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Gaza : un cessez-le-feu de façade, mais toujours autant de désaccords

Suite à des négociations entre Israël et le Hamas, conduites par l’Égypte, un cessez-le-feu entre les deux parties a débuté dans la nuit de jeudi à vendredi. Médiateur incontournable dans le conflit depuis plusieurs années, Le Caire est chargé de veiller au respect de cette trêve entre les deux belligérants. Cette période de répit, aussi fragile qu’elle l’était auparavant, a été saluée par la communauté internationale. Une décision qui ouvre la voie à la reconstruction de Gaza, théâtre d’affrontements depuis 11 jours.

Par Khansaa Bahra, Publié le 21/05/2021 à 13:57, mis à jour le 21/05/2021 à 18:15          Temps de lecture 9 min.
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Israël et le groupe armé palestinien du Hamas vont débuter vendredi à 02h (jeudi 23h GMT) une trêve dans la bande de Gaza © Ronen Zvulun

Ce vendredi 21 mai à l’aube, le condensé de l’horreur à Gaza a trouvé son terme. Le calme est revenu dans toute la bande, avec l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu. Ceci intervient après que «le cabinet [de sécurité israélien] ait validé à l’unanimité la recommandation de l’ensemble des responsables sécuritaires […] d’accepter l’initiative égyptienne de cessez-le-feu bilatéral sans condition», ont indiqué dans un communiqué les autorités israéliennes. Dans la bande de Gaza, le Hamas et le Jihad islamique, second groupe islamiste armé de l’enclave, ont confirmé l’entrée en vigueur d’une trêve «mutuelle et simultanée».

Lire aussi : Gaza : entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile

Ainsi, un accord de cessez-le-feu entre l’État hébreu et le mouvement islamiste est entré en vigueur vendredi à 2h du matin, l’heure fixée par les médiateurs égyptiens. Il met fin à 11 jours de combats intensifs dans la bande de Gaza.

 

Un accord fragile, sans vainqueur ni vaincu

Malgré cette lueur d’espoir, rien ne garantit que cette accalmie tienne dans les prochains jours. En effet, les deux parties ont accepté un cessez-le-feu dénué de préconditions. Sans vainqueur et sans qu’Israël et le Hamas ne s’accordent sur le moindre terme.

Le ministre de la Défense israélienne, Benny Gantz, a déclaré que «la réalité sur le terrain déterminera la poursuite de la campagne». Osama Hamdan, un haut responsable du Hamas, a, quant à lui, déclaré que le mouvement islamiste avait reçu des assurances concernant la politique israélienne à l’égard du quartier palestinien de Cheikh Jarrah et du mont du Temple à Al-Qods-Est. Une déclaration «complètement fausse», selon Gantz.

Ainsi, cette trêve est «fragile», commente le quotidien The Times of Israel, qui décrit un accord dont «la nature ténue a été soulignée par la poursuite des violences et des menaces jusqu’à quelques minutes avant l’heure limite». Une information confirmée par les correspondants de l’AFP, qui rapportent que dans l’heure avant l’entrée en vigueur de la trêve, des habitants de la bande de Gaza faisaient toujours état de bombardements et des sirènes d’alarme prévenaient toujours des habitants du sud d’Israël de tirs de roquettes. Toutefois, dès l’entrée en vigueur de la trêve, «des milliers de personnes» se sont massées dans les rues à Gaza et dans les territoires palestiniens pour célébrer le cessez-le-feu, brandissant des drapeaux et formant un V avec leurs doigts en signe de victoire, révèle la chaîne qatarie Al-Jazeera.

D’ailleurs, malgré ce cessez-le-feu, de nouveaux heurts ont éclaté, ce vendredi après la grande prière musulmane, entre des fidèles palestiniens et des policiers israéliens sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est occupée. Ceci intervient deux semaines après des accrochages similaires qui ont conduit à ces 11 jours de violences. Selon la police et des journalistes de l’AFP sur place, des projectiles ont été lancés en direction des forces israéliennes présentes sur l’esplanade, troisième lieu saint de l’islam, en faisant état d’une «émeute».

