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Diplomatie : le Maroc toujours en froid avec l’Espagne et l’Allemagne

Bien qu’invité par Joe Biden, président américain, au deuxième sommet de Berlin sur la Libye, le Maroc n’a pas participé à cette réunion, en raison de son litige avec le gouvernement allemand. De plus, le Royaume ne montre aucun signe de désescalade au sujet de son conflit avec l’Espagne, malgré les "efforts" déployés par Madrid pour désamorcer la situation. Ces différends diplomatiques sont liés à la position défavorable des deux pays européens quant à la question du Sahara marocain et à la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.

Par Nora Jaafar, Publié le 24/06/2021 à 15:00, mis à jour le 24/06/2021 à 16:00          Temps de lecture 5 min.
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Diplomatie : le Maroc toujours en froid avec l’Espagne et l’Allemagne

Pour le Maroc, la question du Sahara est une grande ligne rouge à ne pas franchir. En effet, en raison de la position défavorable de l’Allemagne à ce sujet, entre autres, le Royaume n’a pas participé ce mercredi 23 juin au deuxième sommet de Berlin sur la Libye, et ce, bien qu’il ait été invité par le président américain Joe Biden. En conviant cette année le Maroc à cette conférence, après l’avoir écarté de celle qui s’est tenue en janvier 2020 malgré son engagement dans la résolution de la crise libyenne, le pays de la chancelière Angela Merkel a tenté de désamorcer les tensions entre Berlin et Rabat. Des tensions qui ont été provoquées non seulement par l’exclusion du Maroc de la première réunion sur la Libye, mais aussi par la décision de l’Allemagne de convoquer un meeting en urgence fin 2020 au Conseil de sécurité pour contester la reconnaissance des États-Unis de la marocanité du Sahara. Selon Hespress FR, le Royaume, qui n’a pas réagi à la suite de l’invitation américano-allemande et n’a envoyé aucune délégation à Berlin, souhaite démontrer que le différend avec l’Allemagne est toujours d’actualité.

Par ailleurs, ce sont bien les propositions et recommandations liées à la crise en Libye que le Maroc a longtemps défendues qui ont été présentées lors de la réunion de ce mercredi. La cheffe de la diplomatie libyenne, Najla Al-Mangoush, a indiqué à la fin de cette conférence de haut niveau que le gouvernement intérimaire libyen veut voir les mercenaires étrangers quitter le pays. Un départ qui, selon elle, interviendra alors que la politique du pays commence à se stabiliser grâce aux nombreux rounds de discussions inter-libyennes menées en Suisse, en Égypte et au Maroc. «Nous avons fait des progrès en ce qui concerne les mercenaires et nous espérons que dans les jours à venir, les mercenaires se seront retirés des deux côtés», a-t-elle déclaré. La responsable fait ainsi référence aux milices russes soutenant le général Khalifa Haftar déployées dans l’Est du pays et les soldats turcs présents à Tripoli et alliés du Gouvernement national d’entente (GNE) soutenu pas les Nations Unies (ONU). Le texte final de la conférence a d’ailleurs insisté sur le fait que «toutes les forces étrangères et les mercenaires doivent être retirés de la Libye sans délai».

Notons que le retrait des forces étrangères et la fin de l’ingérence internationale en Libye ont été préconisés à plusieurs reprises par le Maroc lors des rounds de pourparlers inter-libyens tenus dans le Royaume et en Suisse. «Le Maroc n’a aucun intérêt dans ce pays, son seul et unique intérêt réside dans le règlement pacifique et politique du conflit libyen. Il faut que les ingérences étrangères et les armes cessent, en laissant la place aux frères libyens pour régler eux-mêmes leurs problèmes», n’a d’ailleurs cessé de plaider le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita.

 

Les efforts vains de l’Espagne

S’agissant de la crise diplomatique avec l’Espagne, le silence du Maroc prouve son irritation face aux "efforts" et aux "manoeuvres" du gouvernement de Pedro Sanchez de calmer les tensions entre les deux pays. Il faut rappeler que les choses ne se sont pas arrangées après la fin de l’épisode chaotique de la collusion entre Madrid, Alger et le Polisario pour faire rentrer discrètement Brahim Ghali, chef des séparatistes, dans la péninsule ibérique pour un traitement post-infection à la Covid-19 puis pour le reconduire en Algérie après un passage éclair devant la justice espagnole. Dans cette affaire, le Royaume a prévenu que les agissements et l’attitude de l’Espagne ont brisé la confiance et les relations amicales qui liaient les deux pays.

De plus, le gouvernement ibérique a aggravé la situation en procédant à des manipulations peu éthiques. Il a affirmé que la migration clandestine et la récente crise migratoire de Sebta sont à l’origine de son conflit avec le Maroc. Il est même allé jusqu’à convaincre le Parlement européen que le Royaume a «utiliser les migrants mineurs comme un “moyen de pression politique”». Pire encore, la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzales Laya, a discuté avec son homologue américain, Anthony Blinken, sur la question du Sahara marocain, et lui aurait demandé d’annuler la proclamation de la reconnaissance de la marocanité des provinces du Sud actée par l’administration du président sortant Donald Trump.

Face aux hostilités espagnoles, le Maroc a exclu l’Espagne de son importante opération de transit Marhaba 2021. Une exclusion qui pourrait couter à Madrid jusqu’à 1,5 milliard d’euros cet été. En outre, certains médias espagnols ont également souligné que l’avenir de l’accord de pêche, signé par le Royaume et l’Union européenne, et qui profite à 70% à l’Espagne, est aujourd’hui incertain, menaçant ainsi l’emploi de quelques milliers de travailleurs espagnols opérant dans ce secteur.

Dans un ultime effort de reprendre ses relations avec le Maroc, le gouvernement espagnol cherche à convaincre les États-Unis d’intervenir en tant que médiateur tout en faisant valoir que l’une des causes du conflit est le flux de migrants. La cheffe de la diplomatie ibérique a également indiqué ce week-end que son pays «est disposé à examiner toute solution proposée par le Maroc pour le règlement de la question du Sahara» et a même accepté de "réviser" sa position du plan d’autonomie.

 

Pour conclure, désormais, surtout après la reconnaissance américaine, le Royaume se montre intransigeant quand il s’agit du Sahara. Et comme Nasser Bourita l’a si bien dit : «le Maroc d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier et désormais, tout pays qui s’affiche contre notre intégrité territoriale, est considéré comme étant ennemi et nous devons agir en conséquence».

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