormais dissous.

 

Le risque que des milliers de djihadistes encore détenus puissent se libérer à la suite de l’attaque turque pourrait encore inciter la communauté internationale à agir. Mais deux jours après le début de l’opération « Printemps de la Paix », les Forces démocratiques syriennes (SDF) se défendent elles-mêmes, essayant de repousser de multiples attaques terrestres le long d’un segment d’environ 120 kilomètres (75 miles) de la frontière. « Les combats entre les SDF et les Turcs sont intenses sur différents fronts, principalement celui de Tal Abyad à Ras Al Ain », a déclaré l’Observatoire syrien des droits de l’homme. L’observateur de guerre basé en Grande-Bretagne a indiqué que les forces turques et leurs mandataires syriens — pour la plupart d’anciens rebelles arabes sunnites — déploient des attaques aériennes, des tirs d’artillerie lourde et de roquettes.

 

Exode

Les contre-attaques kurdes ont conduit à la reprise de deux des 11 villages qu’ils avaient perdus depuis le début de l’assaut lancé ce mercredi par les Turcs. Un correspondant de l’AFP dans la région de Ras Al Ain a affirmé que de nouvelles unités d’anciens rebelles syriens ont été mobilisées pour briser la résistance kurde. Selon le moniteur de guerre, au moins 10 civils et 29 combattants des SDF ont été tués depuis le lancement de l’offensive. Tandis que l’armée turque a annoncé son premier décès ce vendredi.

 

Ras Al Ain, Tal Abyad et d’autres villes frontalières ont été presque vidées de leur population lors d’une énorme vague de déplacements. La plupart des 70 000 personnes, dont les Nations Unies ont confirmé qu’elles avaient été évacuées, se sont dirigées vers la ville de Hasakeh, qui n’a pas été prise pour cible par la Turquie.

 

Par ailleurs, Erdogan veut créer un tampon entre la frontière et le territoire contrôlé par les forces kurdes syriennes, qui ont des liens avec les séparatistes kurdes de Turquie. Il prévoit également d’utiliser cette zone, pour renvoyer en toute sécurité une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens qui vivent sur le sol de son pays. Cette région serait ainsi sous contrôle turc et gérée par des mandataires syriens et redessinerait durablement la carte ethnique de cette zone.

 

Un cessez-le-feu ?

Jeudi sur Twitter, Trump a déclaré qu’il espère « négocier un accord entre la Turquie et les Kurdes » — affirmant que les alternatives seraient d’envoyer « des milliers de soldats ou d’infliger des sanctions sévères à la Turquie ». Un responsable américain a ainsi expliqué que le président américain a demandé à des diplomates d’essayer de négocier un accord de cessez-le-feu et a souligné que des sanctions contre Téhéran ne sont pas justifiées à ce stade.

 

Interrogé sur les actions qui violeraient l’avertissement de Trump, le responsable américain a déclaré qu’elles incluraient le « nettoyage ethnique... des tirs d’artillerie, d’air et d’autres feux aveugles dirigés contre des populations civiles ».


Le président russe Vladimir Poutine a de son côté soulevé qu’il doutait que la Turquie soit en mesure de garantir que les prisonniers de l’État Islamique restent derrière les barreaux. Selon l’administration kurde, quelque 12 000 hommes sont incarcérés dans sept centres de détention situés dans des zones sous contrôle kurde.

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