 

L’Égypte, médiateur incontournable

Cette trêve a été négociée suite à d’intenses efforts internationaux pour mettre fin à la flambée de violences. Pièce centrale dans la médiation de ce conflit depuis plusieurs années, l’Égypte a négocié cet accord. D’ailleurs, Le Caire sera chargé de veiller au respect de ce cessez-le-feu, précisent les autorités égyptiennes. L’Égypte va envoyer deux délégations à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens pour notamment surveiller la mise en œuvre de la trêve pour maintenir des conditions stables de manière permanente.

Depuis plusieurs jours, la diplomatie s’active sur le terrain et en coulisses pour tenter de mettre un terme à l’escalade militaire meurtrière. Toutefois, personne ne peut jouer le rôle que l’Égypte joue. Depuis plusieurs années, et encore plus ces dernières semaines, ce pays apparaît comme un interlocuteur clé dans ce nouveau conflit. Depuis l’accord de paix signé en 1979, le pays actuellement dirigé par Abdel Fatah al-Sissi est un interlocuteur privilégié d’Israël avec qui il a des relations pacifiques. D’ailleurs, l’Égypte reconnaît Israël en tant qu’État. Seul pays à avoir une frontière avec Israël et Gaza, il ne s'est jamais militairement engagé dans le conflit israélo-palestinien. Avec la Palestine, le président égyptien entretient d’excellentes relations, notamment avec Mahmoud Abbas. En revanche, il est hostile au mouvement islamiste du Hamas.

 

La communauté internationale salue le cessez-le-feu

«Le monde observe» le début de la trêve après des jours de combats meurtriers, titre The New York Times. La communauté internationale a salué la trêve décidée par Israël et le Hamas à Gaza. Le Royaume-Uni a loué l’accord de cessez-le-feu et a appelé toutes les parties à le rendre «durable». «Toutes les parties doivent travailler pour rendre le cessez-le-feu durable et mettre fin à l’inacceptable cycle de violence et de pertes de vies humaines», a tweeté Dominic Raab, ministre britannique des Affaires étrangères, ajoutant que son pays soutient «les efforts pour parvenir à la paix». Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies (ONU), a de son côté appelé à une «reconstruction et un rétablissement rapides et durables qui soutiennent le peuple palestinien et renforcent ses institutions». «Gaza fait partie intégrante du futur État palestinien et aucun effort ne doit être épargné pour parvenir à une véritable réconciliation nationale qui mette fin à la division», a-t-il ajouté. Il a ainsi appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à s’attaquer aux causes profondes du conflit.

Lire aussi : Israël-Palestine : les violences se poursuivent malgré les appels au cessez-le-feu

Jeudi soir, le président américain Joe Biden a également loué, dans un discours prononcé depuis la Maison-Blanche, ce qu’il a décrit comme un cessez-le-feu «mutuel et inconditionnel» entre Israël et le Hamas. Il a affirmé qu’il s’était entretenu avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’avait «félicité pour sa décision de mettre fin aux hostilités en moins de 11 jours». Soulignant que son pays soutient «pleinement le droit d’Israël à se défendre contre les tirs de roquettes aveugles du Hamas et d’autres groupes terroristes», il a également fait l’éloge du président égyptien et de ses hauts responsables pour avoir négocié le cessez-le-feu. Adressant ses condoléances à «toutes les familles, israéliennes et palestiniennes» qui «méritent de vivre en sécurité», il a révélé que les États-Unis fourniraient «une aide humanitaire rapide à Gaza» dans le cadre d’un «partenariat total avec l’Autorité palestinienne, de manière à ne pas permettre au Hamas de simplement réapprovisionner son arsenal militaire».

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Une trêve... mais à quel prix ?

Cet accord fragile témoigne que les deux parties estiment chacune avoir atteint leur but de guerre, au prix de centaines de morts. Israël a mené des centaines de frappes aériennes et plusieurs frappes terrestres à Gaza depuis le début de ce cycle de violences, lundi dernier. De leur côté, le Hamas et le Jihad ont lancé plus de 4.300 roquettes vers Israël, des tirs d’une intensité inégalée contre l’État hébreu, qui dispose d’un bouclier antimissile ayant permis d’intercepter 90% de ces projectiles.

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Le lourd bilan humain fait de ce conflit la confrontation la plus meurtrière dans la région depuis 2014. Alors que les attaques transfrontalières s’étaient poursuivies tout au long de la journée de jeudi, le bilan côté palestinien, depuis le début de ce nouveau cycle d’affrontements le 10 mai, s’élevait à 233 morts, dont 65 enfants. Côté israélien, les autorités font état de 12 morts. Ce bilan humain risque de s’alourdir, puisque la police à Gaza a confirmé mener des recherches dans les décombres. Ce vendredi, au moins cinq dépouilles ainsi qu’une dizaine de survivants ont été retrouvés dans des tunnels souterrains de la bande de Gaza bombardés par l’armée israélienne. Selon les secouristes, les recherches se poursuivent pour retrouver des survivants.

 

Des plans pour reconstruire Gaza

À Gaza, les hôpitaux sont débordés, les fournitures médicales s’épuisent et le seul laboratoire de test Covid-19 n’est plus opérationnel depuis le bombardement de la clinique al-Rimal, rapporte The Associated Press. Le cessez-le-feu pourrait permettre à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’envoyer des fournitures dès la réouverture de la frontière. De plus, la Croix-Rouge, qui estime que les populations à Gaza et en Israël ont un «besoin urgent de répit», annoncé avoir informé Israël et le Hamas qu’à partir de jeudi son personnel se déplacerait pour y «apporter une réponse». «Les deux parties ont une responsabilité claire de nous faciliter de tels mouvements», avait-elle indiqué.

Alors que l’armée israélienne affirme que ses frappes aériennes n’ont détruit que des tunnels utilisés par le Hamas, des maisons de commandants militaires, des sites de lancement de roquettes et des installations de production et de stockage d’armes, les responsables palestiniens ont démenti ces affirmations. Après plusieurs jours de frappes aériennes israéliennes qui ont détruit des tours d’habitation et endommagé des lignes électriques, les responsables de Gaza ont déclaré que quelque 16.800 foyers avaient été détruits. De plus, les habitants ne disposeraient plus que de trois ou quatre heures d’électricité, contre 12 heures avant les combats. Ces derniers estiment que le coût de la reconstruction de Gaza se chiffre en dizaines de millions de dollars.

Les États-Unis, dont le gouvernement a continué d’approuver des ventes d’armes à Israël de plusieurs millions de dollars, prévoient désormais de diriger l’effort international de reconstruction de Gaza, a déclaré jeudi à The New York Times un haut responsable de l’administration Biden. Outre l’aide humanitaire promise par ce dernier, dans le cadre de ces efforts de reconstruction, les services de santé et d’éducation de Gaza seront rétablis, rapporte le quotidien new yorkais. Ce jeudi, le département d’État américain a annoncé qu’Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine, se rendra au Moyen-Orient «dans les prochains jours» pour y rencontrer ses homologues «israélien, palestinien et régionaux» et «travailler ensemble à la construction d’un avenir meilleur pour les Israéliens et les Palestiniens».

 

Malgré ce que les affrontements militaires pourraient laisser entendre, la véritable bataille se déroule sur le front diplomatique. Si le drapeau palestinien a pu être hissé devant le siège de l’ONU en 2015, le processus de paix entre Israël et la Palestine semble être en panne. Alors que les divisions politiques bloquent toute tentative de résolution du conflit, rien ne semble vraiment changer, même si tout est différent. 

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